Le 18 juin 1897, une tornade meurtrière de forte intensité (EF3) parcourt le nord de l'agglomération parisienne et frappe plus particulièrement Bois-Colombes, Asnières-sur-Seine (Hauts-de-Seine), Saint-Ouen et Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). Le phénomène provoque d'importants dégâts matériels (habitations et usines). Trois personnes sont retrouvées mortes à Asnières-sur-Seine.
 
La tornade d'Asnières-sur-Seine s'est déroulée moins d'un an après la tornade EF2 de Paris qui, le 10 septembre 1896, avait déjà tué cinq personnes et provoqué d'importants dégâts dans six arrondissements.
 

Principales caractéristiques de la tornade

Localisation de la tornade d'Asnières-sur-Seine (92) du 18 juin 1897intensité maximale :  EF3, soit des vents estimés de 220 km/h à 270 km/h
* distance parcourue : 21 kilomètres
* largeur moyenne : 150 mètres (jusqu'à 250 mètres)

* communes traversées : CHATOU, NANTERRE, LA GARENNE-COLOMBES (Charlebourg, rue de l'Aigle, avenue du Général de Gaulle), BOIS-COLOMBES (côte Saint-Thibault, ancienne Compagnie de l'Ouest), ASNIÈRES-SUR-SEINE (avenue d'Argenteuil, place Voltaire), GENNEVILLIERS (avenue Gabriel Péri), ASNIERES-SUR-SEINE (la Tour d'Asnières), L'ILE-SAINT-DENIS (île des Vannes), SAINT-OUEN (le Vieux Saint-Ouen), SAINT-DENIS (Pleyel, le Landy), AUBERVILLIERS (rue Saint-Denis), LA COURNEUVE (boulevard Pasteur), DRANCY
* départements : YVELINES (78), HAUTS-DE-SEINE (92), SEINE-SAINT-DENIS (93)
* altitude moyenne du terrain : 35 mètres
* type de terrain : territoires artificialisés, territoires agricoles, surfaces en eau

* principaux dégâts : arbres déracinés ou brisés net; cultures endommagées dans les champs ; murs de clôture renversés ; manèges d'une fête foraine détruits ; maisons endommagées (toitures arrachées, murs lézardés, cloisons intérieures détruites, vitres brisées) dont l'une éventrée ; hangars de grande dimension (charpentes en bois) endommagés ou effondrés dans plusieurs fabriques ; une cheminée d'usine écroulée ; un individu projeté à distance et tué sur le coup ; une voiture projetée à 29 mètres avec son cheval ; deux blocs en béton de 20 kg chacun projetés dans une haie ; multiples projections à distance ; nombreuses petites habitations détruites et rendues inhabitables
 
NB : l'intensité des tornades est déterminée sur l'échelle EF augmentée. Cette version de l'échelle EF, mise en place par KERAUNOS depuis 2009, ajoute aux critères américains une série de spécificités propres à l'habitat européen.
 

Parcours de la tornade

Trajectoire établie sur un plan de 1906 (cliquer sur la carte pour l'agrandir) :
 
Trajectoire de la tornade EF3 d'Asnières-sur-Seine (Hauts-de-Seine) du 18 juin 1897. © Keraunos (carte topographique des environs de Paris de 1906)
© Keraunos (carte topographique des environs de Paris de 1906)
 
 
Trajectoire comparative sur un plan du début du XXIe siècle (cliquer sur la carte pour l'agrandir) :
 
Trajectoire de la tornade EF3 d'Asnières-sur-Seine (Hauts-de-Seine) du 18 juin 1897. © Keraunos (fond de carte : Géoportail)
© Keraunos (fond de carte : Géoportail)
 
 

Chronologie du phénomène

La tornade d'Asnières-sur-Seine a fait l'objet d'une importante médiatisation. L'événement intéresse d'autant plus la communauté scientifique qu'il survient moins d'un an après la tornade EF2 de Paris du 10 septembre 1896. Les deux tornades, très rapprochées dans le temps, ont ainsi pu faire l'objet d'études comparatives.
 
