Dans l'après-midi du 24 août 2026, une tornade de forte intensité (bas de l'échelon EF3) dévaste principalement le territoire de Pomas, dans le département de l'Aude. Le phénomène, vu et abondamment filmé, provoque des dégâts matériels considérables et blesse une cinquantaine de personnes. Il est à noter que la supercellule classique qui a produit le phénomène, évolue ensuite sous la forme d'un écho en arc qui accompagne une dégradation pluvio-orageuse de grande ampleur à l'origine d'un derecho dans les principaux départements méditerranéens.
Il faut remonter au 25 mai 1969 pour observer une tornade EF3 dans le département de l'Aude. Survenue à Leuc (à 5 km au NE de Pomas), elle emporte une voiture en marche et arrache des ceps de vignes. Cette même commune avait déjà été frappée par une autre tornade EF3 le 3 août 1780.
Principales caractéristiques de la tornade
* intensité maximale : EF3, soit des vents estimés entre 220 km/h et 270 km/h
* distance parcourue : 6,3 kilomètres
* largeur moyenne : 350 mètres (jusqu'à 600 mètres)
* commune(s) traversée(s) : POMAS (l'Aude, Fourminis, la Bordette, les Graves, le Prévôt, voie de chemin de fer, Fount Grande, Cassagne, Pouzamiel) ; SAINT-HILAIRE (l'Horte, Plan d'Alière, Col de Soult)
* département(s) : AUDE (11)
* altitude moyenne du terrain : 190 mètres
* type de terrain : territoire artificialisés ; vignobles ; surfaces essentiellement agricoles, interrompues par des espaces naturels importants ; forêts mélangées
* principaux dégâts : arbres déracinés, brisés et localement dépouillés ; parcelles forestières abattues ; vignobles endommagés ; nombreux bâtiments éventrés voire partiellement démolis ; habitations en plain-pied détruites ; combles du château arrachés et destruction partielle des murs extérieurs ; plusieurs entreprises touchées ; véhicules retournés voire emportés à faible distance ; multiples projections de débris à distance
NB : l'intensité des tornades est déterminée sur l'échelle EF augmentée (English version) . Cette version de l'échelle EF, élaborée et mise en place par KERAUNOS depuis 2009, ajoute aux critères américains une série de spécificités propres à l'habitat européen et permet ainsi une notation précise des tornades, valable autant pour les tornades contemporaines que pour les tornades du passé, et homogène internationalement.
Parcours de la tornade
Une supercellule classique à l'origine du phénomène
La tornade de Pomas du 24 août 2026 est issue d'une supercellule classique qui prend naissance peu avant 13h30 TU (15h30 locales) au nord de Foix (Ariège), juste à l'avant d'un système convectif qui intéresse principalement les Pyrénées espagnoles quelques heures plus tôt. D'abord soumise à un déplacement du SO vers le NE (220°), la structure orageuse, déjà marquée par de fortes réflectivités, opère une transition supercellulaire dans la région de Mirepoix (Ariège, 14h TU) tout en infléchissant son transit en direction de l'Est (270°) et de l'agglomération de Carcassonne (Aude).
Vers 14h45 TU, la supercellule développe une très forte rotation, avec la constitution d'un nuage-mur identifié par des chasseurs présents dans le secteur. Dans les minutes qui suivent, une excroissance en forme de cône est détectée entre Cépie et Pomas, avant que la tornade ne finisse par toucher le sol autour de 14h57 TU près des rives de l'Aude. En raison d'une vitesse de déplacement particulièrement lente (estimation entre 25 km/h et 30 km/h), il faut attendre 15h02 TU (17h02 locales) pour que le tourbillon atteigne le quartier de la gare. A 15h05 TU (17h05 locales), à l'est immédiat du village tout juste traversé, les réflectivités radar (à gauche ci-dessous) montrent une structure en crochet sur le flanc sud de la supercellule ; celle-ci trahit la très forte rotation présente dans ce secteur. Les données de vitesses radiales (à droite ci-dessous) présentent quant à elles un dipôle très resserré au même endroit :
Cette rotation perdure au moins jusqu'à 15h10 TU (17h10 locales) au sud-est de Pomas (Saint-Hilaire), heure à laquelle le phénomène se dissipe après avoir subi une très forte inflexion vers le SE. Par la suite, la supercellule évolue sous la forme d'un écho en arc, avec la généralisation de puissantes rafales descendantes (dès 15h20-15h30 TU) qui sont progressivement observées sous le courant descendant. Le QLCS qui se développe ensuite conserve des caractéristiques venteuses marquées et suffisamment durables pour générer un derecho, avec un grand axe qui atteint près de 550 km en atteignant la Corse après avoir traversé le golfe du Lion.
