Observatoire français des tornades et orages violents

Chaleur record au Moyen-Orient : retour sur la situation exceptionnelle des 20, 21 et 22 juillet 2016

Avec une température maximale de 54,0°C le jeudi 21 juillet, la station de Mitribah, au Koweït, établit le nouveau record absolu de chaleur au Moyen-Orient, et même pour l'ensemble du continent asiatique.



Température, vent et nébulosité, le 21 juillet 2016 à 09h TU, jour du record absolu de chaleur. La chaleur brûlante est concentrée dans la grande plaine alluviale de la Basse-Mésopotamie.

3 journées de chaleur extrême

Jusqu'alors, les records de température maximale reconnus par l'Organisation Météorologique Mondiale (OMM) dans cette partie du globe étaient de 52,0°C en Irak, de 52,5°C en Iran, et de 53,8°C au Koweït. Cette dernière valeur, mesurée le 31 juillet 2012 à la station de Sulaibya, constituait jusqu'à la semaine dernière le record de chaleur pour l'Asie toute entière.

La vague de chaleur extrême qui a concerné le nord-est de la péninsule arabique du 19 au 22 juillet derniers a eu raison de tous ces records. Dès le mardi 19 juillet, des températures supérieures à 50,0°C étaient déjà enregistrées en plusieurs localités du Koweït et de l'Irak, avec un maximum de 51,2°C à Nasiriya (Irak), soit une valeur très proche du record national irakien.

Le mercredi 20 juillet, les températures montent encore d'un cran. Les températures minimales ne descendent pas sous la barre des 35,0°C sur trois stations irakiennes, et le record national irakien tombe l'après-midi : un maximum de 52,6°C est enregistré à la station de Nasiriya. Au Koweït, le thermomètre se hisse jusqu'à 52,9°C à Mitribah.

La journée du jeudi 21 juillet marque le pic de cet épisode de canicule extrême. L'ancien record irakien, déjà tombé la veille, est rebattu ce jour-là par 5 stations différentes, avec un maximum de 53,4°C à l'aéroport de Bassorah. La chaleur est encore un peu plus extrême au Koweït, avec une température maximale de 54,0°C mesurée à Mitribah. Ce score constitue le nouveau record absolu de chaleur pour l'ensemble du continent asiatique, et vient égaler les 54,0°C mesurés à Furnace Creek dans la Vallée de la Mort (Etats-Unis) le 30 juin 2013. Quelques températures encore plus élevées ont déjà été enregistrées par le passé (56,7°C à Furnace Creek le 10 juillet 1913 et 55,0°C à Kébili en Tunisie le 7 juillet 1931), mais dans des conditions de mesure qui font débat compte tenu de l'ancienneté de ces relevés. Quoi qu'il en soit,
cette journée du 21 juillet est exceptionnelle et enregistre des scores de chaleur parmi les plus élevés jamais mesurés sur notre planète. Pas moins de 27 stations enregistrent des températures supérieures à 50°C, pour l'essentiel situées dans la grande plaine alluviale située à très faible altitude qui s'étire de Tikrit jusqu'au Golfe Persique, et où coulent le Tigre et l'Euphrate. Cette aire géographique est connue pour compter parmi les plus propices du globe aux chaleurs extrêmes.

Le vendredi 22 juillet voit persister une chaleur brûlante. Une température minimale remarquable de 37,0°C est enregistrée à Amarah (Irak), et le record national de température maximale est battu pour le troisième jour consécutif, avec 53,9°C à l'aéroport de Bassorah. Huit stations du Koweït dépassent encore 50°C l'après-midi, avec jusqu'à 53,1°C à Mitribah. Côté Iran, la station de Safi-Abad Dezful atteint 50,8°C.

Les valeurs quotidiennes de température minimale et maximale enregistrées durant cet épisode sont répertoriées ci-dessous :




Des profils verticaux exceptionnels

Deux stations de radiosondages sont situées dans l'aire géographique soumise à cet épisode de chaleur extrême : la première est localisée dans le nord de l'Arabie Saoudite, sur l'aéroport d'Al Qaisumah ; la seconde est positionnée à Ahwaz, dans l'ouest de l'Iran.

Aucune des deux n'a pu mesurer la partie centrale du dôme de chaleur qui s'est constitué sur la Basse-Mésopotamie. Néanmoins, les radiosondages réalisés durant cette période depuis ces deux sites témoignent d'un échauffement exceptionnel des basses couches de l'atmosphère. Celui tiré le 21 juillet à 11h TU depuis Al Qaisumah (ci-dessous à gauche) constitue vraisemblablement le profil vertical le plus chaud jamais mesuré dans les premiers kilomètres de l'atmosphère : 45°C à 500 mètres d'altitude, près de 36°C à 1500 mètres (850 hPa), 30°C à 2000 mètres ! Celui effectué la nuit suivante depuis Ahwaz (ci-dessous à droite) affiche plus de 40°C à 1000 mètres d'altitude, et 36,2°C vers 1500 mètres (à 850 hPa), avec une très forte inversion près du sol consécutive au rayonnement nocturne.



Une situation historique bien anticipée

KERAUNOS a déployé depuis plus de deux ans un modèle à haute résolution sur le Moyen-Orient, afin d'y étudier notamment les mécanismes propres aux orages évoluant dans des environnements extrêmement chauds et souvent secs en basses couches. Les données de ce modèle sont consultables en libre accès ici : WRF-NMM 8 km Moyen-Orient .

Le modèle a su anticiper avec un réalisme remarquable cet épisode de canicule extrême. Comme le montrent les deux cartes ci-dessous, les températures maximales des 20 et 21 juillet sont très bien simulées par le modèle, et ce avec 48 heures d'avance :



Les conditions simulées par le modèle étaient de fait très propices au renforcement remarquable de la chaleur, avec un air très sec en basses couches (ci-dessous à gauche), un vent modéré continental de secteur nord à nord-ouest - le Shamal, typique de la saison estivale en Basse-Mésopotamie (ci-dessous à droite) - et un dôme de chaleur exceptionnel sur plusieurs kilomètres d'épaisseur (voir les deux cartes plus bas, qui présentent les températures vers 1500 et vers 3000 mètres d'altitude).







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