Dans l'après-midi du 16 juillet 2026, une tornade de faible intensité (EF1), traverse le nord-ouest de l'agglomération de Saint-Etienne (département de la Loire) et frappe plus particulièrement les territoires de Villars, de l'Etrat et de Saint-Priest-en-Jarez. Le phénomène, qui est issu d'une puissante supercellule, blesse légèrement une personne et provoque principalement des dommages dans deux zones commerciales.
Principales caractéristiques de la tornade
* intensité maximale : EF1, soit des vents estimés entre 135 km/h et 175 km/h
* distance parcourue : 2,5 kilomètres
* largeur moyenne : 600 mètres
* commune(s) traversée(s) : VILLARS (la Côte, l'Hayassière, zone commerciale de Montravel, D201, Vieux-Château, autoroute A72, le Furan) ; L'ÉTRAT (le Furan, avenue Albert-Raimond, D1498) ; SAINT-PRIEST-EN-JAREZ (centre commercial Ratarieux, le Furan, hôpital nord)
* département(s) : LOIRE (42)
* altitude moyenne du terrain : 455 mètres
* type de terrain : zones industrielles et commerciales ; prairies
* principaux dégâts : nombreux arbres déracinés ou arrachés avec projections de branches à distance ; portions de couvertures (habitations, magasins, entreprises) emportées ; véhicules déplacés ou retournés (dont deux poids lourds) ; vitres brisées ; enseignes et mobilier urbain détruits ; multiples projections de petits débris
NB : l'intensité des tornades est déterminée sur l'échelle EF augmentée (English version) . Cette version de l'échelle EF, élaborée et mise en place par KERAUNOS depuis 2009, ajoute aux critères américains une série de spécificités propres à l'habitat européen et permet ainsi une notation précise des tornades, valable autant pour les tornades contemporaines que pour les tornades du passé, et homogène internationalement.
Parcours de la tornade
Une supercellule classique remarquable par ses dimensions et son intensité
La tornade de Villars du 16 juillet 2026 se développe au sein d’une puissante supercellule classique qui prend naissance dans la région de Brioude (Haute-Loire) vers 14h30 TU (16h30 locales). En moins de 20 minutes, une activité électrique est détectée au sein d’un système dont le développement explosif est déjà à l’origine de chutes de grêle dans la région de Marsac-en-Livradois (Puy-de-Dôme, 15h00 TU). Entre 15h TU et 15h30 TU, la transition supercellulaire s’accélère à mesure que la trajectoire du système s’infléchit vers l’est en prenant la direction de la plaine du Forez (Loire). Cette dernière est dévastée par des grêlons dont le diamètre maximal atteint 7 cm dans le secteur d'Andrézieux-Bouthéon, associés à des réflectivités extrêmes détectées au radar à partir de 15h45 TU. Ces chutes de grêle s'organisent au sein de puissants courants descendants avant (FFD), suffisamment virulents pour provoquer des dégâts localisés comme à Saint-Just-Saint-Rambert où à la Fouillouse. Au même moment, la supercellule développe, sur son flanc sud-ouest, une forte rotation qui est identifiée par de nombreux chasseurs (présents dans l’agglomération stéphanoise et en plaine du Forez) et détectée également par le radar Doppler de Saint-Nizier (même si un parasitage ne permet pas distinguer un dipôle clair). Déjà, des courants descendants arrière (RFD) sont perceptibles depuis Saint-Bonnet-les-Oules et dans la direction de Chambles :
Doté d'un nuage-mur fortement surbaissé, le système supercellulaire à maturité s'accompagne d'une base rotative particulièrement vaste et visible à l'oeil nu. Le RFD s'accélère au nord-ouest de Saint-Genest-Lerpt avec des dégâts localisés (Cizeron, la Robertanne, la Goutelle) tandis qu'un puissant inflow, lié au courant ascendant principal, balaie le secteur de Villars. Cette situation annonce la formation imminente d'une tornade : peu avant 15h55 TU, un premier contact au sol certain est identifié à l'est immédiat du ruisseau du Rieudelet, en direction de la Côte, de l'Hayassière puis de la zone commerciale de Montravel. Après avoir circulé jusqu’aux limites territoriales de Villars, de l’Étrat et de Saint-Priest-en-Jarez via Ratarieux, la tornade se dissipe sans pour autant signer un affaiblissement de la supercellule : les réflectivités restent particulièrement fortes dans le secteur de Rive-de-Gier (Loire, 16h15 TU), Givors (Rhône, 16h25 TU), Luzinay (Isère, 16h40 TU) ou encore Saint-Quentin-Fallavier (Isère, 17h TU). A partir de 17h10 TU, l’intensité de la supercellule diminue graduellement, même si la grêle reste notable dans le nord de l’Isère puis dans le sud de l’Ain (Belley, 17h40 TU). La structure convective persiste ensuite durablement en présentant des réflectivités qui restent modérées à fortes : Annecy (Haute-Savoie, 18h10 TU), Cluses (Haute-Savoie, 18h50 TU), Evionnaz (Suisse, 19h20 TU). Il faut attendre 19h50 TU – soit plus de 5 heures après sa formation – pour observer une dissipation totale du système au nord de Sion.
