Le 16 février 2026, en début de nuit, une tornade de faible intensité (EF1) traverse deux communes de l'Avesnois (département du Nord), dont Cousolre qui apparaît la plus touchée. Le phénomène se dissipe dans la province de Hainaut (Belgique) après avoir parcouru plus de 11 kilomètres.
Principales caractéristiques de la tornade
* intensité maximale : EF1, soit des vents estimés entre 135 km/h et 175 km/h
* distance parcourue : 11,7 kilomètres
* largeur moyenne : 150 mètres
* commune(s) traversée(s) : COLLERET (la Vieille Carotterie, village, Cayaut, le Pavé, les Quatre Bras, Fauquemont, D936, le Passage du Lièvre) ; COUSOLRE (la plaine des Rosibus, ruisseau de Grand Rieux, le Terne, la Thure, D936, la Plaine du Hameau, Reugnies) ; BEAUMONT [LEUGNIES (Préaux), LEVAL-CHAUDEVILLE (Chaudeville, la Plaquette)] [BELGIQUE]
* département(s) : NORD (59) ; PROVINCE DE HAINAUT (BELGIQUE)
* altitude moyenne du terrain : 180 mètres
* type de terrain : tissu urbain discontinu ; terres arables hors périmètre d'irrigation ; prairies ; surfaces essentiellement agricoles, interrompues par des espaces naturels importants
* principaux dégâts : nombreux arbres (conifères et feuillus) déracinés, sectionnés ou arrachés ; poteaux électriques inclinés ; une soixantaine de bâtiments atteints (portions de couvertures arrachées, cheminées renversées, vitres brisées) ; mobilier de jardin soufflé ; tôles emportées ; projections à distance (tôles, branches) et menus débris dispersés dans les champs
NB : l'intensité des tornades est déterminée sur l'échelle EF augmentée (English version) . Cette version de l'échelle EF, élaborée et mise en place par KERAUNOS depuis 2009, ajoute aux critères américains une série de spécificités propres à l'habitat européen et permet ainsi une notation précise des tornades, valable autant pour les tornades contemporaines que pour les tornades du passé, et homogène internationalement.
Parcours de la tornade
Un système convectif actif initié en Manche
La tornade de Cousolre du 16 février 2026 est issue d'un système convectif actif qui prend naissance au large du cap Griz Nez (Pas-de-Calais) peu avant 15h TU (16h locales). Prise dans un flux de nord-ouest rapide, la cellule gagne rapidement en intensité et devient orageuse vers 16h15 TU (17h15 locales) entre Saint-Omer (Pas-de-Calais) et Hazebrouck (Nord), puis débute un dédoublement en abordant la région lilloise (Nord) à partir de 16h50 TU ; elle produit déjà des bourrasques de vent, de fortes pluies et de la petite grêle en quantité. Dans la demi-heure qui suit, le système tend à s'étirer et évolue en une ligne orageuse qui présente des réflectivités qui s'accentuent encore davantage à partir de 18h TU. L'ensemble glisse alors sur l'Avesnois et affecte notamment la commune de Cousolre où une tornade est observée à 18h29 TU (19h29 locales), avant de gagner la Belgique où il perd rapidement en intensité.
Aperçu des images radar (réflectivités et vitesses radiales) à 19h30 locales, montrant la présence d'un léger dipôle sur le flanc ouest du système orageux :
Le phénomène, qui a été ressenti par de très nombreux témoins, a pu être intercepté grâce à plusieurs caméras de surveillance. On peut y constater un renforcement progressif du vent, jusqu'au passage de la tornade proprement dite, dont les effets perdurent pendant 10 à 15 secondes avec une nette bascule de vent :
"Ca a duré entre 10 et 20 secondes"
Deux jours après l'événement, une enquête de terrain a pu être effectuée par l'équipe de Keraunos afin d'identifier les caractéristiques cette tornade. Elle fait apparaître un axe de dégâts convergents au sein d'un couloir large de 150 mètres en moyenne, et sur un parcours de 11,7 kilomètres.
