Le 31 janvier 2026, en milieu de journée, une tornade de faible intensité (haut de l'échelon EF1) traverse l'agglomération de Mios, dans le département de la Gironde. Le phénomène, qui endommage près de 300 propriétés et plusieurs parcelles forestières, ne blesse personne. Il est à noter qu'un autre phénomène venteux s'est déroulé le même jour à Saint-Simon-de-Pellouaille (Charente-Maritime), avec quelques dégâts signalés. Enfin, la tornade de Mios fait suite à une autre tornade EF1 survenue à Riocaud (même département) moins d'une semaine plus tôt, dans l'après-midi du 25 janvier 2026.
Principales caractéristiques de la tornade
* intensité maximale : EF1, soit des vents estimés entre 135 km/h et 175 km/h
* distance parcourue : 23,3 kilomètres
* largeur moyenne : 250 mètres (jusqu'à 450 mètres)
* commune(s) traversée(s) : MIOS (les Régues du Magre, Peillin, la Dune de Peillin, le Voisin, Navarix, la Route de Lacanau, la Carreyre, Cazé, les Agues, L'Arrouillat, le Basque) ; SALLES (la Lande de Bourassaou, Martinet, Argilas, Picrabey, A63, Capet, les Pignots) ; BELIN-BÉLIET (D1010, le Lot, la Lande, Lagune de la Hourcade) ; SAINT-MAGNE (Piste du Bournet, ruisseau de la Lecte, la Lecte)
* département(s) : GIRONDE (33)
* altitude moyenne du terrain : 50 mètres
* type de terrain : tissu urbain discontinu ; surfaces essentiellement agricoles, interrompues par des espaces naturels importants ; forêts de feuillus ; forêts de conifères ; forêts mélangées ; forêt et végétation arbustive en mutation
* principaux dégâts : arbres (feuillus, conifères) déracinés ou sectionnés ; plusieurs parcelles forestières (pins) abattues ; environ 300 propriétés endommagées (portions de couverture emportées, murs de clôture renversés, mobilier de jardin soufflé, petites constructions démolies, vitres brisées) ; mobilier urbain touché ; poteaux électriques couchés ou sectionnés ; projections à distance
NB : l'intensité des tornades est déterminée sur l'échelle EF augmentée (English version) . Cette version de l'échelle EF, élaborée et mise en place par KERAUNOS depuis 2009, ajoute aux critères américains une série de spécificités propres à l'habitat européen et permet ainsi une notation précise des tornades, valable autant pour les tornades contemporaines que pour les tornades du passé, et homogène internationalement.
Parcours de la tornade
Une puissante supercellule LT à l'origine du phénomène
La tornade de Mios du 31 janvier 2026 se développe en lien avec une supercellule LT ("low topped"), dont l'amorce est observée à 9h35 TU (10h35 locales) au large d'Arcachon (Gironde). La cellule devient rapidement orageuse et s'intensifie lors de la traversée du bassin vers 10h30 TU. A 10h55 TU, la cellule quitte le bassin d'Arcachon et entre progressivement dans une phase tornadique, avec un contact au sol estimé entre 11h05 TU et 11h30 TU. Les caractéristiques supercellulaires régressent ensuite graduellement, jusqu'à une dissipation complète de la structure convective dans l'agglomération d'Agen (Lot-et-Garonne) vers 13h30 TU.