Des dégâts matériels dans un secteur fortement urbanisé
Les informations recueillies pour cette tornade permettent d'attester d'une trajectoire minimale certaine de 2,5 kilomètres entre l'ouest de la Côte (Villars) et l'hôpital nord (Saint-Priest-en-Jarez), selon un sens de déplacement de l'OSO vers l'ENE.
Une enquête de terrain menée par Keraunos, et complétée par d'autres investigations, positionne les premiers dégâts convergents certains sur l'un des coteaux du ruisseau du Rieudelet à Villars. Rapidement, le tourbillon enveloppe les hameaux de la Côte et de l'Hayassière, où plusieurs pans de couvertures sont arrachés et des propriétés atteintes. Les nombreux arbres présents dans ce secteur sont sectionnés ou déracinés jusqu'au talus boisé qui précède la zone commerciale de Montravel. Dans la zone proprement dite, la tornade porte atteinte aux bardages des principaux bâtiments, déplace de nombreux véhicules, déracine ou arrache des arbres. Un témoin raconte : "C'était très impressionnant [...] de voir les arbres, les panneaux qui volent comme des feuilles, et d'être balloté dans sa voiture."
En poursuivant sa route vers le NE puis l'ENE en raison d'une inflexion, la tornade traverse la D201 puis le quartier du Vieux-Château avec des dégâts similaires. Le long de l'A72, elle renverse deux poids lourds et déplace plusieurs véhicules positionnés entre la sortie Ratarieux et l'échangeur A72/D201. Les arbres présents dans ce secteur sont principalement arrachés, avec des projections de branches à distance. Ces dégâts sur la végétation se répètent durablement le long du Furan (à l'extrémité des territoires de Villars, de l'Etrat et de Saint-Priest-en-Jarez) tandis que des entreprises installées le long de la D1498 sont touchées à leur tour. Plus au sud, les dommages sont généralisés dans la zone commerciale de Ratarieux (Saint-Priest-en-Jarez) : arbres arrachés, bardages de hangars et de bâtiments commerciaux en partie arrachés, cloisons effondrées, enseignes arrachées, véhicules déplacés, mobilier urbain atteint. Une vidéo prise depuis l'hôpital nord montre encore l'influence du tourbillon jusqu'aux aires de stationnement situées à l'ouest du bâtiment. Au-delà de ce point, les dommages observés (bourg de l'Etrat et la Tour-en-Jarez) semblent davantage l'oeuvre de courants descendants car aucun axe de convergence n'a pu être identifié. Cette dissipation rapide est corroborée par une vidéo filmée depuis les hauteurs de l'Etrat, et montrant une déstructuration subite de la circulation rotative dans ce secteur.
Au-delà de l'agglomération stéphanoise, la supercellule conserve des caractéristiques venteuses, avec des dommages ponctuels dans la vallée du Gier, puis de nouveau dans le nord-Isère (Saint-Quentin-Fallavier et la Verpillière), enfin dans le sud de l'Ain.
