Observatoire français des tornades et orages violents

Tornade EF2 à Lajo (Lozère) le 23 juin 2022

Le 23 juin 2022, en cours d'après-midi, une tornade d'intensité modérée (bas de l'échelon EF2) traverse le territoire de Lajo, dans le nord de la Lozère. Le phénomène, qui a été vu par plusieurs témoins, a fait l'objet d'une enquête de terrain avec une reconnaissance aérienne

La tornade de Lajo du 23 juin 2022 présente des similitudes avec celle de Vebron, survenue le 20 juillet 2014 dans ce même département. Elle figure parmi les phénomènes tourbillonnaires survenus à une altitude jugée significative (>1000 mètres).

Principales caractéristiques de la tornade

* intensité maximale : EF2, soit des vents estimés entre 175 km/h et 220 km/h
* distance parcourue : 3,1 kilomètres
* largeur moyenne : 100 mètres (jusqu'à 250 mètres)

* commune traversée : LAJO (ruisseau de Gazamas, D987, D14, Tres Fonts)
* département : LOZÈRE (48)
* altitude moyenne du terrain : 1250 mètres
* type de terrain : systèmes culturaux et parcellaires complexes ; forêts de conifères ; forêt et végétation arbustive en mutation
 
* principaux dégâts : arbres feuillus adultes ébranchés, déracinés tordus ou brisés ; environ 4 hectares d'une parcelle de forêt de conifères dévastée (arbres déracinés ou brisés net) ; plusieurs bâtiments faiblement atteints (bardage métallique arraché et transporté à distance) ; un bâtiment agricole neuf endommagé (pans de toiture envolés avec projection de charpente à plus de 100 m, portes enfoncées) ; panneau de signalisation sectionné ; projections de tôles jusqu'à 300 mètres de distance ; bétaillère mise sur le flanc ; matériaux isolants retrouvés jusqu'à 1,2 km
 
NB : l'intensité des tornades est déterminée sur l'échelle EF augmentée (English version) . Cette version de l'échelle EF, élaborée et mise en place par KERAUNOS depuis 2009, ajoute aux critères américains une série de spécificités propres à l'habitat européen et permet ainsi une notation précise des tornades, valable autant pour les tornades contemporaines que pour les tornades du passé, et homogène internationalement.
 

Trajectoire de la tornade

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© Keraunos (fond de carte : Géoportail)
 

Une parcelle de forêt dévastée

La tornade de Lajo du 23 juin 2022 a pu être identifiée à l'appui d'une enquête de terrain réalisée par Vincent Lhermet. L'étude des dégâts au sol a pu être complétée par des photographies aériennes réalisées par Benoît Colomb. Le phénomène, qui évolue selon une ligne droite du Sud/Sud-Ouest vers le Nord/Nord-Est (200°), parcourt une distance totale de 3,1 kilomètres, au sein d'un couloir dont la largeur moyenne est estimée à 100 mètres. Le phénomène présente toutes les caractéristiques d'une tornade de relief : dégâts discontinus, forte influence du terrain sur la structure du tourbillon, largeur très irrégulière (de quelques mètres à plus de 200 mètres localement), emprise au sol parfois chaotique.

Les premières traces sont identifiées en bordure du ruisseau de Gazamas, à la frontière avec le territoire voisin de Saint-Alban-sur-Limagnole. On observe quelques saules brisés en bordure du ruisseau. Un peu plus loin, un sorbier est sectionné et projeté à environ 5 mètres vers l'Est/Nord-Est. Enfin, un premier bâtiment agricole est touché près du grand virage de la D987 (bardage métallique plié, arraché, et transporté à faible distance).