Des dégâts matériels considérables et une trajectoire atypique
Dans les minutes ou les heures qui ont suivi la tornade, plusieurs reconnaissances de terrain sont réalisées afin de diagnostiquer le phénomène, et plus particulièrement son intensité*. Ces analyses, qui permettent de livrer de précieux détails sur les dommages avant les opérations de déblaiement, sont complétées par une enquête de terrain exhaustive réalisée par Darian Martens le 25 août. Cette dernière met en évidence un couloir de dégâts convergents sur une trajectoire totale de 6,3 kilomètres et une largeur moyenne de 350 mètres. Particulièrement net, ce couloir est marqué par de très fortes aspirations périphériques qui relèvent principalement du puissant courant d'afflux observé à l'avant de la tornade (quelques dommages relevant du RFD sont également suspectés localement en bordure sud-ouest du couloir de dégâts). Fait notable et lié à un sens de déplacement extrêmement faible (25 à 30 km/h tout au plus), l'axe de dégâts convergents ne présente qu'une légère asymétrie, à la différence des phénomènes à déplacement rapide où le coeur de la tornade est refoulé en bordure du couloir de dégâts. Cette situation constitue également un facteur aggravant, les surfaces exposées subissant un vent tourbillonnaire durable et très intense (jusqu'à près de 1mn30 sans compter le courant d'afflux observé à l'avant).
* nous remercions Q. Baquera, G. Brelay, T. Dagens, D. Gauvin, M. Goalard, N. Ortuno, P-J. Valesi et M. Villaeys pour leur contribution
Selon les informations recueillies, la tornade prend naissance à proximité des rives de l’Aude vers 14h57 TU (16h57 locales), à 2 km à l'OSO de Pomas. Après un premier contact au sol chaotique, le phénomène prend la direction de Fourminis selon une trajectoire atypique, temporairement orientée du NO vers le SE. Après avoir parcouru une distance de 500 mètres dans cette configuration, le tourbillon dévie brutalement vers l'Est puis le NE, laissant finalement sur sa droite le hameau de Fourminis qui n'est que faiblement atteint. Il est 14h58 TU.
Désormais orienté du SSO vers le NNE (200°), le tourbillon s'évase rapidement tandis qu'il gagne en intensité. Son coeur touche le hameau de la Bordette puis le quartier des Graves avec plusieurs propriétés touchées. Il est 14h59 TU. En regagnant la plaine de l'Aude après avoir brièvement évolué à flanc de coteau, la tornade conserve une trajectoire du SO vers le NE (220°) et traverse de nombreux vignobles qui subissent des dégâts. Peu marquée jusqu'à présent, la teinte ocre du buisson s'accentue fortement, ce qui confirme la forte emprise du tourbillon au niveau du sol. Il est 15h00 TU.
Alors que la tornade semble prendre une direction qui permettrait d'éviter l'essentiel de l'agglomération de Pomas, une nouvelle et durable inflexion (vers l'Est puis l'ESE) est observée à environ 200 mètres à l'ouest du quartier du Prévôt. Il est alors un peu moins de 15h01 TU. Le tourbillon à maturité gagne finalement le village par les rues du Merlot et de la Gare où les dégâts sont d'emblée considérables. Dans les 3 minutes qui suivent, la tornade traverse successivement les quartiers de Fount Grande, de Cassagne puis de Pouzamiel, tandis que le vieux village, situé en légère périphérie sud, subit de très fortes aspirations et des dommages localement remarquables. L'horloge de l'église s'arrête à 17h03 locales (15h03 TU).
Aperçu de la tornade depuis la société Robert Entreprise constituée de plusieurs bâtiments (rue de la Gare) entre 16h58'54 et 17h01'47 locales. Confirmation d'un courant d'afflux particulièrement puissant dans les 2 minutes qui précèdent le coeur du tourbillon :
Après avoir touché le quartier de Pouzamiel (15h05 TU) et sinistré 80% des habitations de Pomas, la tornade continue de dévier vers le SE tout en franchissent un pech qui sépare la plaine de l'Aude de la rivière du Lauquet. Elle endommage des vignobles, puis abat plusieurs parcelles forestières avant d'atteindre son point culminant (273 m) et de gagner la vallée du Lauquet à Saint-Hilaire. Située dans l'axe, une exploitation maraîchère est frappée de plein fouet au lieu-dit l'Horte. Il est 15h08 TU.