Fait notable, la largeur du tourbillon (en intégrant les aspirations causées par des courants ascendants particulièrement intenses et durables) atteint 600 mètres en moyenne (localement 750 mètres). En comptabilisant le puissant RFD observé à l'arrière de la tornade (mais aussi les aspirations périphériques détectées au nord-ouest), la zone d'influence directe ou indirecte du phénomène atteint jusqu'à 2 kilomètres de large (du sud de la Fouillouse jusqu'au bourg de Villars où quelques arbres cèdent dans le périmètre de l'hôtel de ville). De brefs vortex secondaires sont également suspectés autour de l'axe principal, mais ils sont difficiles à prouver dans ces territoires qui ont été soumis aux vents pendant près de 2mn30. En tout état de cause, ces observations sur le terrain confirment l'importance de la circulation cyclonique sous cette supercellule, et la menace potentielle qu'elle aurait pu représenter dans un environnement moins contraint et qui aurait peut-être permis un développement et une durée de vie nettement supérieurs (il semble que les contreforts des Monts du Lyonnais aient favorisé la dissipation de la tornade).
L'analyse des dommages permet d'attester d'un niveau d'intensité EF1 pour cette tornade. Malgré la forte densité de population au moment du phénomène, aucun blessé sérieux (dont le pronostic vital aurait été engagé) n'est à déplorer. Une femme est toutefois happée par la tornade (fort heureusement sans blessures graves) et livre le témoignage suivant : "Le vent s'est engouffré dans mes jambes et je suis partie [...] J'ai vraiment volé, et pendant un petit moment."
Photographies des principaux dommages :
Analyse de la situation météorologique
La tornade de Villars s’est formée au sein d'un rapide flux de secteur sud-ouest, associé à une branche de jet (> 170 km/h vers 10.000 mètres d'altitude), étirée du Portugal jusqu'à l'Allemagne (ci-dessous à gauche). Ce jet circule entre deux minimums d’altitude, le premier positionné au nord-ouest du Cap Finisterre, le second centré sur le nord-ouest de l’Allemagne (ci-dessous à droite). Les abords du Massif Central se trouvent ainsi dans une configuration diffluente en altitude, propice à un soulèvement dynamique marqué.
Au sol, un flux à dominante sud est en place durant cette même journée. Une masse d'air subtropicale très chaude et bien humidifiée évolue sur les deux tiers sud du pays, avec des thêta’w > 20°C à 850 hPa (ci-dessous à gauche). Conséquemment, les profils verticaux sont très instables en cours d’après-midi sur ces régions (MUCAPE parfois > 3000 J/kg et MULI jusqu'à -10 K ; voir ci-dessous à droite).
Un reforecast a été réalisé avec le modèle WRF-ARW 3 km, initialisé sur les conditions ERA5, afin d'identifier plus précisément les caractéristiques de l'environnement à méso-échelle lors de cet épisode. En l'occurrence, il met en évidence un important réservoir d’hélicité des Pyrénées au Jura, avec des valeurs de SRH 0-3 km souvent supérieures à 200 m²/s². Des noyaux > 350 m²/s² sont même présents vers 18h locales entre Haute-Loire, Loire et Ain (ci-dessous à gauche). Par conséquent, la mise en phase optimale entre hélicité et instabilité est observée de l’Occitanie au nord de la vallée du Rhône, avec un potentiel supercellulaire marqué sur cet axe, confirmé par de hautes valeurs de SCP (Supercell Composite Parameter, ci-dessous à droite).
En complément, une reconstitution du profil vertical pour le secteur de Villars, le 16 juillet vers 17h00 locales, a été réalisée sur la base des données d'observation et de réanalyse (ci-dessous). Il confirme la présence d’une très forte instabilité latente sur ce secteur (MUCAPE de 2949 J/kg, avec MULI de -9,2 K et niveau d’équilibre à 12.500 mètres). Même si les basses couches sont relativement peu humidifiées, le gradient thermique vertical est très resserré, ce qui limite la CIN à des valeurs modestes (-63 J/kg) et accentue la DCAPE, calculée à 1402 J/kg sur ce profil.
