La succession de phénomènes tourbillonnaires au cours des quinze derniers jours sur les régions du nord a pris une ampleur remarquable.

 
Toiture partiellement détruite par une tornade, à Landrecies, dans le Nord, le 10 août 2014. © P. MAHIEU - E. WESOLEK / KERAUNOS
Toiture partiellement détruite par une tornade, à Landrecies, dans le Nord, le 10 août 2014. © KERAUNOS
 
 

Des tourbillons en série, entre Normandie et Nord - Pas de Calais

Entre le 10 août et le 23 août, des phénomènes tourbillonnaires de toutes natures ont été observés des côtes de la Manche au Nord - Pas de Calais. Au total, on dénombre une quinzaine de tubas, 9 trombes marines et 6 tornades, parmi lesquelles 5 ont frappé la seule région Nord - Pas de Calais.
 
Les journées les plus actives ont été celles du 10 août, du 15 août, du 20 août et enfin du 22 août. La carte ci-dessous fait la synthèse des différents phénomènes recensés durant cette période :
 
Tornades, trombes marines et tubas observés entre le 10 août et le 23 août 2014. (c) KERAUNOS
 
> Si vous avez observé un phénomène tourbillonnaire qui ne vous semble pas répertorié sur cette carte, n'hésitez pas à nous contacter afin de compléter la base de données nationale.
 
 

Quelle différence entre tuba, trombe et tornade ?

On parle de tuba, de trombe ou de tornade lorsqu'un tourbillon de vent se développe à la base d'un nuage à fort développement vertical (Cumulus, Cumulonimbus) pour s'étirer en direction du sol.
 
On désigne par tuba les plus petites colonnes de vent, qui ne touchent pas le sol et qui se limitent à une rotation sous la base nuageuse. Un tuba apparaît visuellement sous la forme d'un entonnoir nuageux aux bords souvent très lisses :
 
Tuba à Beauvois-en-Cambrésis (Nord) le 20 août 2014. © Samuel BLINTuba à Beauvois-en-Cambrésis (Nord) le 20 août 2014. © Samuel BLIN
 
 
Lorsqu'un tuba s'étire suffisamment vers le bas pour que les vents tourbillonnants viennent toucher le sol, on ne parle alors plus de tuba, mais de trombe marine (si le tourbillon de vent touche la surface de la mer) ou de tornade (si le tourbillon touche une surface terrestre) :
 
Trombe marine au large de Dieppe (Seine-Maritime) le 20 août 2014. © Les Informations Dieppoises                   Tornade à Luçon, en Vendée, le 3 mars 2014.
Trombe marine au large de DIeppe le 20 août 2014 (à gauche).     -     Tornade à Luçon le 3 mars 2014 (à droite).
 
Les trois termes désignent ainsi les tourbillons de vent issus de nuages convectifs en fonction de leur stade de développement (contact au sol ou non) et du type de terrain où ils évoluent (mer ou terre).
 
 

Ces phénomènes sont-ils dangereux ?

Tant qu'un tourbillon de vent ne touche pas le sol et reste en altitude (tuba), il ne présente aucun danger pour les observateurs ou la population située à proximité.
 
En revanche, à partir du moment où un contact avec le sol s'établit (tornade ou trombe marine), la menace est sérieuse. En effet, même les tornades les plus faibles causent des dommages qui, s'ils ne sont pas forcément sévères en eux-mêmes (chutes de branches, tuiles envolées,...), peuvent néanmoins blesser toute personne située à proximité, dans la mesure où ces débris sont projetés avec violence en tous sens. Ces divers projectiles et les poussières soulevées depuis le sol (ou les gouttelettes d'eau soulevées depuis la surface de la mer) génèrent d'ailleurs ce que l'on appelle un "buisson", à savoir une nuée plus ou moins diffuse qui s'élève du sol, ce qui permet de voir arriver la tornade ou la trombe, et confirme un danger imminent lorsqu'il approche d'un observateur. Les trombes marines sont elles aussi dangereuses pour les navigateurs, dans la mesure où elles peuvent sans difficulté retourner des embarcations légères.
 
Buisson de la trombe marine qui a évolué au large du Mont Saint-Michel (Manche), le soir du 15 août 2014. © S. Bourdon
Buisson de la trombe marine qui a évolué au large du Mont Saint-Michel (Manche), le soir du 15 août 2014. © S. Bourdon
Ce buisson signale que les vents rotatifs affectent la surface (de la mer en l'occurrence) et qu'une menace sérieuse
se présente pour toute personne située à proximité.
 
 
Il convient d'ailleurs d'être vigilant même en présence d'un simple tuba. En effet, tout tuba constitue potentiellement la phase préliminaire d'une tornade ou d'une trombe marine ; il est donc conseillé de s'assurer que le phénomène ne se développe pas de manière importante, faute de quoi une évolution rapide en tornade peut faire naître en quelques dizaines de secondes une menace réelle pour les personnes situées à proximité. Par ailleurs, certaines tornades de faible intensité, ainsi qu'une proportion significative des trombes marines, ne présentent pas un tube entièrement condensé. Ainsi, un observateur peut penser à tort voir un simple tuba alors même que la colonne de vents tourbillonnants touche le sol mais sans que cela ne soit visible autrement que par un discret buisson au niveau du sol ou de la mer. La tornade EF0 de Calais, survenue le 19 août 2014, en est un exemple : la tornade ne s'est présentée visuellement que sous la forme d'un long tuba non condensé jusqu'au sol, alors même que les vents tourbillonnants se sont prolongés jusqu'à toucher terre et y causer des dégâts.
 