Selon l'Académie des Sciences, qui a rédigé un compte-rendu détaillé sur le phénomène, la tornade a pris naissance à Chatou (Yvelines) pour se dissiper à Drancy, en Seine-Saint-Denis, ce qui correspond à une trajectoire de 21 kilomètres. Selon un sens de déplacement linéaire OSO-ENE, le tourbillon présente une largeur variant de quelques dizaines de mètres à 250 mètres, comme c'est le cas à la Garenne-Colombes. A l'époque, la tornade traverse tout le nord du département de la Seine.
 
Les premières traces de la tornade sont observées à Chatou, près d'une boucle de la Seine. D'après deux témoins oculaires, la tornade a l'aspect d'une colonne de fumée tournant sur elle-même et se dirigeant vers l'est. En continuant sa marche vers l'ENE, la tornade traverse le nord de Nanterre mais les dégâts sont peu perceptibles, probablement en raison de la nature peu urbanisée des lieux. A la Garenne-Colombes, la tornade traverse tout le centre ville à partir de Charlebourg jusqu'à l'avenue du Général de Gaulle (anciennement rue de Courbevoie). Le sud de Bois-Colombes est touché à son tour, notamment la Compagnie de l'Ouest où un hangar s'effondre. Plusieurs ouvriers sortent blessés des décombres.
 
A Asnières-sur-Seine, la tornade devient meurtrière et revêt toute sa puissance : trois personnes sont tuées dans cette commune. Place Voltaire, un forain est emporté avec la charpente d'un manège et projeté au centre de la place. Il meurt sur le coup. Plus loin, dans l'usine Coignet (rue de la Parfumerie), un des bâtiments s'effondre avec des ouvriers; plusieurs sont grièvement blessés. L'effondrement d'une cheminée provoque la mort de deux personnes supplémentaires, écrasées par les débris.
 
Près de la Seine, jusqu'à Saint-Ouen, la tornade provoque essentiellement des dégâts à la végétation. La station météorologique d'Asnières, située sur la trajectoire de la tornade, tient bon mais enregistre des valeurs remarquables. A 16h54, heure du passage de la tornade, la pression chute brusquement, passant de 750 mm à 740,5 mm. Concernant les vitesses de vent, l'observatoire livre les éléments suivants : "un à-coup brusque du vent a fait sortir de l'appareil enregistreur le stylet inscripteur : la vitesse maximum enregistrée à 4h54 n'a donc été que de 30 m par seconde (l'appareil ne pouvant marquer un effort supérieur), mais il est bien évident que la vitesse réelle a été beaucoup plus considérable". Une vitesse de vent de 108 kilomètres à l'heure, mesurée en pareilles circonstances, est effectivement remarquable.
 
La tornade traverse ensuite Saint-Ouen (le Vieux-Saint-Ouen), où plusieurs habitations sont touchées. Une petite fille est happée par le tourbillon et projetée contre un mur. A Saint-Denis, les usines Pleyel sont endommagées, de même que l'usine à gaz toute proche. De nombreuses maisons basses sont détruites ou doivent être abattues. Selon les témoins, la tornade est devenue noire en se chargeant de poussières de charbon, après avoir traversé l'usine à gaz. Les dégâts se poursuivent dans l'avenue de Paris (aujourd'hui avenue du Président Wilson). Un homme est projeté à près de 30 mètres avec sa voiture et son cheval. Au Cornillon, une usine de produits chimiques et endommagée.
 
A Aubervilliers, la tornade sévit au niveau de la rue Saint-Denis. Au sud de la Courneuve, des maisonnettes de paysans s'écroulent et les récoltes sont anéanties sur la route de Flandre (actuel boulevard Pasteur).
 
La tornade se dissipe au-delà de la Courneuve, sur la commune de Drancy où quelques dégâts sont encore observés.
 

