Observatoire français des tornades et orages violents

Point sur les phénomènes venteux violents du 19 juin entre Aisne et Marne

Le sud de l’Aisne et la Marne ont subi des dégâts localement marqués au passage d’orages violents en soirée du 19 juin. Un premier point est réalisé ici, grâce notamment aux observations réalisées sur place par Keraunos durant les événements eux-mêmes.

De multiples investigations sont également en cours sur les différents autres dégâts venteux observés ailleurs en France ; ils feront l’objet de publications dédiées ultérieurement.
 

Un système convectif à composante supercellulaire

Le système orageux qui a abordé le sud de l’Aisne et la Marne samedi soir dernier s’est initié dès 11h du matin sur le littoral de la Charente-Maritime. Au cours des trois heures qui suivent, il remonte vers les Deux-Sèvres puis l’Indre-et-Loire, où il interagit avec une cellule active et stationnaire dans les environs de Chinon. L’ensemble développe alors un caractère supercellulaire et se met à dévier sur la droite du flux moyen. Il développe une tornade au même moment dans la commune de Saint-Nicolas-de-Bourgueil.

Le système migre alors en direction du sud de l’Ile-de-France et présente une structure complexe, composée d’un MCS (système convectif de méso-échelle) alimenté sur son flanc sud-est par des déclenchements périphériques qui, pour certains, sont aspirés par le MCS lui-même, et qui pour d’autres évoluent temporairement en supercellules avant d’être à leur tour repris par le MCS.

C’est l’un de ces développements supercellulaires périphériques qui a pu être intercepté vers 19h00 par Keraunos, au sud de Château-Thierry (photo prise depuis les Caquerets, commune d'Essises) :
 


La cellule présente alors une structure de supercellule classique typique, dotée d’un nuage-mur fortement surbaissé, producteur de très fortes aspirations rotatives à proximité du sol. Une phase tornadique n'est sans doute pas loin d'être réalisée, mais aucune amorce tangible de circulation tornadique n'est observée. Le FFD (courant descendant avant) est extrêmement pluvieux à cet instant et provoque des inondations.
La prise en chasse de cette cellule permet de constater une évolution rapide du mésocyclone, qui se fait envelopper en une quinzaine de minutes par les courants descendants, passe en phase HP (High Precipitation) et déclenche des chutes de grêle et de puissantes rafales de vent dans son RFD (courant descendant arrière, positionné au sud du mésocyclone). Des microrafales sont identifiées visuellement sur le bord d’attaque du RFD, comme celle-ci (photo prise depuis Fontenelle-en-Brie en direction du nord-est) :
 
 
 

 


De fait, les rafales générées à cet instant sont violentes et provoquent des dommages localement importants. Des investigations immédiates sont réalisées sur place. Il en ressort les constats suivants.
 

Analyse des dommages

La zone balayée par ces vents violents a été en partie parcourue immédiatement, selon le parcours indiqué sur la carte ci-dessous en couleur rouge. La zone concernée par les phénomènes venteux potentiellement violents, d’après les informations recueillies à ce jour, figure en orange :
 
 
Dans le secteur enquêté, on observe de très nombreux dégâts diffus, parfois concentrés sous forme de couloirs ou de zones concentriques bien délimitées. C’est le cas à Montlevon, Montigny-lès-Condé, Condé-en-Brie, Celles-lès-Condé, Dormans, Verneuil, Passy-Grigny, Méry-Prémecy, Janvry, Gueux, Ormes, Thillois et Champigny où des arbres sont déracinés, des toitures atteintes, des hangars endommagés, et des parcelles de forêt brisées. Les dommages sont également nombreux sur la quasi totalité des parcelles arborées qui longent les autoroutes A4 et A26. Ces différentes constations confirment un phénomène de macrorafale sur cette zone, composée d'une multitude de microrafales, dont les plus puissantes ont généré des vents estimés entre 120 et 150 km/h, voire davantage isolément sur certaines portions (150 à 180 km/h).
 
 
Les dégâts parfois importants signalés à Reuilly-Sauvigny, Barzy-sur-Marne, Passy-sur-Marne et Courthiézy (liste non exhaustive) n'ont pas fait l’objet d’investigations détaillées pour le moment.
 
Il n'y a pas, à cette heure, de phénomène de tornade identifié au sein de ces dommages. Néanmoins, l'hypothèse n'est pas encore totalement écartée, dans la mesure où certaines zones nécessitent des investigations complémentaires, parmi lesquelles l'ouest de Reims et la vallée de la Marne à la frontière Aisne/Marne. Rappelons qu'une enquête réalisée dans un contexte similaire avait permis de mettre en évidence une tornade EF3 à Etrochey (Côte-d'Or) le 19 juin 2013 ; ce cas de tornade sous supercellule HP avec macrorafales reste d'ailleurs, à ce jour, l'un des mieux documentés dans cette catégorie.
 

Evolution ultérieure du système

En progressant vers Reims, le mésocyclone se positionne de plus en plus nettement en retrait du RFD et le système se présente alors sous la forme d’un arcus ondulant très dense. On trouve néanmoins la trace du mésocyclone de manière durable jusqu’à la frontière belge.
 
Dans le même temps, de nouvelles structures supercellulaires prennent naissance en bordure sud-est du système convectif et injectent de nouveaux mésocyclones dans le MCS. L’un d’eux présente d'ailleurs un dipôle très marqué de vitesses radiales lors de son transit dans les Ardennes belges, aux abords de Beauraing, où d’importants dommages sont signalés.
 
 
 


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