Le 11 juillet 1984, une dégradation orageuse sévère balaie plusieurs régions françaises, dont les Vosges. Des macrorafales d'intensité exceptionnelles provoquent des dégâts considérables.

Dégâts dans les Vosges - Photo tirée de la Liberté de l'Est, édition spéciale - Illustrée par le site Archettes http://archettes.chez-alice.fr/
Dégâts dans les Vosges à Escles - Photo tirée de la Liberté de l'Est, édition spéciale - source http://archettes.chez-alice.fr/pages/97.html
 
 

Des rafales descendantes proches de 250 km/h

En fin d'après-midi du 11 juillet 1984, des orages de grêle, pour certains supercellulaires, se sont développés sur l'Allier, la Saône-et-Loire et la Côte-d'Or. Des grêlons de 6 à 8 cm ont été relevés en Bourgogne, et une rafale de vent supérieure à 110 km/h enregistrée à Dijon.
 
En fin de journée, un système convectif très puissant a ensuite balayé le département des Vosges, en présentant une intensité extrêmement violente. Des dizaines de communes ont alors été frappées par une série de macrorafales exceptionnelles. Ces rafales descendantes ont provoqué des dommages considérables, estimées à plusieurs dizaines de millions d'euros et blessé 6 personnes. Les communes d'Escles et de Hennecourt figurent parmi les plus durement touchées. Même si une ou plusieurs tornades ont pu se développer sous ces orages, aucun élément ne permettant de l'établir avec certitude n'a pu être mis en évidence à ce jour.
 
Escles, (photographie d'illustration en tête de page), le solide clocher de l'église a été décapité, la mairie et de nombreuses habitations éventrées, la végétation dévastée.
 
Hennecourt, le clocher de l'église a été emporté, certaines parcelles forestières détruites en totalité, certains étages d'habitations arrachés et des pylônes électriques en fer tordus ou abattus par le vent. 
 
Harol, Bocquegney, Mirecourt et Gigney, des corps de ferme ont été en partie ou en totalité éventrés, les dégâts aux cultures et à la végétation y sont également considérables. De multiples dégâts ont également été observés à Dommartin-aux-Bois, la flèche du clocher de l'église a notamment été endommagée. 
 
Saint-Genest, près de 1000 arbres fruitiers ont été arrachés, soit la quasi-totalité de la parcelle.
 
 
Parcelle de bois fortement endommagée dans les Vosges - http://croqcentrevosges.free.fr/pdf/tornade_11_juillet_1984.pdf   Habitations fortement endommagées à Hennecourt dans les Vosges - http://croqcentrevosges.free.fr/pdf/tornade_11_juillet_1984.pdf
La commune de Hennecourt a été l'une des plus touchées
 
Habitation fortement endommagée à Hennecourt dans les Vosges - http://croqcentrevosges.free.fr/pdf/tornade_11_juillet_1984.pdf   Clocher de l'église de Hennecourt endommagé- http://croqcentrevosges.free.fr/pdf/tornade_11_juillet_1984.pdf    Etage d'habitation soufflé à Hennecourt dans les Vosges - http://croqcentrevosges.free.fr/pdf/tornade_11_juillet_1984.pdf    Parcelle de bois totalement soufflée dans les Vosges - http://croqcentrevosges.free.fr/pdf/tornade_11_juillet_1984.pdf
La commune de Hennecourt a été l'une des plus touchées
  
 
De nombreux clichés sont disponibles dans la revue éditée par l'Association des Maires des Vosges.
 
 
 

Un épisode décrit comme une gigantesque tornade transfrontalière

Les coupures de presse, les récits de l'épisode et même certains bilans climatologiques officiels décrivent cet épisode comme étant la conséquence du passage d'une gigantesque tornade ayant balayé le nord-est du pays et une partie de l'Allemagne.
 
Néanmoins, - et même si cette éventualité ne peut être a priori exclue dans un contexte orageux de cette nature - ni les relevés de dégâts effectués à l'époque, ni les analyses a posteriori réalisées par Keraunos sur la base des documents d'époque, ne permettent d'établir de manière certaine l'occurrence d'une ou de plusieurs de tornade lors de cet épisode.
 
La nature très turbulente des arcus générés par les systèmes convectifs très venteux a pu donner lieu à des "griffes" au comportement tourbillonnaire, de même qu'il est vraisemblable qu'un ou plusieurs mesovortex aient pu se former transitoirement sur le bord d'attaque de la ligne orageuse. Ces éléments peuvent expliquer certains témoignages recueillis à l'époque, mais aucun couloir de dommages convergents et rotatifs n'a pu être mis en évidence dans les zones où ces témoignages ont été recueillis.
 
Dès lors, en l'absence d'élément de preuve objectif, l'intégralité des dévastations observées le 11 juillet 1984 sur les Vosges restent à ce jour attribuées à des rafales descendantes extrêmement violentes.
 
 
 

Reforecast de l'épisode

L'épisode du 11 juillet 1984 a fait l'objet d'un reforecast, c’est-à-dire d’une simulation par modèle numérique des conditions météorologiques de l’époque, dans une configuration proche d’une simulation numérique utilisée en prévision opérationnelle. Le modèle utilisé (WRF) est ici initialisé sur les données de réanalyses du NCEP, dans une configuration couplée mise en œuvre par Keraunos. 
 