De très gros dégâts

J. Guillaume et G. Barbé, dans leur étude sur la Trombe du 18 juin 1897 à Asnières, ont parcouru la bande sinistrée entre Bois-Colombes et les usines Pleyel de Saint-Denis (nous ignorons pour quelles raisons les investigations n'ont pas été menées sur l'ensemble de la trajectoire). Sur la trajectoire ci-dessous, chaque numéro indique un lieu photographié : 
 
 
Tornade EF3 d'Asnières-sur-Seine (Hauts-de-Seine) du 18 juin 1897 - Détail de la trajectoire entre Bois-Colombes et le sud-ouest de Saint-Denis. (c) - J. Guillaume et G. Barbé

© J. Guillaume et G. Barbé

 
Les clichés photographiques suivants, issus de leur enquête de terrain, sont exceptionnels, bien qu'ils n'illustrent pas toujours la puissance de la tornade sur certains points :
 
BOIS-COLOMBES - Côte Saint-Thibault - Mur de clôture renversé. (c) - J. Guillaume & G. Barbé      BOIS-COLOMBES - Compagnie de l'Ouest - Arbres endommagés. (c) - J. Guillaume & G. Barbé      BOIS-COLOMBES - Compagnie de l'Ouest - Hangar effondré. (c) - J. Guillaume & G. Barbé
© J. Guillaume & G. Barbé
 
ASNIERES-SUR-SEINE - Place Voltaire - Vue des débris de la fête foraine (c) - J. Guillaume & G. Barbé      ASNIERES-SUR-SEINE - Pan de mur écroulé et petites constructions détruites près de la place Voltaire. Débris au sol. (c) - J. Guillaume & G. Barbé      ASNIERES-SUR-SEINE - Murs d'une habitation éventré, rive gauche de la Seine (actuel quartier de la Tour d'Asnières). (c) - J. Guillaume & G. Barbé
© J. Guillaume & G. Barbé
 
ASNIERES-SUR-SEINE - Arbres brisés ou déracinés, rive gauche de la Seine (actuel quartier de la Tour d'Asnières). (c) - J. Guillaume & G. Barbé      SAINT-OUEN - Bateau-lavoir à moitié submergé. Vue prise de l'Ile-Saint-Denis. (c) - J. Guillaume & G. Barbé      SAINT-OUEN - Cloison démolie (par aspiration) à l'intérieur d'une habitation, 27 rue du Landy. (c) - J. Guillaume & G. Barbé
© J. Guillaume & G. Barbé
 
SAINT-OUEN - Mur de clôture écroulé et hangar découvert, 23 rue du Landy. (c) - J. Guillaume & G. Barbé      SAINT-OUEN - Ecuries et maisons endommagées, rue du Landy. (c) - J. Guillaume & G. Barbé      SAINT-DENIS - Route de la Révolte (aujourd'hui boulevard Anatole France) - Vue d'ensemble vers les usines Pleyel (boulevard Ornano) - Arbres brisés net. (c) - J. Guillaume & G. Barbé
© J. Guillaume & G. Barbé
 
 

Sources

Parmi les très nombreuses sources disponibles sur la tornade d'Asnières-sur-Seine, cet extrait de l'Académie des Sciences (1897) illustre bien le phénomène dans son ensemble : "Les personnes qui se sont trouvées dans le passage du tourbillon affirment avoir entendu un bruit analogue à celui de plusieurs fourgons d'artillerie, lancés à toute vitesse sur une route mal pavée. Lors de la trombe du 10 septembre 1896 (Paris), nous avons fait remarquer qu'une dépression brusque ressentie pouvait influer suffisamment sur la caisse tympanique pour expliquer la sensation d'un pareil bruit (*). Toutefois, au bruit produit par la détente subite de l'air vient s'ajouter celui causé par le choc des nombreux objets que la trombe entraînait avec elle.

Le nuage tourbillonnaire, d'après des témoins oculaires, était peu élevé; il ressemblait à une lourde colonne de fumée qui montait lentement, la tête en avant, inclinée sous un angle d'environ 65°; le temps du passage du phénomène ne paraît pas avoir excédé six à huit secondes, mais l'opacité de l'atmosphère avait été rendue telle qu'il a fallu plusieurs minutes pour dissiper complètement cette sorte de brouillard ou fumée.

Cette trombe a été précédée et suivie de pluie, avec éclairs et tonnerre. La quantité d'eau recueillie à Asnières, pendant une douzaine de minutes, a été de 5 mm à 6 mm.

Cette trombe est rattachée aux manifestations orageuses qui se sont produites pendant cette journée, sur toute la région de Paris."