Le 29 mai 1809, une tornade de forte intensité (EF3) parcourt les actuels XIIIe, XIIe et XIe arrondissements de la ville de Paris. Bien que ces quartiers soient seulement en voie d'urbanisation au début du XIXe siècle, on recense de très nombreux dégâts matériels, notamment sur l'hospice des Quinze-Vingts, la Salpêtrière ou l'église Saint-Ambroise.
 
La tornade de Paris s'inscrit dans un outbreak de tornades (épisode de tornades groupées) qui totalise 2 cas pour la journée du 29 mai 1809, dont celui de Baudrières (Saône-et-Loire), également d'intensité EF3.
 

Principales caractéristiques de la tornade

Localisation de la tornade de Paris (75) du 29 mai 1809intensité maximale : EF3, soit des vents estimés entre 220 km/h et 270 km/h
* distance parcourue : 4,7 kilomètres (distance minimale certaine)
* largeur moyenne : indéterminée

* commune traversée : PARIS (Salpêtrière, XIII), (Quinze-Vingts, XII), (La Roquette, Saint-Ambroise, Folie-Méricourt, XI)
* département : VILLE-DE-PARIS (75)
* altitude moyenne du terrain : 40 mètres
* type de terrain : territoires artificialisés, territoires agricoles, surfaces en eau

* principaux dégâts : deux voitures attelées de chevaux soulevées à 2 mètres de hauteur ; un homme et son chien soulevés de terre et déposés à environ 20 mètres ; un fiacre dans lequel se trouvaient 4 personnes brisé par morceaux ; un factionnaire renversé et roulé à quelques mètres avec sa guérite ; murs déplacés ; bateaux submergés ; vitres brisées ; très gros arbres déracinés ou rompus par le milieu et emportés au loin, voire ayant atterri dans des jardins sans que l'on sache d'où ils venaient ; toits enlevés avec leur charpente et transportés à grande distance ; maisons renversées ; toits avec charpente enlevés en grande partie à la Salpêtrière, à l'hôpital des Quinze-Vingts, dans une filature de coton et dans une fabrique de porcelaine ; toit de l'église Saint-Ambroise enlevé ; une porte épaisse et solide, d'environ 6 mètres de hauteur, brisée en trois endroits ; nombreux débris d'arbres, de planches et de pierres
 
NB : l'intensité des tornades est déterminée sur l'échelle EF augmentée. Cette version de l'échelle EF, mise en place par KERAUNOS depuis 2009, ajoute aux critères américains une série de spécificités propres à l'habitat européen.
 
 

Trajectoire de la tornade

Cliquer sur les deux cartes suivantes pour les agrandir :
 
Trajectoire de la tornade EF3 de Paris (Ville de Paris) du 29 mai 1809. © Keraunos (support : plan de Paris en 1790, par Michel Huard)
© Keraunos (support : plan de Paris en 1790, par Michel Huard)

Tornade EF3 de Paris (Ville de Paris) du 29 mai 1809. La même trajectoire dans l'agglomération parisienne d'aujourd'hui. © Keraunos (fond de carte : Géoportail)
© Keraunos (fond de carte : Géoportail)
 

Une tornade de forte intensité qui survole deux hôpitaux

La tornade de Paris du 29 mai 1809 ne présente pas, à proprement parler, les caractéristiques d'une tornade urbaine, dans la mesure où cette partie de la capitale est encore caractérisée par un habitat dispersé, interrompu par des espaces végétalisés ou naturels importants. L'intégralité de la trajectoire traverse un espace périurbain, situé entre l'enceinte de Charles V et celle, toute récente, des Fermiers généraux bâtie à la toute fin du XVIIIe siècle.
 
Dans un contexte géopolitique fragile, cette tornade a fait l'objet de très rares publications, d'où la prudence dans la trajectoire retenue, notamment au niveau de son point de départ, qui a été fixé à l'entrée du boulevard de l'Hôpital (XIII) bien que l'auteur d'un article paru dans le journal de l'Empire évoque la barrière d'Enfer, située trop à l'ouest.
 
Le phénomène, qui est observé vers 14h30, est marqué par un bruit de craquement, semblable "au bruit que causerait la ruine subite de plusieurs édifices qui s'écrouleraient en même temps" [Journal de l'Empire]. Comme l'indique également le même article, la tornade, comparée à juste titre à une colonne, s'avance en tourbillonnant sur elle-même en portant en son sein des débris de toutes sortes : arbres, planches et pierres.
 
Après avoir traversé le boulevard de l'Hôpital et survolé, non sans dommages, le quartier de la Salpêtrière (XIII), la tornade frôle le quartier du Jardin des Plantes (V) par l'est, et traverse la Seine à proximité du tout nouveau pont d'Austerlitz. De là, la tornade traverse le quartier des Quinze-Vingts (XII) et l'hôpital du même nom. Le tourbillon gagne ensuite le quartier de la Roquette (XI) près de la rue Saint-Sabin, puis la rue Popincourt à hauteur de l'église Saint-Ambroise (XI) avant de se dissiper entre les barrières de Belleville et des Trois-Couronnes (actuel boulevard de Belleville).
 
Les dégâts et les pertes matérielles sont très importants suite au passage de cette tornade. Les toiture des lieux suivants sont notamment arrachées en grande partie avec leurs charpentes
 
- magasin de farine près du Jardin des plantes,
- hôpital de la Salpêtrière,
- hospice des Quinze-Vingts,
- ancienne manufacture de porcelaine (passage Saint-Sabin),
- église Saint-Ambroise.
 
Les autres dégâts, parfois impressionnantes, relèvent d'une intensité EF3. Certaines maisons d'habitations sont renversées et les murs déplacés, des toits enlevés avec leur charpente et transportés à grande distance, des bateaux submergés, des vitres brisées. En certains points, de très gros arbres sont déracinés ou rompus par le milieu et emportés au loin, voire ayant atterri dans des jardins sans que l'on sache d'où ils venaient. Enfin, notons que la porte d'entée du magasin de farines, épaisse et solide, d'environ 6 mètres de hauteur, est brisée en trois endroits.
 
 
On note également une dizaine de blessés dont plusieurs atteints grièvement, le plus souvent dans leur chute : deux voitures attelées de chevaux soulevées à 2 mètres de hauteur ; un homme et son chien soulevés de terre et déposés à environ 20 mètres ; un fiacre dans lequel se trouvaient 4 personnes brisé par morceaux ; un factionnaire renversé et roulé à quelques mètres avec sa guérite.
 
Il s'agit de l'une des plus fortes tornades observées à Paris ou dans ses environs immédiats. Un autre cas de même intensité a été observé à Asnières-sur-Seine (92) le 18 juin 1897 et avait provoqué la mort de 3 personnes.
 
 

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