Ainsi, même si un tuba ne présente pas en lui-même de danger, il convient d'adopter une attitude prudente devant tout phénomène de cette nature.
 
N'oublions pas d'ailleurs que même les plus faibles tornades peuvent être fatales. Ainsi par exemple les grosses branches cassées par la tornade EF0 de Wambrechies (Nord) le 22 août auraient pu blesser mortellement tout promeneur se situant dans ce parc à ce moment-là. Il est d'ailleurs miraculeux qu'aucune des 6 tornades qui ont frappé le nord de la France ces derniers jours n'ait causé le moindre blessé sérieux.
 
Grosse branche cassée par la tornade de Wambrechies (Nord) le 22 août 2014, dans un parc public (parc de Robersart). Tout promeneur qui se serait situé à cet endroit aurait pu être mortellement blessé, alors même que la tornade n'a présenté qu'une très faible intensité.
Grosse branche cassée par la tornade de Wambrechies (Nord) le 22 août 2014, dans un parc public (parc de Robersart).
Tout promeneur qui se serait situé à cet endroit aurait pu être mortellement blessé, alors même que la tornade n'a présenté qu'une très faible intensité.
 
 
 

Pourquoi tant de tourbillons ?

Si les tornades du 10 août ont été la conséquence d'une situation très dynamique liée au passage d'un front froid instable, les trombes marines et tubas des jours qui ont suivi, ainsi que les tornades du 19 août à Calais et du 22 août à Wambrechies, sont la conséquence d'intrusions régulières d'air froid en altitude aux abords de la Manche et de la Mer du Nord. Ainsi, entre le 10 et le 23 août, les températures vers 5.000 mètres d'altitude ont été régulièrement inférieures de 4 à 6°C à la normale entre Normandie et Nord - Pas de Calais. A tel point que, sur cette période de 14 jours, la température moyenne à cette altitude est la plus froide jamais enregistrée depuis la fin des années 1950 sur le nord du pays. Ce déficit moyen de 5°C constitue ainsi un record absolu depuis au moins 70 ans pour la période du 10 au 23 août.
 
Ecart à la normale de la température à 500 hPa (vers 5.500 mètres d'altitude) sur le Nord - Pas de Calais, entre le 10 et le 20 août 2014. © KERAUNOS
Ecart à la normale de la température à 500 hPa (vers 5.500 mètres d'altitude) sur le Nord - Pas de Calais, entre le 10 et le 20 août 2014. © KERAUNOS
 
 
Cette anomalie froide exceptionnelle en altitude a entretenu une situation propice à la formation de phénomènes tourbillonnaires. En effet, cet air froid venu des régions polaires a eu pour conséquence de produire des conditions instables, par suite d'un fort contraste thermique et hygrométrique entre l'air froid et sec en altitude, et l'air humide et réchauffé par la douceur de la mer près du sol. La situation est alors dite instable, dans la mesure où l'air doux et humide qui s'élève à partir du sol tend à poursuivre son mouvement vers le haut sur plusieurs kilomètres, générant d'épais nuages bourgeonnants, parfois orageux (Cumulus et Cumulonimbus). Ces nuages, dits convectifs, assurent alors un véritable effet de pompage de l'air situé près du sol. Lorsque l'un de ces nuages se présente sur des petites zones de convergence ou des discontinuités thermiques, nombreuses dans ce type de situation faiblement dépressionnaire, il tend à générer un tourbillon d'axe vertical, qui se matérialise alors par la formation d'un tuba qui, quand les conditions sont propices, se développe jusqu'à donner une trombe marine ou une tornade.
 
C'est ainsi la conjonction et la persistance de conditions à la fois instables et propices aux cisaillements horizontaux qui a donné lieu à cette série remarquable de phénomènes tourbillonnaires.
 
 
 

Faut-il craindre une augmentation du nombre de ces phénomènes ?

En France, il n'est pas rare que les journées propices aux phénomènes tourbillonnaires voient se former plusieurs tubas, trombes marines ou tornades en quelques heures. Au cours des dernières années, ce type de situation s'est produit à plusieurs reprises chaque année. Les régions qui s'étirent de la Normandie au Nord - Pas de Calais d'une part, et celles du littoral méditerranéen d'autre part, sont les plus exposées à ce type d'événement groupé.
 
Néanmoins, ces situations durent rarement plus de deux jours. C'est donc surtout par sa persistance dans le temps que la configuration observée depuis le 10 août se distingue, plus que par le nombre de phénomènes observés quotidiennement. De fait, cet épisode tourbillonnaire compte parmi les plus durables qui aient été recensés en France au cours des dernières décennies.
 
Il n'y a toutefois pas de raison objective d'y voir une manifestation climatique inquiétante, dans la mesure où ce type d'événement fait partie intégrante de la variabilité climatique propre aux latitudes tempérées et qu'aucune corrélation n'a été mise en évidence, à ce jour, entre la fréquence des tornades en France et le réchauffement global observé au cours des dernières décennies.