Un derecho a balayé un axe allant de l'Aquitaine à la Beauce dans la nuit du 26 au 27 juillet 2013. Ces violentes rafales, comprises entre 100 et 170 km/h se sont produites sous un complexe convectif de méso-échelle.

 
Mesoscale Convective Complex (MCC) sur la France, dans la nuit du 26 au 27 juillet 2013.
 

Le premier complexe convectif de méso-échelle (MCC) depuis 2010

L'analyse de l'imagerie satellite a permis de calculer la surface couverte par le système orageux de la nuit du 26 au 27 juillet. Il ressort de cette analyse que les critères de Maddox sont largement remplis.
Le complexe bien circulaire présente une température des sommets nuageux inférieure à -52°C sur environ 90.000 km² à 22h TU. Au fil de la nuit, cette surface s'élargie et atteint 150.000 km² dès 01h UTC. Elle sera conservée jusqu'à 4h TU au moins et même au-delà.
La surface couverte par des sommets nuageux inférieurs à -32°C s'étend quant à elle sur 130.000 km² à 22h TU et 360.000 km² à 04h TU.

En conséquence, le système qui a balayé la France dans la nuit du 26 au 27 juillet est qualifié de complexe convectif de méso-échelle (MCC). Un précédent MCC s'était produit en juillet 2010. Hasard du calendrier, cet évènement intervient 30 ans jour pour jour après le MCC destructeur du centre-ouest, dont l'étude est parue ces derniers jours.

 
Mesoscale Convective Complex (MCC) sur la France, dans la nuit du 26 au 27 juillet 2013. Derecho de l'Aquitaine aux Pays de la Loire et au Centre.
Animation satellite du MCC entre 18h et 6h TU
 
 

Un derecho provoque des rafales jusqu'à plus de 160 km/h

De violentes rafales convectives se sont abattues entre la Gironde (165 km/h à Pauillac), la Charente, la Vienne (131 km/h à Poitiers) et les confins de l'Eure-et-Loir. Ainsi, sur une longueur supérieure à 400 km, de manière discontinue au coeur du MCC, plus de dix stations météorologiques ont relevé des rafales supérieures à 90 km/h, souvent voisines de 110 à 130 km/h mais atteignant localement des valeurs supérieures, comme sur le Médoc.
Cet évènement appelé derecho est le premier à se produire en France depuis 2010. Un évènement similaire s'était produit il y a 30 ans dans le centre-ouest (cf. étude publiée récemment).
 
A Pauillac, en Gironde, les rafales de plus de 160 km/h ont provoqué des dommages importants, et notamment l'effondrement du clocher de l'église. Ce dernier a écrasé dans sa chute une habitation située en contrebas, blessant grièvement une femme de 70 ans, prise au piège des décombres.
En région bordelaise, de nombreuses chutes d'arbres ont été observées, accompagnées d'inondations locales. Le trafic des trains a été fortement perturbé dans tout l'ouest du pays en raison des chutes d'arbres sur les voies.
 
Des dommages sévères ont été constatés en Charente-Maritime, ainsi que dans la Vienne.
 
Dans le nord du pays, la forêt de Compiègne, dans l'Oise, a également subi des dégâts suite aux très fortes rafales de vent générées par le MCC :
 
Dommages en forêt de Compiègne (Oise), suite aux fortes rafales de vent générées par le MCC de la nuit du 26 au 27 juillet 2013. (c) Quentin LAISNE     Dommages en forêt de Compiègne (Oise), suite aux fortes rafales de vent générées par le MCC de la nuit du 26 au 27 juillet 2013. (c) Quentin LAISNE     Dommages en forêt de Compiègne (Oise), suite aux fortes rafales de vent générées par le MCC de la nuit du 26 au 27 juillet 2013. (c) Quentin LAISNE
 
 
 

Aspect visuel de l'arcus associé au MCC

Le système convectif a généré, sur son flanc avant, un arcus extrêmement dense. Les photographies ci-dessous le présentent lors de son arrivée sur la région de Lille (Nord), le matin du 27 juillet, à 08h30 locales. Précédé par une brume chaude très épaisse (point de rosée de 19°C pour une température sous abri de 20°C), le système orageux a déferlé sur le site de prise de vue dans un flux très rapide, en présentant des bases nuageuses excessivement basses. Le sillage turbulent qui a suivi s'est avéré très dessiné.
 
Arcus excessivement bas associé au Complexe Convectif de Mésoéchelle (MCC), le 27 juillet 2013, à 08h30 locales. Photo prise depuis l'aéroport de Lille-Lesquin (Nord). Les bases nuageuses étaient positionnées à moins de 100 mètres d'altitude à cet instant. (c) KERAUNOS    Arcus excessivement bas associé au Complexe Convectif de Mésoéchelle (MCC), le 27 juillet 2013, à 08h30 locales. Photo prise depuis l'aéroport de Lille-Lesquin (Nord). Les bases nuageuses étaient positionnées à moins de 100 mètres d'altitude à cet instant. (c) KERAUNOS   Sillage turbulent à l'arrière de l'arcus associé au Complexe Convectif de Mésoéchelle (MCC), le 27 juillet 2013, à 08h30 locales. Photo prise depuis l'aéroport de Lille-Lesquin (Nord). (c) KERAUNOS
 
Arcus excessivement bas associé au Complexe Convectif de Mésoéchelle (MCC), le 27 juillet 2013, à 08h30 locales. Photo prise depuis l'aéroport de Lille-Lesquin (Nord). Les bases nuageuses étaient positionnées à moins de 100 mètres d'altitude à cet instant. (c) KERAUNOS
 
 
 

Chutes de foudre sous le MCC

Le MCC a généré une intense activité électrique intranuageuse. En revanche, la proportion de chutes de foudre a été plus irrégulière, comme en témoigne le chasseur d'orages Damien Belliard.
 
