Observatoire français des tornades et orages violents

Tornade EF2 à Châteauneuf-sur-Loire (Loiret) le 22 novembre 1930

Le 22 novembre 1930, vers 21 heures, une tornade d'intensité modérée (EF2) traverse une partie de la forêt domaniale d'Orléans, entre Châteauneuf-sur-Loire et Châtenoy (département du Loiret). Selon toute vraisemblance, le phénomène est associé à une structure de type supercellulaire qui balaie le Gâtinais sur un parcours de près de 40 kilomètres au moins jusqu'au sud-est de Montargis

Principales caractéristiques de la tornade

intensité maximale : EF2, soit des vents estimés de 175 km/h à 220 km/h
* distance parcourue : 6 kilomètres (distance minimale certaine)
* largeur moyenne : 200 mètres (largeur observée en forêt d'Orléans)

* communes traversées : CHÂTEAUNEUF-SUR-LOIRE (la Grille, forêt domaniale d'Orléans) ; SAINT-MARTIN-D'ABBAT (forêt domaniale d'Orléans) ; CHÂTENOY (forêt domaniale d'Orléans)
* département : LOIRET (45)
* altitude moyenne du terrain : 130 mètres
* type de terrain : territoires agricoles, forêt et milieux semi-naturels

* principaux dégâts : environ 20 000 arbres déracinés ou brisés en forêt domaniale d'Orléans ; toitures emportées 

NB : l'intensité des tornades est déterminée sur l'échelle EF augmentée (English version) . Cette version de l'échelle EF, élaborée et mise en place par KERAUNOS depuis 2009, ajoute aux critères américains une série de spécificités propres à l'habitat européen et permet ainsi une notation précise des tornades, valable autant pour les tornades contemporaines que pour les tornades du passé, et homogène internationalement.
 

Trajectoire de la tornade

 
© Keraunos (fond de carte : Géoportail / Carte IGN de 1950)
 

Des dégâts sur un parcours de près de 40 kilomètres

La tornade de Châteauneuf-sur-Loire du 22 novembre 1930 a pu être identifiée à l'appui d'articles parus dans la presse locale. Elle est associée à une cellule orageuse très active, à l'origine de dégâts importants sur un parcours certain de 38 kilomètres entre la forêt domaniale d'Orléans et le territoire d'Amilly. Selon un axe parfaitement linéaire orienté de l'Ouest/Sud-Ouest à l'Est/Nord-Est, cette cellule, accompagnée de grêle, parcourt les territoires de Châteauneuf-sur-Loire, Saint-Martin-d'Abbat, Châtenoy, Coudroy, Noyers, Chailly-en-Gâtinais, Thimory, Vimory et Amilly. Elle provoque les dommages suivants : granges effondrées, poteaux télégraphiques brisés, toitures endommagées ou arrachées, arbres brisés. A Amilly en particulier, la toiture de la gare est emportée et de nombreux hangars sont démolis. Selon toute vraisemblance, ces dommages pourraient être associés à une structure de type supercellulaire qui balaie une partie du Gâtinais autour de 21 heures.
 
Plus particulièrement en forêt domaniale d'Orléans, le journal du Loiret indique que 20 000 arbres sont déracinés ou brisés sur un parcours de 6 kilomètres et une largeur de 200 mètres. Au hameau de la Grille (commune de Châteauneuf-sur-Loire) plusieurs toitures sont emportées et des familles sont sans abri. La route nationale n°60 est coupée par plusieurs arbres qui y sont tombés. La circulation doit être interrompue. L'organisation des dommages permet de conclure sur un phénomène tourbillonnaire sur ce secteur, soit une distance minimale certaine de 6 kilomètres. Au-delà de la forêt d'Orléans, les informations recueillies ne permettent pas de prolonger la trajectoire de la tornade avec certitude. 
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A noter également qu'à Olivet, des lignes téléphoniques ont souffert. Dans les faubourgs d'Orléans, la grêle cause également des dommages dans les cultures sous cloches
 
Les dommages associés à la tornade de Châteauneuf-sur-Loire relèvent a minima d'une intensité EF2. Nous pouvons d'ores et déjà considérer qu'il s'agit d'un phénomène de grande ampleur.

Analyse de la situation météorologique

Les réanalyses NOAA/ESRL présentées ci-après, même si elles ne fournissent qu’une reconstitution approximative de la situation synoptique de l’époque, permettent de mettre en évidence un contexte modérément instable, mais très dynamique et très cisaillé aux abords de la région Centre le soir du 22 novembre 1930.

La situation synoptique est ainsi dominée ce soir-là par la présence d'un fort courant-jet d'ouest à ouest/sud-ouest, étiré entre le proche Atlantique et l'Europe de l'Est (ci-dessous à gauche). Le Loiret est situé juste en bordure nord de l'axe de courant-jet, dans une zone par ailleurs concernée en fin de journée par des advections froides à l'étage moyen, organisées sous la forme d'un thalweg thermique qui s'enfonce alors par les côtes de la Manche (ci-dessous à droite).
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L'analyse de la thêta'w permet d'identifier une situation fortement barocline, pilotée par un minimum dépressionnaire positionné en Mer du Nord. Un vaste secteur chaud évolue sur la France en journée ; il est suivi par un front froid qui se montre marqué et qui s'enfonce en soirée par la Normandie (ci-dessous à gauche). Le secteur chaud est animé par un jet de basses couches virulent, avec des vents moyens réanalysés entre 100 et 110 km/h à 900 hPa (vers 1.000 mètres d'altitude) du Centre aux frontières belges (ci-dessous à droite).
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Dans le secteur chaud, les fortes advections d'air doux et humide d'origine tropicale finissent par instabiliser les profils verticaux, comme le suggèrent le Bradbury Index (instabilité potentielle, ci-dessous à gauche) et le Total-Totals Index. On se situe ici dans des niveaux d'instabilité qui peuvent permettre des déclenchements de convection profonde, sous réserve d'un soulèvement dynamique fort, ce qui était le cas ce soir-là.
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On note enfin que le jet de basses couches a généré une très forte hélicité relative, comme le suggèrent les analyses de SRH 0-1 km et 0-3 km ci-dessous. Des noyaux supérieurs à 200 m²/s² sont présents dans l'ensemble du secteur chaud, avec un maximum sur les régions centrales du pays.
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On trouve en somme ici tous les ingrédients propices au déclenchement d'orages localisés mais susceptibles de devenir tornadiques en situation automnale. Selon toute vraisemblance, la tornade de Châteauneuf-sur-Loire s'est ainsi formée dans un secteur chaud modérément instable mais très cisaillé, à l'avant d'un front froid bien dynamique.
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