Ci-dessous la structure orageuse telle qu'elle apparaît au radar de Bordeaux à 12h05 locales (début de la tornade à Mios). Elle présente tous les attributs d'une supercellule LT classique, avec signature rotative caractéristique, qui trahit la présence d'une tornade en son coeur :
Aperçu de la tornade filmée par une habitante située au n°43, rue de Peyot. Le coeur actif du tourbillon présente une faible largeur (quelques dizaines de mètres), tandis que les aspirations périphériques (notamment sur le flanc sud-ouest) sont très importantes (observations sur le terrain) :
Près de 300 habitations touchées, des parcelles forestières abattues
La tornade de Mios, qui a été vue et filmée, a fait l’objet de plusieurs enquêtes de terrain. En se rendant sur place le lendemain de la tornade (le 1er février), l’équipe de Keraunos a pu reconstituer une trajectoire totale de 23,3 kilomètres, au sein d’un couloir large de 250 mètres en moyenne (jusqu’à 450 mètres à Mios et près de 500 mètres au moment de la dissipation). Point notable, les aspirations périphériques (jusqu'à plusieurs centaines de mètres) sont particulièrement visibles en forêt, et principalement sur le flanc sud-ouest du couloir (sens de chute : OSO > ENE à S > N). Localement, les parcelles endommagées décrivent un couloir "en virgule" progressivement orienté ONO > ESE à O > E, rendant l'axe de convergence beaucoup plus ténu et donnant à tort l'impression d'une microrafale.
* * *
Bien que quelques branches brisées soient déjà observées entre Lamothe (le Teich) et le sud de Biganos, les premiers dégâts convergents certains sont identifiés entre l’Eyre et le quartier Peillin, au nord-ouest de Mios. D’abord concentrés sur la végétation avec une intensité EF0 (branches sectionnées ou pins étêtés), ils se généralisent rapidement aux bâtiments à partir de la Dune de Peillin où le seuil EF1 est déjà atteint.
Dans la direction de l’ESE (290°) et au sein d’un couloir de plus en plus évasé (de 200 à 400 mètres voire ponctuellement davantage), le tourbillon traverse successivement les quartiers de Voisin, de Navarix, de la route de Lacanau, de la Carreyre, de Cazé et le lieu-dit forestier du Basque. Environ 300 propriétés sont atteintes à des degrés divers : portions de toitures arrachées, petites constructions soufflées, murs de clôture renversés, vitres brisées. Au lendemain du phénomène, les débris sont nombreux et témoignent de projections assez significatives (trampolines, tôles, branches, mobilier de jardin) avec des incrustations dans certaines façades. Le plan Communal de Sauvegarde doit être activé et 160 habitations mises en sécurité. La priorité est aussi de rétablir l'électricité en raison de pylônes électriques renversés.
Plus particulièrement au sud-est de Mios (la Carreyre, Cazé), les dommages relèvent d’une intensité EF1+, avec des projections notables (tôles, branches), de petites constructions en dur éventrées et des effets localement spectaculaires dans des parcelles de forêt. Pour l’une d’elles, située à l’ouest de la rue de Petit, tous les pins sont sectionnés à quelques mètres du sol (chablis d'une superficie proche d'1 hectare). Même constat sur des pins de grande dimension au niveau de la rue de Caze, dont l'un d'eux, à troncs codominants, est fauché presque au niveau du sol. Certes remarquables, ces dégâts ne permettent pas le classement en intensité EF2 : espèce par nature très vulnérable (faible résistance mécanique), sol engorgé, parcelles en monoculture, absence de projections à distance significatives (branches et houppiers).
En sortie d’agglomération, les dégâts conservent un niveau d’intensité EF1 jusqu’à l’autoroute A63 où le tourbillon prend de court des automobilistes, obligés de zigzaguer pour éviter des chutes d’arbres. A Salles (Martinet et surtout Argilas), quelques propriétés sont touchées, et plusieurs parcelles forestières atteintes (arbres feuillus ébranchés et généralement déracinés, conifères sectionnés). L’aspect progressivement irrégulier des dommages laisse à penser que le tourbillon peine à maintenir un contact durable au niveau du sol, signe d’un début d’affaiblissement.
De Belin-Béliet à Saint-Magne, le tourbillon produit des dégâts de plus en plus sporadiques, même si certaines parcelles forestières restent bien endommagées localement (notamment au Lot et au nord de la Lande). L’intensité EF0 est retenue ici, sans projections significatives. Au sein d’un tourbillon très évasé (influence au sol proche de 500 mètres en fin de trajectoire), d’ultimes dégâts sont ponctuellement observés entre la D5 et la D111 à l’ouest de Saint-Magne, avant une dissipation définitive du phénomène qui coïncide avec l'affaiblissement de la structure convective.
