Observatoire français des tornades et orages violents

Bilan de l'activité orageuse de l'été 2021

La compilation des données kérauniques de l'été 2021 est achevée, un bilan de l'activité orageuse observée au cours des mois de juin, juillet et août 2021 peut être établi. Cet été 2021 se révèle contrasté entre l'ouest et l'est de la France.
 
Supercellule dans les plaines de Champagne, près de Reims le 19 juin 2021 - Frédéric LEROUX
 

Un été plus orageux à l'est

L'été 2021, au niveau thermique, a terminé proche de la normale 1991-2020 sur la France. La récurrence d'orages de masse d'air froid a tout de même était dominante durant le trimestre. Le nombre de jours avec orage ressort de fait proche de la moyenne,  à l'échelle nationale : 80 jours d'orage ont été enregistrés, soit une valeur proche à la moyenne 2009-2020
Au total, 87% des journées estivales ont été orageuses sur le territoire français.

Malgré une activité récurrente et ponctuellement soutenue, l'activité orageuse s'est révélée dominée par une activité convective de masse d'air froid sur notre territoire. Un contraste ouest/est est évident et parfois spectaculaire au niveau de la fréquence comme de l'intensité des orages durant cet été 2021.
 
D'une manière relativement classique en cette saison, on rencontre un nombre maximal de jours avec orage près des reliefs, tandis qu'une activité orageuse plus faible est constatée en allant vers le nord-ouest. Mais de manière contraire à la climatologie, les Alpes du Sud n'ont pas été les reliefs les plus exposés aux orages. En effet c'est en Savoie et dans les Vosges que le nombre de jours d'orage est le plus important avec 38 jours enregistrés. Viennent ensuite le Bas-Rhin, la Haute-Savoie, le Doubs avec 37 jours puis la Moselle avec 36 jours et enfin l'Ain et le Bas-Rhin avec 35 joursContrairement aux étés passés, les Alpes-Maritimes ne comptabilisent que 33 jours d'orage.
A l'inverse, un peu moins de la moitié des départements de métropole relèvent moins de 20 jours d'orage sur l'été, ce qui considérable. Ils sont tous situés dans l'ouest et l'extrême sud-est du pays. Par exemple, le Morbihan et le Finistère ne relèvent que 7 jours d'orage, Paris et le Val-de-Marne seulement 6 jours.
 
Si l'on confronte ces données à la moyenne 2009/2020, on remarque que la fréquence des orages cet été ne présente pas d'anomalie à l'échelle nationale (+1 jour). 
Les journées orageuses ont été fréquentes, mais assez souvent marquées par quelques orages d'origine orographique ou dans des régimes de traîne, ce qui fait monter le score national. On observe à l'échelle départementale des excédents sur seulement 14 départements. Dans les Vosges, l'excédent atteint 7 jours, 6 jours en Moselle, 5 dans le Bas-Rhin et 4 en Meurthe-et-Moselle et dans le Doubs. L'extrême nord-est du pays a été davantage concerné par des orages de masse d'air froid lors de cet été qui apparaît maussade.
A l'inverse les déficits sont considérables sur la majeure partie du pays, allant jusqu'à 12 jours dans l'Aude, 11 dans le Puy-de-Dôme, en Ariège, en Lozère, dans les Landes et le Lot-et-Garonne, 10 dans les Alpes-Maritimes. Les déficits atteignent très souvent 3 à 8 jours sur la majorité du territoire.
 
 

Nombre de jours avec orages durant l'été 2021 et écart à la moyenne 2009/2020 (c) KERAUNOS
 
  
 

Un été contrasté

A échelle nationale, cet été 2021 présente un excédent d'instabilité de 43%, soit un excédent comparable à celui de l'été 2020, mais principalement lié à un mois de juin sensiblement plus instable que la normale. Juillet et surtout août 2021 ont en effet présenté des excédents modestes. De fait, cet été est le dixième été consécutif plus instable que la normale en France, avec néanmoins un excédent en baisse graduelle depuis le pic remarquable de l'été 2018.
Il se positionne au 16ème rang des étés les plus instables depuis 1948.
 