En continuant sa route vers le SE, la tornade s'affaiblit graduellement tandis qu'elle franchit un nouveau coteau au Plan d'Alière (Saint-Hilaire). L'éloignement de plus en plus marqué entre le point de contact du tourbillon au niveau du sol et sa jonction avec la base nuageuse (qui semble conserver une direction majoritairement O > E) finit par provoquer un point de rupture à l'ouest du col de Soult, où la tornade se dissipe définitivement à 15h11 TU. Par la suite, des échos radar suspects sont encore détectés dans le secteur de Val-de-Dagne, mais aucun dégât convergent n'est identifié.
Discussion sur l'intensité EF3 retenue
La tornade de Pomas surprend par l'ampleur des dommages sur une superficie plutôt restreinte, d'autant que le phénomène a circulé lentement. Environ 400 habitations (sur les quelque 500 que compte la commune) sont sinistrées à des degrés divers, soit 80% du parc immobilier. Parmi elles, 47 sont devenues inhabitables, certaines maisons ayant perdu toitures, étages ou pans de murs avec, à plusieurs reprises, des destructions structurelles majeures y compris sur le château. Les bâtiments publics ne sont pas épargnés : couvertures de l'église et de la mairie endommagées, école maternelle partiellement détruite avec effondrement de la toiture. A ces dommages, il faut également ajouter plusieurs entreprises et des exploitations agricoles (avec les vignobles associés). De nombreux arbres sont déracinés, brisés voire dépouillés (aussi bien dans l'agglomération que dans les bois limitrophes avec Saint-Hilaire où plusieurs parcelles sont abattues) ; des tuiles, du bois, des tôles et de nombreux débris dispersés. Plusieurs véhicules sont fortement endommagés, déplacés voire retournés par le vent. Près de la société Robert Entreprise, une benne de 2 tonnes est transportée à environ 150 mètres. A la date du 30 août, le bilan humain fait état d'environ 50 blessés (dont 20 hospitalisations), mais sans pronostic vital engagé.
L’analyse des bâtiments touchés par la tornade de Pomas met toutefois en lumière un comportement extrêmement variable selon la structure de l’habitat (à intensité comparable à en juger par les autres indicateurs qui présentent des degrés de dommages assez constants) : d’une part, une relative résistance de l’habitat groupé dans le vieux village (quoique situé en périphérie sud, mais ayant subi de très fortes aspirations) ; d’autre part, des dégâts nettement plus marqués sur l’habitat individuel et/ou de construction plus récente. Cette différence semble tout autant le fait des matériaux utilisés, de l’épaisseur et de l’organisation des murs, que des volumes en jeu (maisons étagées ou non). De fait, il apparaît que les constructions résidentielles en plain-pied, soutenues par des murs peu épais, sont prioritairement détruites, quand l’habitat de centre-ville ne perd que sa toiture avec, au pire, des murs extérieurs faiblement écrêtés. Les dégâts relèvent donc d’un niveau d’intensité généralement EF2/EF2+, avec des projections modérées.
On note toutefois des degrés de dommages (DOD) plus élevés en trois points distincts de la commune, ce qui a motivé localement le classement en intensité EF3- : autour du quartier du Prévôt (à l'ouest), au niveau du château (au centre), puis entre Cassagne et Pouzamiel (à l'est). En plus d'arbres dépouillés et de véhicules emportés, des constructions solides et/ou dotées d'un étage subissent des dégâts comparables, alors qu'elles présentent un niveau de résistance théoriquement plus élevé, d'où ce choix d'intensité. L'analyse d'autres dommages dans ces mêmes secteurs montre également que plusieurs matériaux, qui offrent traditionnellement peu de prise au vent, sont devenus de véritables projectiles. Concernant le château de Pomas où une interrogation subsistait compte tenu d'une localisation en léger retrait de l'axe principal, sa position en surplomb pourrait expliquer les dommages causés, nettement supérieurs à l'environnement immédiat (même si pour ce dernier, l’état de conservation ne pourra jamais être restitué avec certitude compte tenu de remaniements qu’il a dû subir). Pour ces raisons, nous considérons qu'un niveau d'intensité EF3- est en mesure de produire ce type de dommages, à l'image du château de Lastours en 1826.
