Le 22 décembre 2019, vers 8h30 locales, une tornade d'intensité modérée (haut de l'échelon EF2) est aperçue à proximité de l'A64, entre Serres-Sainte-Marie et Labastide-Monréjeau (Pyrénées-Atlantiques). Le phénomène, d'une durée assez brève, provoque des dégâts matériels parfois spectaculaires mais aucun blessé sérieux n'est à déplorer. 
 

Principales caractéristiques de la tornade

* intensité maximale : EF2, soit des vents estimés entre 175 km/h et 220 km/h
* distance parcourue : 1,5 kilomètre (distance minimale certaine)
* largeur moyenne : 100 mètres

* communes traversées : SERRES-SAINTE-MARIE (Lafitte, Rapt), LABASTIDE-MONRÉJEAU (Peyrot)
* département : PYRÉNÉES-ATLANTIQUES (64)
* altitude moyenne du terrain : 155 mètres
* type de terrain : terres arables hors périmètre d'irrigation ; prairies ; forêts de feuillus

* principaux dégâts : arbres ébranchés, déracinés ou brisés net à mi-hauteur ; nombreuses habitations atteintes (toitures arrachées avec la charpente) ; une aile d'habitation éventrée et partiellement démolie ; mobilier de jardin soufflé ; petites constructions démolies ; multiples projections à distance (tôles, branches, débris de toutes sortes, morceaux de toitures) jusqu'à 100-150 mètres

NB : l'intensité des tornades est déterminée sur l'échelle EF augmentée (English version). Cette version de l'échelle EF, élaborée et mise en place par KERAUNOS depuis 2009, ajoute aux critères américains une série de spécificités propres à l'habitat européen et permet ainsi une notation précise des tornades, valable autant pour les tornades contemporaines que pour les tornades du passé, et homogène internationalement.
 

Trajectoire de la tornade



© Keraunos (fond de carte : Géoportail)

"Un bruit sourd, puis plus rien"

Le 22 décembre 2019 en tout début de matinée, une tornade est brièvement aperçue entre Serres-Saintes-Marie et Labastide-Monréjeau, dans les Pyrénées-Atlantiques. Le phénomène, qui a pu être filmé depuis la commune voisine d'Artix (rue des Lys), se présente d'abord sous la forme d'un tourbillon étroit et déstructuré, marqué par une forte condensation au niveau du sol. Puis, lorsque la tornade est agrandie à l'aide d'un zoom, on s'aperçoit que la rotation est très intense et que de nombreux débris sont emportés par le tourbillon. C'est à cet instant précis que le phénomène dévaste plusieurs habitations de la route de Cescau.

Selon Benjamin Lafitte, l'un des principaux sinistrés interrogé sur place, la tornade est résumée en "un bruit sourd, puis plus rien". Quelques secondes à peine ont pourtant suffi à endommager une vingtaine d'habitations à Serres-Sainte-Marie et plusieurs maisons à Peyrot, dans la commune voisine de Labastide-Monréjeau

Bien qu'aucune enquête de terrain approfondie n'ait pu être réalisée, le phénomène aurait débuté à proximité de l'A64 en direction de Lafitte et de Rapt (Serres-Sainte-Marie). Le tourbillon déploie toute son intensité dans le périmètre de la route de Cescauplusieurs habitations sont très fortement endommagées. Certaines toitures sont entièrement arrachées avec leur charpente. Plus particulièrement au n°1907 route de Cescau, une ancienne étable, contiguë au corps de logis, est en partie démolie. Le bâtiment, qui avait été récemment reconverti en lieu de résidence, présentait une structure simple avec parpaings, toiture et charpente. La partie ancienne de l'habitation, en murs de galets, ne s'est pas écroulée. Dans ce même périmètre, des arbres sont ébranchés, déracinés ou brisés net à mi-hauteur, le mobilier de jardin est soufflé. De multiples projections (tôles, branches, débris de toutes sortes, morceaux de toitures) sont signalées jusqu'à 100-150 mètres de distance

En perdant de son intensité, la tornade gagne le territoire voisin de Labastide-Monréjeauquelques habitations sont touchées dans le quartier de Peyrot. Il s'agit principalement de tuiles délogées et d'arbres endommagés. Au-delà de ce secteur, la tornade semble se dissiper. 