Bien que quelques branches brisées soient déjà observées dans le bois Planté à Colleret, les premiers dommages attribuables à la tornade sont identifiés à la Vieille Carotterie puis aux Ecuries du Val, à l’ouest de la commune. Le long d’un couloir déjà large d’environ 100 mètres, quelques branches sont brisées et les tôles d’un des bâtiments de l’écurie arrachées (du matériel présent sur le champ de courses voisin semble également avoir été déplacé). Selon une trajectoire de l’ONO vers l’ESE (280°), le tourbillon traverse successivement les rues de la République, Georges-Guynemer, Jeanne-d'Arc et Jean-Jaurès, avec des dommages d'intensité EF0 voire EF0+ : branches brisées, conifères sectionnés, tôles arrachées, mobilier de jardin soufflé. En gagnant le nord du quartier du Pavé puis le carrefour des Quatre Bras, la tornade gagne en intensité (EF1) tout en s'évasant (200 mètres de largeur en moyenne). De nombreux arbres (feuillus ou résineux) de toutes dimensions sont déracinés ou arrachés, et leurs branches projetées à faible distance. Deux exploitations agricoles sont touchées (tôles arrachées principalement) sachant que l'une d'elles, un bâtiment en cours de déconstruction, était déjà dépourvue de toiture avant la tornade. Une portion de couverture est également emportée au niveau d'une habitation de la route de Solre.
Après avoir traversé la route Nationale à 300 mètres à l'est de Fauquemont au niveau d'un blockhaus, le tourbillon prend la direction de la vallée de la Thure via le ruisseau de Grand Rieux à Cousolre. Tout un flanc de colline ainsi que les berges sont fortement endommagés dans un espace de 150 à 200 mètres de largeur. De fortes aspirations sont observées sur le flanc nord (sens de chute : N > S à NO > SE) tandis que les dégâts sont généralisés sur tout le flanc sud-ouest (SSO > NNE à SO > NE). Lors de la traversée de Cousolre, la tornade affecte une centaine de propriétés (végétation et bâtiments) dans le quartier du Terne, rue Saint-Joseph, rue Marius-Lenglet, ruelle du Marais, rue du Terne-Clarin, rue du Vieux-Château, rue Eloi-Cougneau, rue du Brey et rue du Vieux-Moulin (le centre historique et les établissements scolaires, situés à 150 mètres en périphérie nord, sont épargnés). Plusieurs ruptures sur le réseau électrique laissent 130 foyers sans électricité. Un témoin raconte : "Le vent, il a commencé à tourbillonner, ça a duré entre 10 et 20 secondes. Dans le bas, je voyais l'étal, il tourbillonnait, ça volait assez haut, ça montait jusqu'à 20 à 30 mètres de haut" [France Info, 21 février 2026]. Parmi la soixantaine de bâtiments atteints, plusieurs portions de couvertures (tôles ou ardoises) sont emportées, avec des projections jusqu'à 40 ou 50 mètres de distance. Au n°35, rue du Terne-Clain, un pan entier de couverture est arraché avec les chevrons (mais sans réelles projections), laissant la structure charpentée à nu. Un poteau électrique est incliné par le vent (peut-être en partie à cause d'une projection de tôle). On observe également de nombreux phénomènes d'aspiration assez significatifs : vitres brisées, portes enfoncées ou aspirées, volets arrachés. Les dommages les plus importants, observés principalement de part et d'autre de la Thure, sont caractéristiques d'un niveau d'intensité EF1.
La tornade remonte ensuite le coteau de la rive droite de la Thure, en perdant de son intensité (EF0 ou EF0+) lors de la traversée de la rue de Landelies où les dommages sont principalement observés sur de la végétation. A l'approche de la frontière belge, de nombreuses branches ou de petits arbres sont arrachés au sud de Reugnies, tandis que des débris de laine de verre et des objets divers (dont un bidon) sont dispersés dans un bois et une parcelle cultivée traversés par la route de Rouvroy. Au hameau de Reugnies proprement dit, tout un pan de végétation est couché le long du coteau menant à la rivière de la Hante. Ces dégâts ultra-périphériques peuvent être la conséquence du phénomène, mais l'information n'a pas pu être vérifiée.