Analyse des vitesses de vent grâce aux vidéos
La tornade a été abondamment filmée par les témoins présents sur place, ainsi que par plusieurs caméras de vidéosurveillance. Les séquences filmées depuis la rue du Merlot et la rue de la Gare, qui nous ont été aimablement communiquées par la société Robert Entreprise, avec la contribution de Christophe Asselin (@ChroChao) et de l'association Infoclimat, sont particulièrement intéressantes, tant il est rare de disposer de témoignages vidéo fixes situés sur la trajectoire d'une tornade.
Outre une multitude d'informations sur la dynamique du phénomène, son aire d'influence et le détail de l'écoulement dans les très basses couches en périphérie du cœur tornadique, l'analyse détaillée de plusieurs séquences par photogrammétrie permet d'estimer les vitesses de vent atteintes à différentes distances de la tornade entre 16h58 et 17h01. Ces estimations reposent notamment sur le suivi image par image de traceurs visibles — débris, poussières, végétation et structures nuageuses.
À proximité du sol, l'analyse met notamment en évidence :
• des rafales supérieures à 100 km/h à environ 250 à 300 mètres du rideau de débris qui entoure la portion la plus violente de la tornade, avec un gradient vertical de vitesse de vent particulièrement prononcé dans les 10 à 20 premiers mètres au-dessus du sol ;
• des rafales supérieures à 125 km/h à environ 150 mètres du rideau de débris ;
• des rafales supérieures à 150 km/h à environ 100 mètres du rideau de débris, avec une accentuation rapide de l'influence du vortex jusque dans les couches les plus proches du sol ;
• une généralisation et une forte accentuation des vents violents jusqu'au ras du sol dans les 50 derniers mètres précédant le rideau de débris, lors de l'approche finale du cœur de la tornade.
Les vidéos révèlent par ailleurs la présence de structures turbulentes au sein de la circulation tornadique. Leur suivi image par image montre que certaines connaissent périodiquement de très fortes accélérations, notamment sur le flanc sud-est du vortex :
• L'une des structures les plus rapides identifiées parcourt environ 65 mètres en 0,96 seconde à une altitude estimée comprise entre 20 et 40 mètres au-dessus du sol, ce qui correspond à une vitesse tangentielle d'environ 68 m/s, soit 245 km/h.
• L'analyse de deux autres structures turbulentes qui circulent au niveau du sol permettent d'établir respectivement deux parcours quasi identiques d'environ 50 mètres en 0,81 seconde et 50 mètres en 0,82 seconde, ce qui correspond à une vitesse tangentielle de 61 à 62 m/s, soit 220-225 km/h, et ce à une altitude comprise entre 0 et 10 mètres au-dessus du sol.
Ces valeurs restent estimatives compte tenu des incertitudes inhérentes à l'analyse photogrammétrique et ne constituent pas une mesure anémométrique directe. Elles fournissent néanmoins un indicateur particulièrement intéressant de l'intensité des vents à proximité du sol et de leur organisation horizontale et verticale lorsque la tornade s'apprête à frapper la rue du Merlot à Pomas.
Ces observations sont par ailleurs cohérentes avec les éléments recueillis lors de l'enquête de terrain :
• l'emprise horizontale des vents dommageables est bien confirmée par la largeur du couloir de dommages qui atteint localement 500 à 600 mètres ;
• les très forts gradients horizontaux et verticaux de vitesse de vent observés autour du noyau central de la tornade, avec des accélérations très brutales et spatialement concentrées, contribuent à expliquer la juxtaposition, parfois à très courte distance, de zones de dommages sévères et de secteurs sensiblement moins endommagés
• le flanc sud-est de la tornade, qui semble concentrer les accélérations les plus brutales, balaie les abords de la rue du Merlot et y produit des dommages diagnostiqués de classe EF3-, ce qui est cohérent avec les vitesses tangentielles voisines de 220 km/h identifiées sur les vidéos à proximité immédiate du sol quelques secondes avant l'impact sur ce secteur.
L'exploitation croisée des vidéos et des dommages observés sur le terrain permet ainsi de restituer non seulement l'intensité de la tornade, mais également la structure particulièrement complexe et fortement hétérogène du champ de vent qui l'accompagne.
Un département exposé
A la fois sur l’aspect, l’intensité et la trajectoire parcourue, la tornade de Pomas présente de très fortes similitudes avec de nombreux cas historiques observés dans le sillon Audois. Tout porte à croire que ce trait d’union entre le Massif Central et les Pyrénées – orienté de l’ouest vers l’est – contribue à une accélération du cisaillement local, probablement renforcée par le vent d’Autan. Cette configuration peut apporter un début d'explication quant à la trajectoire atypique de la tornade de Pomas, qui a dû se heurter à plusieurs reprises à une forte convergence en basse couche, freinant ou modifiant significativement sa trajectoire théorique au niveau du sol.