Compte tenu des dommages observés et de l'analyse des bâtiments touchés, la tornade de Serres-Sainte-Marie du 22 décembre 2019 peut être classée en intensité maximale EF2 (haut de l'échelon) dans le périmètre de la route de Cescau. En direction de Labastide-Monréjeau, l'intensité diminue rapidement (intensité EF0). 

Enfin, il est à noter que ce cas présente de fortes similitudes avec la tornade EF2 de Soulosse-sous-Saint-Elophe (Vosges) du 11 février 2007


Photographies des principaux dommages : 




Discussion sur l'intensité EF2 retenue

La tornade de Serres-Sainte-Marie a concentré ses dommages les plus sévères dans une portion très circonscrite de sa trajectoire. C'est en particulier le bâtiment situé au n°1907 route de Cescau qui a retenu l'attention en raison des dégâts significatifs qui ont pu y être constatés : l'étage supérieur et la toiture ont été soufflés sur une partie de l'habitation, ce qui relève d'un degré de dommages 7 (DOD 7) pour une maison individuelle sans mitoyenneté de cette nature (indicateur de dommage E-3) si l'on se réfère à l'échelle EF augmentée (cette version de l'échelle EF, élaborée et mise en place par KERAUNOS depuis 2009, ajoute aux critères américains une série de spécificités propres à l'habitat européen et permet ainsi une notation précise des tornades en France ; voir cette publication pour en savoir plus).

Ce degré de dommages relève de manière standard du bas de l'échelon EF3, avec une modulation possible entre le haut de l'échelon EF2 et le haut de l'échelon EF3. Dans un cas de figure comme celui-ci, qui nécessite un arbitrage entre deux niveaux d'intensité, les éléments d'analyse qui ont prévalu sont les suivants :
* d'une part, l'analyse du bâtiment concerné montre que les dommages sévères ont été constatés sur une ancienne étable transformée en habitation, contiguë au corps de logis, et qui présentait une structure simple avec parpaings, toiture et charpente. Et ce contrairement à la partie ancienne de l'habitation, en murs de galets, qui, eux, ont résisté et ne se sont pas écroulés. On note ici une discontinuité structurelle qui laisse penser que cette partie du bâtiment présentait une résistance moindre que l'indicateur standard.
* d'autre part, comme il est rappelé en page 14 de cette même publication, il est essentiel de procéder à une analyse comparée de plusieurs indicateurs dans la zone où les dommages les plus sévères sont constatés. En effet, un  degré  de  dommage  anormalement  élevé  sur  un  seul indicateur peut trahir une fragilité anormale de cet indicateur, et ne pas être nécessairement la conséquence d’une intensification du phénomène. Or, aucun des indicateurs de dommages contigus à ce bâtiment ne présente de degré de dommages relevant d'une intensité EF3.

Dès lors, c'est la fourchette basse du DOD 7 de l'indicateur E-3 qui a ici été retenue comme représentative de l'intensité maximale de la tornade, à savoir le haut de la classe EF2, ce qui la range malgré tout parmi les tornades les plus fortes de l'année 2019 en France.

Analyse de la cellule convective

Le tornade de Serres-Sainte-Marie s'est développée sous une cellule convective qui a débuté une phase d'intensification vers 07h30 locales sur le sud-ouest des Landes, avant de migrer vers le sud d'Orthez (Pyrénées-Atlantiques) tout en restant très active, puis d'achever son transit sur les secteurs de Lacq, Artix et Serres-Sainte-Marie avant de s'affaiblir. Cette cellule, dont le coeur apparaît sur l'image radar ci-dessous sous la forme d'un petit noyau rouge (fortes réflectivités), a développé une activité électrique modeste.


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