Après avoir traversé et endommagé quelques zones boisées, la tornade rejoint la D14 et aborde une exploitation agricole au sud-est de la Rouzeire (ce hameau a été épargné, l'un des témoins présents sur place indique que "tout s'est mis à tourbillonner"). Un premier bâtiment neuf est bien endommagé : pans de toitures arrachés et transportés avec de lourds éléments de charpente en bois (jusqu'à 100 mètres de distance) vers le Nord-Ouest et le Nord-Est, tôles arrachées et déposées entre 100 et 300 mètres de distance, portes métalliques enfoncées, piliers de structure cassés et déplacés. D'autres bâtiments presque contigus sont également atteints, mais plus légèrement. Dans ce périmètre, des arbres sont principalement déracinés ; leur sens de chute permet d'établir un axe de convergence sur une largeur importante de 250 mètres, en raison d'aspirations périphériques significatives. Cette largeur contraste fortement avec celle observée en amont, limitée à quelques dizaines de mètres tout au plus. Notons également que dans l'enceinte de l'exploitation agricole touchée, plusieurs matériels sont déplacés, une bétaillère mise sur le flanc, et plusieurs ballots de paille renversés (ils ne semblent pas avoir été emportés). Les dommages dans ce secteur relèvent d'une intensité EF1.

En lisière de forêt, la tornade déracine ou sectionne quelques arbres. Disposés sur un versant en pente montante par rapport au sens de déplacement du phénomène, ils s'écroulent à contre-flux (OSO ou SSO). Dans la forêt proprement dite, les dégâts sont d'abord localisés, avec quelques groupes de conifères renversés en direction du nord-ouest. Puis, une parcelle entière est presque entièrement fauchée sur une superficie estimée de 4 hectares. Sur une largeur moyenne de 100 mètres, les conifères sont déracinés ou brisés, et leur sens de chute semble décrire plusieurs spirales successives et bien caractéristiques d'un phénomène tourbillonnaire, avec toutefois une répartition assez chaotique dans l'orientation des cimes renversées (vers l'Ouest, le Sud-Ouest, le Nord-Ouest, très peu vers le Nord-Est et uniquement en périphérie ouest du couloir). Cette disposition partiellement circulaire est, selon toute vraisemblance, le fait du relief qui a dû influencer la structure du tourbillon. L'état de la végétation dans cette parcelle montre un net renforcement du vent et un phénomène qui atteint ponctuellement le niveau d'intensité EF2 (bas de l'échelon).

Tout aussi brutalement qu'ils ont débuté, les dommages dans la parcelle forestière s'arrêtent presque net à l'approche d'un sentier de délimitation situé au nord-est. Au-delà, seul un pin est déraciné vers l'Ouest/Nord-Ouest, puis on retrouve encore quelques derniers dégâts visibles avec des branches de pin cassées près d'un ruisseau. Encore à cet endroit, des morceaux d'isolants issus de la toiture du bâtiment agricole endommagé sont dispersés au sol, soit à plus de 1,2 kilomètre de leur emplacement d'origine. Au-delà de ce dernier point, les dommages ne sont plus perceptibles et le phénomène semble se dissiper.

Photographies des principaux dommages :  
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Analyse de la situation météorologique

La tornade de Lajo s'est formée au sein d'une cellule orageuse qui a pris naissance dans un rapide flux de sud-ouest cyclonique. Comme on le voit sur les cartes ci-dessous issues du modèle WRF 10 km Europe (run du 23.06.2022 00Z), une branche de jet est étirée du Maroc aux Alpes ce jour-là, à l'avant d'un cut-off positionné au nord du Portugal. Les abords du Massif Central sont situés de ce fait dans une sortie de jet-streak bien diffluente et dynamique, propice à l'entretien de la convection.



Ce flux de sud-ouest advecte sur la France une masse d'air tropicale chaude et humide (thêta'w proches de 20°C à 850 hPa), qui est plus particulièrement instable des Pyrénées à l'Alsace (MUCAPE souvent comprise entre 1000 et 1500 J/kg, avec MULI qui s'abaissent localement sous -5 K). Sur cet axe, des orages se forment de manière répétée en cours de journée, au sein d'un marais barométrique à tendance dépressionnaire où convergence de basses couches et divergence en altitude permettent une activité orageuse régulière et parfois forte. Les modélisations à haute résolution mettent en évidence la présence de noyaux de forte hélicité sur le sud et l'est du Massif Central, notamment en cours d'après-midi ; c'est vraisemblablement l'un d'eux qui a permis l'évolution tornadique de la cellule active qui évoluait en début d'après-midi sur le nord de la Lozère, et qui a transité sur Lajo vers 14h50 locales.



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