De fait, plusieurs trajectoires atypiques sont observées dans ce secteur, le plus souvent associées à des intensités significatives au moins d'intensité EF3 (Leuc en 1780, Lastours en 1826, Sallèles-d’Aude en 1842, Leuc en 1969). Seul le cas recensé à la Redorte en 1887 semble faire figure d’exception, avec une trajectoire plus habituelle (OSO > ENE).
Ces multiples cas historiques confirment que le département de l'Aude est exposé à ce type de phénomènes, avec une occurrence supérieure à la moyenne nationale, et une proportion de cas de forte intensité tout à fait remarquable (6 en intégrant désormais Pomas).
Liste des tornades recensées dans l'Aude avec leur intensité (à gauche) / Représentation spatiale des événements (à droite) avec une concentration dans le sillon Audois :
Analyse de la situation météorologique
La tornade de Pomas s’est formée au sein d'un rapide flux de secteur sud-ouest, dynamisé par la remontée, depuis l’Espagne, d’un thalweg d’altitude secondaire vigoureux. Celui-ci, piloté par un vaste système dépressionnaire positionné au sud-ouest de l’Irlande, est adossé à une anomalie basse de tropopause qui franchit les Pyrénées aux environs de 15h TU. L’ensemble produit une ondulation du jet en cours d'après-midi, génératrice d'une configuration de sortie gauche bien diffluente sur l’ouest de l’Occitanie. Le dynamisme associé est marqué, avec un soulèvement synoptique puissant aux abords de l’Aude.
Au sol, une vaste zone dépressionnaire s’étire en journée du nord du Portugal jusqu’au centre de la France. En son sein, une limite à caractère de front froid évolue lentement d’ouest en est le long des Pyrénées ; celle-ci, avec le concours des effets dynamiques liés au relief des Pyrénées, conduit à la formation d’une surpression côté espagnol et à l’inverse d’un thalweg de surface de plus en plus dépressionnaire côté français. Un vent marin de secteur SE à E se lève alors dans le Golfe du Lion ; il génère une convergence humide sur l’ouest de l’Aude en cours d’après-midi. Entre 16h et 17h locales, un creux dépressionnaire finit par se former sur l’Aude, au sein du thalweg de surface, dans la zone où la convergence est maximale. Ainsi, le fort dynamisme d’altitude entre en phase, aux environs de 17h, avec des forçages de plus en plus concentrés et puissants au niveau du sol dans l’ouest de l’Aude.
Les cellules orageuses déjà en activité en milieu d’après-midi aux abords de l’Ariège rencontrent ainsi, en progressant en direction de l’Aude, des conditions dynamiques de plus en plus favorables à leur développement et à leur intensification. De fait, les forts apports en humidité de basses couches assurées par le vent marin génèrent des profils verticaux fortement instables sur ce secteur, et également très fortement cisaillés.
Une reconstitution du profil vertical pour le secteur de Pomas, le 24 août vers 17h00 locales, a été réalisée sur la base des données d'observation et de réanalyse (ci-dessous). Il confirme la présence de basses couches bien humidifiées en raison du vent marin (Td proche de 20°C), mais avec des LCL assez élevés (1.149 mètres) compte tenu d’un échauffement diurne significatif ; c’est d’ailleurs ce qui explique la présence de bases nuageuses relativement élevées et l’excellente visibilité de cette tornade. Néanmoins, la MUCIN et la MLCIN sont marginales (-9 et -27 J/kg respectivement), grâce à des LFC relativement bas. La convection n’a donc pas eu de difficulté à s’enclencher et à s’alimenter dans ce contexte.
L’instabilité est très forte sur ce profil, avec une MUCAPE de 2.868 J/kg, une MLCAPE de 2.217 J/kg, un MULI de -8,9 K et une MUCAPE 0-3 km de 138 J/kg, associées à un niveau d’équilibre expulsé à plus de 12.000 mètres d’altitude. Cette instabilité est associée à des cisaillements forts : 27,7 m/s sur 0-6 km, avec une hélicité relative > 130 m²/s² sur 0-500 m, > 170 m²/s² sur 0-1 km et > 230 m²/s² sur 0-3 km. C’est ce que confirme la lecture de l'hodographe, qui présente une structure fortement incurvée dans sa partie basse (0-2 km essentiellement), typique des environnements fortement cisaillés en basses couches.
