Le 29 avril 2018, vers 18 heures locales, une tornade de très faible intensité (EF0) traverse brièvement les terres de la commune de Vanault-le-Châtel, dans la Marne. Le phénomène, qui a été filmé, prend part à un épisode de derecho, marqué par le déclenchement d'une série de macrorafales destructrices entre la Bourgogne et le Limbourg (Belgique). C'est à ce jour la seule tornade identifiée au cours de cet épisode orageux venteux remarquable.
  

Principales caractéristiques de la tornade

* intensité maximale : EF0, soit des vents estimés entre 105 km/h et 135 km/h
* distance parcourue : 2,8 kilomètres (distance minimale certaine)
* largeur moyenne : 50 mètres

* communes traversées : VANAULT-LE-CHÂTEL (ravin des Lapins, le Petit Maigneux, parc éolien des Côtes de Champagne, le Moulinot)
* département : MARNE (51)
* altitude moyenne du terrain : 200 mètres
* type de terrain : terres arables hors périmètre d'irrigation

* principaux dégâts : arbres ébranchés ou couchés dans un bois ; sillon tracé dans un champ

NB : l'intensité des tornades est déterminée sur l'échelle EF augmentée. Cette version de l'échelle EF, mise en place par KERAUNOS depuis 2009, ajoute aux critères américains une série de spécificités propres à l'habitat européen.
 

Trajectoire de la tornade 


© Keraunos (fond de carte : Géoportail)

Un phénomène tourbillonnaire isolé au sein d'un MCS très actif 

La tornade de Vanault-le-Châtel du 29 avril 2018 apparaît atypique, dans la mesure où elle se greffe sur un système convectif de méso-échelle (MCS) producteur d'une série de très puissantes macrorafales (derecho), l'une d'entre elles étant à l'origine de sa formation. En effet, le tourbillon se constitue vers 18 heures, au moment où des rafales descendantes destructrices s'abattent entre Cloyes-sur-Marne et Outrepont, occasionnant par réaction un mesovortex juste à l’ouest de leur zone d’étalement. Celui-ci entre en phase d’occlusion en quelques minutes, ce qui génère une tornade d'intensité EF0 qui parcourt environ 3 kilomètres au sol à l'ouest du territoire de Vanault-le-Châtel. Le phénomène se déstructure rapidement suite à l'étalement des courants descendants sur la zone.

La reconstitution de la trajectoire de la tornade de Vanault-le-Châtel a été facilitée par les illustrations du phénomène fournies par les chasseurs d'orages, nombreux sur cette zone ce jour-là. Christophe Asselin, présent sur les lieux, a d'ailleurs réalisé un cliché spectaculaire qui a permis de retrouver la localisation exacte du point d'impact au niveau du sol :

© Christophe Asselin


Une enquête de terrain, effectuée par Kevin Leclercq et François Novi pour Keraunos, a permis de retracer le parcours de la tornade sur une distance d'au moins 2,8 kilomètres. En amont et en aval de cet axe de dégâts convergents très localisés, les éléments à disposition ne permettent pas d'attester que les dégâts observés sont d'origine tornadique; la trajectoire certaine de la tornade se limite donc à cette distance proche de 3 kilomètres (par ailleurs cohérente avec la durée de vie de la tornade, telle qu'elle apparaît dans la vidéo).

La trajectoire débute donc dans une parcelle de champ aux confins des territoires de Lisse-en-Champagne, Bassu et Vanault-le-Châtel. Le tourbillon, qui trace un sillon convergent dans plusieurs parcelles (et ce de manière discontinue), poursuit sa route en direction du nord, en survolant cinq ravins légèrement boisés. Après avoir traversé le parc éolien des Côtes de Champagne (dans lequel les éoliennes n'ont pas subi de dommage manifeste), la tornade endommage un bois au niveau du Moulinot. Au-delà de ce dernier point, la tornade semble avoir perdu toute influence sensible au sol ; la trajectoire de la tornade n'est donc pas prolongée au-delà.

Les dommages sont très limités et concernant exclusivement de la végétation. Dans une zone boisée, la tornade endommage des arbres feuillus, dont plusieurs bouleaux qui sont couchés par le vent. Après analyse, l'enracinement était faible et leur fragilité accentuée par la topographie. La tornade de Vanault-le-Châtel relève donc de l'intensité EF0 sur l'échelle de Fujita améliorée.

Photographies des principaux dommages :







© K. Leclercq

Un cas exceptionnel en France?

Il est à noter que ce type de tornade, que l'on peut qualifier de tornade de mesovortex, est très rarement documenté en France. De fait, il s'agit d'un phénomène rare, malgré des configurations proches déjà observées dans le passé. Ainsi, le 21 mai 2014, une amorce de tornade avait pu être filmée au sud de Levroux (Indre), en périphérie d'une très violente microrafale productrice de vents linéaires estimés proches de 200 km/h ; mais, contrairement au cas de Vanault-le-Châtel, aucun dégât convergent n'avait pu être observé sous le mesovortex qui s'était brièvement constitué à quelques kilomètres au sud de la microrafale. Le mesovortex n'avait donc pas donné naissance à une tornade aboutie ce jour-là. Un autre exemple marquant est celui des vents linéaires extrêmes observés en Poitou-Charentes en juillet 1983 ou dans les Vosges en juillet 1984 (et considérés comme des événements majeurs du XXe siècle en France) : là encore, aucune tornade n'a pu être identifiée à proximité des micro- et macrorafales lors de ces épisodes. L'analyse des dommages a posteriori - facilitée par des vues aériennes réalisées juste après les événements - a permis de conclure systématiquement à une succession de couloirs de vent linéaires ou divergents. Dès lors, il apparaît que les tornades  de mesovortex restent un phénomène rare, d'où l'originalité réelle du cas de Vanault-le-Châtel.

Il est à noter par ailleurs que ce type de configuration (tornade de mesovortex) se distingue des tornades supercellulaires accompagnées de macrorafales. Dans cette catégorie figure notamment le cas d'Etrochey du 19 juin 2013 : ce jour-là, une tornade d'intensité EF3 s'était formée au sein d'une supercellule, sous laquelle s'étaient déclenchés également deux axes de macrorafales. Mais il s'agissait là de la signature d'une supercellule de type HP, ce qui n'est pas le cas pour la tornade de Vanault-le-Châtel ; la configuration n'était donc pas comparable.

Enfin, une variante peut être observée dans les situations de lignes orageuses (souvent hivernales) avec signature en LEWP, au sein desquelles une cellule très active peut se développer, généralement dans la principale ondulation du LEWP, jusqu'à donner une structure de type supercellulaire, génératrice de fortes rafales de vent et parfois de tornades (tornade EF1 de Leers du 3 janvier 2014 par exemple). Mais, là encore, la configuration observée à Vanault-le-Châtel n'est pas du même type.

Ces exemples montrent à quel point les tornades qui se forment en réaction à un déclenchement de violentes rafales descendantes répondent à une situation météorologique spécifique. De fait, il semblerait que ce soit surtout les microrafales et macrorafales particulièrement violentes qui parviennent à générer des mesovortex tornadiques ; dans ce cas de figure, les tornades tendent d'ailleurs à présenter une force destructrice moindre que les rafales descendantes qui se déclenchent à proximité.


Analyse de la situation météorologique

La situation météorologique est détaillée sur la page dédiée à l'épisode de derecho.


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