On note que les diverses régions françaises n'ont pas été concernées de manière homogène par cet excédent d'instabilité, avec un fort contraste entre le nord-ouest du pays et les régions proches de la Méditerranée. En témoignent les abords de la Bretagne qui présentent même une situation déficitaire pour cet été 2021 (-5% entre Loire-Atlantique et Morbihan). A l'inverse, les régions du quart sud-est ont connu une forte instabilité durant cette saison, avec des excédents qui dépassent 60% entre vallée du Rhône, Alpes et Corse. Les autres régions françaises ont connu une situation intermédiaire, sans excédent remarquable.
Anomalie de l’instabilité latente (MUCAPE) durant l'hiver 2020-2021
 

Quels régimes de temps ont dominé cet été ?

En moyenne, au cours de ces trois mois, la configuration synoptique a été nettement dominée par des conditions anticycloniques en altitude entre Islande, Ecosse et Russie, avec pour corollaire la constitution répétée de minimums d'altitude aux abords du Golfe de Gascogne et sur l'ouest de la France (tendance aux isolements de gouttes froides). De ce fait, c'est régulièrement de l'instabilité de masse d'air froid qui a concerné la France, ce qui se matérialise en été par de fréquentes averses, une nébulosité marquée et des orages généralement producteurs de pluies abondantes et de petite grêle. Les épisodes de grande ampleur sont peu fréquents dans ces configurations, ce qui s'est vérifié durant cet été.

Si l'on se place au niveau du sol (pression réduite au niveau de la mer, ci-dessous à droite), on note une configuration proche de celle observée en altitude, avec des hautes pressions régulièrement positionnées entre Islande et Russie. Ceci a généré des vents de nord à nord-est fréquents sur la moitié nord de la France, ce qui tend à produire des profils verticaux relativement peu instables. A l'inverse, des creusements dépressionnaires répétés sur le sud de la France, et notamment entre Corse et Côte-d'Azur, ont favorisé la formation d'épisodes orageux parfois actifs sur le quart sud-est du pays
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Anomalie des géopotentiels à 500 hPa (à gauche) et de la pression réduite au niveau de la mer (à droite)
 
 

L'été le plus chaud à l'échelle du continent

Les deux cartes ci-dessous présentent l'anomalie du l'instabilité latente et de la température à 850 hPa (vers 1.500 mètres d'altitude) durant le printemps 2021.

On remarque que l'instabilité a été supérieure à la normale durant cet été sur la majeure partie de l'Europe, et plus largement sur une grande partie de l'hémisphère nord. Les seules zones moins instables qu'à l'ordinaire sont surtout concentrées dans les hautes latitudes. La situation est plutôt inverse au sud de l'équateur.
 
La température à 850 hPa (vers 1.500 mètres d'altitude) a été largement excédentaire sur l'hémisphère Nord, avec des excédents particulièrement marqués entre Algérie et Tunisie, sur le sud-ouest du Canada, ainsi que sur le sud-ouest et l'est de la Russie. La France fait figure d'exception dans ce domaine, avec des valeurs conformes ou légèrement inférieures à la normale.
 
 
 Anomalie de l'instabilité latente (à gauche) et de la température à 850 hPa (à droite) 

 

Le 19 juin, journée la plus orageuse de l'été

L'analyse de l'indicateur de sévérité orageuse permet d'établir que la journée du 19 juin 2021 a été la plus orageuse de l'été avec un ISO de 28,3
 
Avec un ISO moyen de 4.57, cet été 2021 s'est révélé peu orageux et le score du mois de juin remonte largement la moyenne trimestrielle. On distingue sur le graphique ci-dessous, traçant l'ISO quotidien national, plusieurs pics d'activité orageuse. Les mois de juillet et août sont globalement moins orageux, avec une activité décroissante tout au long de la saison.
 
 
 
 


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