Ces éléments confirment un environnement propice à une convection très profonde et potentiellement sévère, avec fort risque supercellulaire (SCP de 6,1) et potentiel tornadique très marqué (STP de 4,4 notamment). Les cellules orageuses en provenance d’Ariège ont ainsi rencontré un environnement très favorable à partir de 15h45 locales, en abordant l’ouest de l’Aude, ce qui explique leur rapide évolution supercellulaire, puis la phase tornadique observée peu après au sud de Carcassonne lorsqu’elles ont évolué dans des profils très fortement cisaillés.
Un reforecast réalisé avec le modèle WRF-ARW 3 km, initialisé sur les conditions ERA5, confirme ces éléments, avec un noyau de très forte MUCAPE positionné dans l’ouest de l’Aude à 15h TU (soit 17h locales), associé à un réservoir de SRH 0-1 km > 250 m²/s² concentré entre la moitié nord de l’Aude et le sud du Tarn. Conséquemment, les valeurs de Significant Tornado Parameter (STP), l'un des principaux indicateurs utilisés dans le cadre de la prévision des tornades, sont très élevées sur ce secteur (> 4).
Prévision de l'épisode
Le contexte météorologique de ce 24 août 2026 avait été identifié comme propice à des orages parfois virulents des Pyrénées jusqu'aux régions méditerranéennes, et ce dès la prévision à moyen terme émise 7 jours plus tôt. Ainsi, le bulletin Keraunos du lundi 17 août indiquait déjà un potentiel d'orages forts à surveiller "des Pyrénées aux Alpes" et "notamment près de la Méditerranée" pour la journée du 24 août (prévision à j+7 ci-dessous) :
Le potentiel d'orages virulents se confirme et se précise ensuite de jour en jour, ce qui justifie à partir du 21 août l'émission d'un préavis d'orages forts pour le 24 août, avec probabilité > 30% de phénomènes intenses du Limousin à l'Occitanie.
La situation apparaît alors de plus en plus propice au développement de supercellules, avec un risque de fortes chutes de grêle et un potentiel de tornade qui se distingue nettement entre la vallée de l'Aude, le Tarn, l'Hérault et le littoral des Bouches-du-Rhône. C'est ce qui motive l'émission, dans le bulletin de prévision des orages émis le 24 août à 08h et valable pour le jour J, d'un risque orageux sévère, de niveau 4/5, sur l'Occitanie et ses abords, avec un risque de tornade jugé marqué sur les secteurs précités :
Le bulletin émis par Keraunos indique notamment : "[...] Des orages parfois violents sont attendus, organisés le long de l'axe frontal. Ils seront de nature multicellulaires, avec production possible de violentes rafales (profil de masse d'air favorable) et seront dotés d'un potentiel diluvien important (PWAT > 45 mm). En bordure de ces systèmes, notamment en queue de ligne, des structures mésocycloniques sont susceptibles d'éclore avec risque de forte grêle et de microrafales. On notera un risque de tornade plus particulièrement sensible sur le Languedoc où les cisaillements seront les plus significatifs à tous les niveaux. Les indices tornadiques y sont élevés et le risque de tornade est prévu modéré."
Durant la journée du 24 août, les modèles de prévision à courte échéance (notamment HRRR), les outils de suivi en temps réel et le dispositif de profilage atmosphérique de KeraunosAlert confirment le potentiel tornadique élevé sur l'Aude et ses abords, ainsi que le risque plus général d'orages violents sur ce secteur. Ainsi, deux avis sont émis successivement par Keraunos en cours d'après-midi :
- un premier avis, émis à 14h43, soit environ 2 heures avant la tornade de Pomas, confirme une zone de surveillance sur le Languedoc pour risques d'orages supercellulaires, avec possibilité de forte grêle et tornades ;
- un second avis, émis à 16h18, soit environ 40 minutes avant la tornade Pomas, avertit d'un risque imminent d'orages violents sur l'Aude, avec fort potentiel de formation de tornade.
L'ensemble témoigne d'une situation qui a pu être anticipée dans son potentiel d'orages virulents dès le 14 août, soit 7 jours plus tôt ; risque confirmé ensuite de jour en jour dans les bulletins quotidiens de prévision émis chaque matin.
Le suivi en temps réel de la situation a permis ensuite, le jour J, d'identifier et de confirmer un risque tornadique imminent sur la zone concernée.
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