L'hodographe présente pour sa part une structure certes peu incurvée mais en revanche bien étirée du sol jusqu’à l’étage moyen, typique des environnements fortement cisaillés en profondeur (30 m/s sur 0-6 km). Les valeurs de SRH sont modérées, que ce soit entre le sol et 1 km d’altitude (62 m²/s² sur 0-1000 m), que sur 0-3 km (148 m²/s²).
Ces divers éléments confirment un environnement propice à une convection très profonde, susceptible de s’organiser sous forme supercellulaire (SCP > 4) avec risque associé de violentes rafales descendantes et de tornade. De fait, la supercellule qui a affecté la région de Saint-Etienne, en plus d'avoir produit une tornade, s'est bien distinguée par une production durable de très fortes rafales descendantes (liée à la haute disponibilité en DCAPE).
L'analyse des données du radar de Saint-Nizier montre une structure supercellulaire très active, de type classique, dotée d'un courant descendant avant (FFD) particulièrement puissant et hypertrophié, producteur de rafales descendantes et de grêle. Le mésocyclone (cerclé en blanc sur les images ci-dessous) est identifié via les données Doppler au SSO de la structure, en très proche périphérie du flanc sud du FFD. A l'heure de la tornade (17h55), on note une tentative de renforcement du courant descendant arrière (RFD), ce qui est assez courant dans les cas de tornadogénèse.
Prévision de l'épisode
Le contexte météorologique de ce 16 juillet 2026 avait été identifié comme potentiellement propice aux tornades aux abords du Massif Central notamment.
Ainsi, le bulletin de prévision des orages émis le 16 juillet à 8h mentionnait un risque d'orage parfois violents des Pyrénées au Massif Central jusqu'aux Alpes et au Jura, avec un potentiel tornadique localisé : "[...] C'est dès lors de l'ouest de l'Occitanie au nord des Alpes que le potentiel d'orages violents sera le plus significatif, avec un risque élevé d'orages supercellulaires, favorisés par des cisaillements profonds > 30 m/s et par un vaste réservoir de SRH 0-3 km > 200 m²/s² sur cet axe. C'est notamment le risque de grêle qui sera significatif, avec une probabilité marquée de grêlons parfois > 5 cm de diamètre ; des rafales de vent > 120 km/h pourront également se déclencher sous les orages les plus actifs, compte tenu des profils verticaux observés sur ces régions et de valeurs de DCAPE > 1200 J/kg. De très fortes pluies et une activité électrique intense sont attendues également, ainsi qu'un risque isolé de phénomènes tourbillonnaires. [...]"
Comme on peut le voir sur les cartes ci-dessous, le risque d'orages violents aux abords du Massif Central avait été identifié plusieurs jours en amont, et ciblé dans les bulletins de prévision à moyen terme émis successivement au cours des jours qui ont précédé (la probabilité d'orage fort > 30% est cerclée en rouge). Ainsi :
- prévision du 13 juillet pour la journée du jeudi 16 juillet (J+3) : "Jeudi, [...] le contexte est attendu favorable aux orages en deuxième partie de journée sur la plupart des régions, avec une activité plus marquée aux abords du Massif Central, en raison d'un phasage probablement plus efficace entre instabilité et dynamique synoptique sur cette région."
- prévision du 14 juillet pour la journée du jeudi 16 juillet (J+2) : "Jeudi, le cut-off évoluera en thalweg sur le proche Atlantique et pilotera un flux de SO de plus en plus cyclonique sur la France. Dans le même temps, un creux dépressionnaire de surface devrait rester en position sur le centre de la France, ce qui assurera une convergence humide persistante sur les deux tiers sud du pays. Conséquemment, les orages devraient se multiplier en journée, avec des intensités parfois très marquées, associant grêle, fortes pluies et fortes rafales de vent."
- prévision du 15 juillet pour la journée du jeudi 16 juillet (J+1) : "Demain jeudi, [...], les orages devraient se multiplier en journée, avec des intensités parfois très marquées, associant grêle, fortes pluies et fortes rafales de vent, dans un contexte à la fois instable et fortement cisaillé."
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