Photographies des principaux dommages :
Analyse de la situation météorologique
La tornade de Mios s’est formée au passage d'un thalweg d'altitude piloté par un minimum positionné entre Irlande et Pays de Galles. Ce thalweg, associé à des advections froides assez marquées à l'étage moyen (-28 à -30°C à 500 hPa, cf. ci-dessous à droite), évolue sur l'ouest et le sud-ouest de la France en matinée, tout en glissant sur le flanc septentrional d'une vigoureuse branche de jet de secteur NO, étirée du proche Atlantique à l'Espagne et à la Tunisie (ci-dessous à gauche). L'ensemble dessine une configuration dynamique et favorablement cyclonique.
Un reforecast a été réalisé avec le modèle WRF-ARW 3 km, initialisé sur les conditions ERA5, afin d'identifier plus précisément les mécanismes à l'oeuvre. En l'occurrence, il met en évidence la circulation, au sol, d'un thalweg de surface, qui évolue d'ouest en est sur la Gironde à la mi-journée. Celui-ci accentue temporairement la convergence près du sol sur ce département, ce qui vient forcer la convection dans un environnement devenu instable. En effet, de l'air doux et très humide circule à ce moment-là en basses couches (thêta'w > 8°C à 850 hPa en Aquitaine ; ci-dessous au centre), ce qui génère des valeurs de MUCAPE > 400 J/kg et des MULI < -2 K dans les environs de Mios vers 12h00 locales (ci-dessous à droite).
Le thalweg de surface accentue pour sa part l'hélicité relative dans les basses couches de l'atmosphère, avec constitution de noyaux qui dépassent 100 m²/s² sur 0-1 km en Aquitaine notamment (ci-dessous à gauche). Associées à une instabilité qui se renforce par la côte, ces valeurs d'hélicité génèrent une configuration propice à la formation de tornades, comme l'illustre la réaction du Tornado Index (indicateur Keraunos multiparamétrique) dans l'ouest de la Gironde et des Landes notamment (ci-dessous à droite).
En complément, une reconstitution du profil vertical pour le secteur de Mios, le 31 janvier vers 12h00 locales, a été réalisée sur la base des données d'observation et de réanalyse (ci-dessous). Il confirme la présence de basses couches riches en humidité (LCL à 150 mètres et LFC à 150 mètres également, avec CIN nulle), surplombées par une circulation d'air plus froid et sensiblement plus sec à l’étage moyen (entre 3500 et 6000 mètres d'altitude principalement). Conséquemment, la SBCAPE et la MUCAPE s’établissent à 432 J/kg sur ce profil.
L'hodographe présente pour sa part une structure fortement étirée dans sa partie basse, typique des environnements fortement cisaillés en basses couches. Les valeurs de SRH sont significatives entre le sol et 1 km d’altitude (120 m²/s² sur 0-1000 m), et se renforcent au-delà (jusqu'à 173 m²/s² sur 0-3 km).
Ces éléments confirment un environnement propice à une convection profonde pouvant évoluer jusqu’à l’orage, avec risque associé de supercellules LT et de phénomènes tourbillonnaires.
Prévision de l'épisode
Le contexte météorologique de ce 31 janvier 2026 avait été identifié comme potentiellement propice aux tornades. Ainsi, le bulletin de prévision des orages émis le 31 janvier à 8h mentionnait un risque d'orage en Aquitaine, avec un potentiel tornadique significatif entre Gironde, Landes et Tarn-et-Garonne : "[...] une activité convective profonde de masse d'air froid sera régulièrement observée dès ce matin et jusqu'en soirée et milieu de nuit prochaine sur ces régions, avec des évolutions orageuses plus fréquentes et plus marquées aux abords de l'Aquitaine. C'est en effet en Aquitaine que la présence conjointe d'une instabilité modérée et de cisaillements en accentuation progressive (> 20 m/s sur 0-6 km, avec SRH en hausse régulière) pourra permettre la formation de supercellules LT, avec tous les risques associés (fortes pluies temporaires, grêle et phénomènes tourbillonnaires. [...]"
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