Impact de foudre à 01h44 locales, près d'Ancenis, sous le MCC de la nuit du 26 au 27 juillet 2013. (c) Damien BELLIARD 
 
Photo de chute de foudre prise depuis Chef-Boutonne, dans les Deux-Sèvres (Anthony Grillon) :
 
Chute de foudre dans les Deux-Sèvres, près de Chef-Boutonne. (c) Anthony GRILLON
 
 

Une configuration météorologique dynamique et très instable

Le MCC, et le derecho associé, se sont développés au sein d'un rapide flux de sud-ouest à sud/sud-ouest, piloté par un minimum positionné sur l'Atlantique. Le courant-jet était alors étiré sur un axe Portugal - Angleterre - Danemark. On note que l'initiation et le développement du système convectif est lié à la circulation d'un court thalweg secondaire en altitude.
La virulence des phénomènes orageux observés tient d'une part à la présence d'une masse d'air d'origine tropicale sur la France cette nuit-là (thêta'w > 20°C à 850 hPa), et conséquemment au maintien, même en pleine nuit, d'une très forte instabilité latente (MUCAPE > 2.000 J/kg).
 
 
Tourbillon relatif à 500 hPa, le 27 juillet 2013 à 00Z. WRF 16 km Europe. Run du 26.07.2013 18Z. (c) KERAUNOS      Vent et isohypses à 250 hPa, le 27 juillet 2013 à 00Z. WRF 16 km Europe. Run du 26.07.2013 18Z. (c) KERAUNOS
 
 
Thêta'w à 850 hPa, le 27 juillet 2013 à 00Z. WRF 16 km Europe. Run du 26.07.2013 18Z. (c) KERAUNOS      MUCAPE et MULI, le 27 juillet 2013 à 00Z. WRF 16 km Europe. Run du 26.07.2013 18Z. (c) KERAUNOS
 
 

Profils verticaux et hodographes, à l'avant et à l'arrière du MCC

Le radiosondage réalisé à Trappes à 02h locales, le 27 juillet, témoigne de l'environnement pré-orageux, dans lequel le MCC est venu s'alimenter. On y constate notamment :
+ une masse d'air fortement instable : MUCAPE de 2.457 J/kg, MLCAPE de 1.563 J/kg, MULI de -6,0 K, MLLI de -5,0 K, K index de 34,2 et KO Index de -11,9
+ un contenu en eau précipitable très élevé (42,4 mm) et un niveau de condensation très bas (783 mètres)
+ la tropopause est élevée (12.479 mètres) et le niveau d'équilibre se situe à la même altitude
+ les cisaillements profonds sont marqués (21 m/s)
+ l'hélicité relative est assez forte en basses couches : SRH 0-1 km de 73 m²/s² ; SRH 0-2 km de 162 m²/s² ; SRH 0-3 km de 260 m²/s²
 
Radiosondage de Trappes du 27 juillet 2013 à 02h locales. (c) KERAUNOS        Hodographe de Trappes du 27 juillet 2013 à 02h locales. (c) KERAUNOS
 
 
Le radiosondage réalisé à Bordeaux à 02h locales, le 27 juillet, témoigne pour sa part de l'environnement post-MCC, et il est intéressant de remarquer que le profil reste propice à une convection profonde. Ceci explique que de nouveaux orages se soient formés rapidement à l'arrière du coeur du MCC. On y constate notamment :
+ une masse d'air fortement instable : MUCAPE de 1.567 J/kg, MLCAPE de 346 J/kg, MULI de -6,0 K, MLLI de -3,0 K, K index de 41,9 et KO Index de -9,3
+ un contenu en eau précipitable extrêmement élevé (50,2 mm) mais un niveau de condensation en hausse (1.344 mètres)
+ la tropopause est élevée (13.078 mètres) et le niveau d'équilibre se situe à 12.115 mètres
+ les cisaillements profonds sont marqués (24 m/s)
+ l'hélicité relative est forte en basses couches : SRH 0-1 km de 119 m²/s² ; SRH 0-2 km de 195 m²/s² ; SRH 0-3 km de 244 m²/s²
+ un faible jet de basses couches résiduel et peu significatif à 500 mètres d'altitude (20 kt)
+ la trace du passage d'une anomalie en haute altitude, générant des vents très faibles entre 10.500 et 12.500 mètres.
 
Radiosondage de Bordeaux du 27 juillet 2013 à 02h locales. (c) KERAUNOS        Hodographe de Bordeaux du 27 juillet 2013 à 02h locales. (c) KERAUNOS