En Belgique (province de Hainaut), la tornade atteint le territoire de Beaumont (sections de Leugnies et de Leval-Chaudeville) où de faibles dommages sont encore observés à Préaux, au sud de Chaudeville et dans le quartier de la Plaquette : couverture en tôle arrachée, mobilier de jardin emporté, branches brisées, arbres couchés, petites constructions de jardin endommagées. Au-delà, à l'entrée de l'agglomération de Beaumont, les quelques dommages résiduels ne présentent plus de caractéristiques tornadiques évidentes.
Photographies des principaux dommages :
Analyse de la situation météorologique
La tornade de Cousolre s’est formée au sein d'un rapide flux de secteur nord-ouest, sur le flanc nord d'un puissant jet-streak (> 300 km/h vers 10.000 mètres d'altitude), étiré du sud de l'Irlande jusqu'à l'Italie (ci-dessous à gauche). De fortes advections froides circulent à l'étage moyen sur le nord et le nord-est de la France en cours de journée et de soirée (jusqu'à -33°C à 500 hPa ; voir ci-dessous à droite), dans un contexte de traîne très active
Au sol, un fort flux d'ONO est en place durant cette même journée. Piloté par un minimum dépressionnaire positionné en Mer du Nord (ci-dessous à gauche), il dirige sur le nord de la France une masse d'air polaire maritime, assez fraîche en basses couches mais très humide (thêta'w comprises entre 4 et 5°C à 850 hPa ; ci-dessous au milieu). Conséquemment, les profils verticaux sont instables (MUCAPE parfois > 400 J/kg et MULI jusqu'à -2 K ; voir ci-dessous à droite), notamment aux abords du Nord - Pas de Calais, où circulent de fréquentes averses toute la journée. En fin d'après-midi, à l'approche d'un thalweg d'altitude secondaire, la traîne devient encore plus active, et les orages se multiplient sur les Hauts-de-France, avec bourrasques de vent et chutes de petite grêle. C'est au sein de l'un de ces amas orageux que la tornade de Cousorle est parvenue à se développer.
En complément, une reconstitution du profil vertical pour le secteur de Cousolre, le 16 février vers 19h00 locales, a été réalisée sur la base des données d'observation et de réanalyse (ci-dessous). Il confirme la présence de basses couches très humides (LCL à 388 mètres et LFC à 388 mètres également, avec CIN nulle), surplombées par une circulation d'air froid en altitude, générant un fort gradient thermique vertical (-8,1°C/km à l'étage moyen). Conséquemment, le profil vertical est instable, avec une SBCAPE et la MUCAPE qui s’établissent à 183 J/kg sur ce profil.
L'hodographe présente pour sa part une structure fortement incurvée dans sa partie basse (0-2 km), typique des environnements fortement cisaillés en basses couches. Les valeurs de SRH sont significatives entre le sol et 1 km d’altitude (140 m²/s² sur 0-1000 m), ainsi qu'entre 0 et 2 km (144 m²/s²). Au-delà, l'hélicité présente des valeurs élevées mais moins significatives, ce qui témoigne d'un environnement dont la dynamique est surtout forte en basses couches.
Ces éléments confirment un environnement propice à une convection profonde pouvant évoluer jusqu’à l’orage, avec risque associé de phénomènes tourbillonnaires transitoires. Le potentiel de supercellules LT n'est pas nul dans cette configuration, mais est contrarié par une répartition verticale des cisaillements qui n'est pas optimale. De fait, le système convectif qui a donné naissance à la tornade de Cousolre avait déjà présenté plus tôt des signes de rotation, principalement sur son flanc occidental, notamment lors de son transit entre Armentières et le sud-ouest de Lille. Cette rotation a toutefois peiné à persister durablement, et ce n'est qu'en abordant l'Avesnois que l'une des deux zones de rotation présentes au sein du système convectif est parvenue à entrer en phase tornadique.
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