La résolution de 27 km présentée ci-après permet de dresser un rapide aperçu des conditions à l'échelle synoptique.
De manière classique pour une dégradation orageuse sévère en France en été, nous retrouvons un puissant flux de sud-ouest, piloté par un thalweg d'altitude dynamique qui glisse du Golfe de Gascogne à la Mer du Nord (cf carte ci-dessous à gauche). L'est de la France était soumis à une advection d'air très chaud en basse couche (carte ci-dessous au centre), caractérisée par des valeurs de thêta'w à 850 hPa proches de 20°C
Le forçage d'altitude qui balaie l'est du pays, depuis le Lyonnais jusqu'aux régions du nord-est est remarquable (carte ci-dessous à droite). De tels forçages bien phasés avec une masse d'air très chaude et donc très instable ne sont pas si fréquents. En effet, une branche de jet (vent à plus de 180 km/h) circule du Massif-Central aux Vosges et une double cassure se produit sur le Benelux d'une part et entre Jura et Alsace d'autre part. Dans ces conditions, le soulèvement synoptique se montre sévère et massif.
 
Thêta'w à 850 hPa (masse d'air) le 11 juillet 1984 de 14h TU à 02h TU - Reforecast WRF 27 km      Température à 500 hPa le 11 juillet 1984 de 14h TU à 02h TU - Reforecast WRF 27 km     Vent à 250 hPa (courant-jet) le 11 juillet 1984 de 14h TU à 02h TU - Reforecast WRF 27 km
Champs de thêta'w à 850 hPa, de température à 500 hPa et courant-jet à 250 hPa - WRF 27 km 
 
 
Cette très forte dynamique synoptique vient balayer une masse d'air très chaude et donc potentiellement très instable. En résolution 27 km, les profils verticaux affichent des valeurs d'instabilité très importantes dont une MUCAPE supérieure à 2.500 J/kg et des indices de soulèvement (MULI) de -8 à -10K (carte ci-dessous à gauche) entre le Lyonnais et le nord-est. Parallèlement, la proximité d'un puissant jet streak a permis aux cisaillements profonds de se révéler particulièrement marqués, avec des valeurs dépassant 30 m/s sur la tranche 0-6 km (carte ci-dessous au centre). Conséquence de cette très forte instabilité et de ce dynamisme très important, le risque de phénomènes supercellulaires s'avérait lui aussi très élevé (carte ci-dessous à droite).
 
Instabilité (MUCAPE et MULI) le 11 juillet 1984 de 14h TU à 00h TU - Reforecast WRF 27 km      Cisaillements profonds le 11 juillet 1984 de 14h TU à 00h TU - Reforecast WRF 27 km      Supercell Composite Parameter le 11 juillet 1984 de 14h TU à 00h TU - Reforecast WRF 27 km 
Champs d'instabilité, de cisaillements profonds et indice supercellulaire - WRF 27 km 
 
 
En analysant ces simulations un petit décalage temporel dans la circulation du très fort dynamisme atmosphérique apparaît. Le 11 juillet 1984, le département des Vosges a été durement balayé par les orages extrêmement violents entre 19h et 22h locales environ (soit entre17h et 20h TU). Or, le forçage d'altitude principal lié à la catastrophe ne vient réellement balayer le département que vers 22h locales (20h TU) sur les simulations présentées ci-dessus.
 
Malgré ce décalage temporel d'environ 1 à 2h, la sévérité de l'épisode orageux, entre le Massif-Central, la Bourgogne, la Franche-Comté et la Lorraine, est bien simulée par le modèle. La structure verticale des cisaillements sur l'ensemble du profil atmosphérique et la très forte instabilité attirent l'attention sur le développement possible d'une structure multicellulaire potentiellement sévère, avec écho en arc (bow echo) ou LEWP.
 
Les champs de simulations satellite ci-dessous suggèrent de façon évidente le développement d'un système convectif linéaire se développant en entrée droite de jet, proche du forçage d'altitude. Ce type de simulation permet par ailleurs d'identifier de manière explicite la nature des forçages et les réactions qui en découlent au niveau des déclenchement et de l'organisation de la convection profonde :
 
Simulation satellite IR le 11 juillet 1984 de 14h TU à 00h TU - Reforecast WRF 27 km      Simulation satellite vapeur d'eau et forçages le 11 juillet 1984 de 14h TU à 00h TU - Reforecast WRF 27 km
Champs de simulations satellite - WRF 27 km 
 
 
Si l'on tient compte du décalage temporel de 1 à 2h mis en évidence précédemment, certains indicateurs mis au point par KERAUNOS, notamment sur le potentiel venteux des orages, réagissent de manière extrême sur la carte présentée ci-dessous. De telles valeurs n'ont pour l'heure jamais été observées sur une modélisation opérationnelle au cours de ces 6 dernières années au sein de Keraunos, ce qui met encore davantage en évidence le caractère exceptionnel de cet épisode. En résolution 27 km, le reforecast suggère ainsi que des rafales convectives supérieures à 200 km/h étaient susceptibles de balayer l'axe Jura/Vosges au passage du système orageux :
 
Potentiel de rafales convectives le 11 juillet 1984 à 20h TU - Reforecast WRF 27 km
 
 

Sources

L'Association des Maires des Vosges à publié cette revue, hébergé par le site croqcentrevosges.
Le site Archettes, Vosges - Lorraine consacre plusieurs pages à cet épisode.