An cours de journée du 19 août 2025, un épisode orageux stationnaire frappe le centre du département des Côtes-d'Armor. Le cumul de précipitations et la très forte activité électrique sont à l'origine de nombreux dégâts. Plusieurs personnes sont blessées dans des accidents de circulation.
Principales caractéristiques de l'épisode
* intensité maximale : R1* (40 mm à 99 mm en 24 heures glissantes)
* territoire(s) touché(s) : CÔTES-D'ARMOR (22)
* principaux dégâts : inondations par ruissellements ; dégâts liés à la foudre (habitations et espaces naturels)
NB : l'intensité des épisodes pluvieux est déterminée sur l'échelle R, élaborée et mise en place par KERAUNOS depuis 2009, afin de mesurer l'exposition des divers territoires français au risque de pluies convectives intenses.
Jusqu'à près de 80 mm en 6 heures
L'épisode orageux observé le 19 août 2025 dans le nord de la Bretagne, et plus particulièrement dans le département des Côtes-d'Armor, est la conséquence d'une réalimentation régulière d'un système convectif actif et peu mobile. Ce risque d'orage stationnaire, qui est annoncé par Keraunos le matin même, se concrétise entre 7h TU (9h locales) et 13h TU (15h locales) dans le centre des Côtes-d'Armor, avant une progression du système en direction de la baie de Saint-Brieuc. Au terme de l'épisode, il est relevé entre 40 mm et près de 80 mm dans les secteurs de Plœuc-l'Hermitage, L'Hermitage-Lorge, Loudéac, Plaintel, Saint-Brandan, Saint-Caradec, Saint-Carreuc, Saint-Guen (commune rattachée à Guerlédan) ou Plouguenast-Langast (où la station météorologique recueille 40 mm).
Si cet épisode n'est pas exceptionnel à l'échelle de l'hexagone, il est remarquable pour la région Bretagne qui est assez peu habituée à ce type de configuration. Rapidement, le cumul de précipitations entraîne de nombreux ruissellements. Le Codis 22 (Centre Opérationnel Départemental d’Incendie et de Secours) totalise 73 interventions dans les secteurs de Loudéac, Plœuc-l’Hermitage, Saint-Caradec, Hénon, Saint-Carreuc, Saint-Alban, Uzel, Saint-Barnabé ou Plédran. Deux accidents de la circulation ont également lieu. Le premier survient à Saint-Barnabé, où un véhicule entre en collision avec deux vélos. Les deux cyclistes sont blessés, dont l'un d'eux dans un état grave au moment de sa prise en charge par les secours. L’autre accident se produit à Loudéac, où un automobiliste est blessé après avoir perdu le contrôle de son véhicule.
Une activité électrique intense et atypique
Avec 2008 éclairs détectés en 6 heures, cet épisode orageux génère une forte activité électrique, avec des pics recensés à plus de 10 éclairs par minute. De telles valeurs ne sont pas exceptionnelles en soit, mais il est intéressant de noter la forte concentration de l'activité électrique sur un axe relativement étroit entre Loudéac et le sud de Saint-Brieuc, et surtout une signature électrique atypique, composée d'une proportion anormalement élevée d'impacts négatifs de forte puissance. C'est ce qui explique que 8 dégâts liés à la foudre sont recensés pour cette seule journée en Bretagne, dont 5 pour le département des Côtes-d'Armor : à Plédran et à Plaintel (départ de feu de broussaille), à Hénon, Plœuc-sur-Lié et Uzel (incendie dans une habitation).
Les données foudre haute précision permettent en effet de localiser les impacts de foudre au sol, de les distinguer de l'activité électrique intranuageuse et de connaître la puissance des éclairs produits. En moyenne, les chutes de foudre de polarité négative ne représentent qu'environ 10% de l'activité électrique totale. Comme l'illustre le graphique ci-dessous, les impacts négatifs ont régulièrement représenté entre 50% et 60% de l'activité électrique totale produite par l'orage qui a frappé les Côtes-d'Armor, soit 5 à 6 fois plus que la normale.
Autre fait remarquable : alors que l'intensité moyenne des impacts négatifs avoisine -15 kA en règle générale et que les impacts inférieurs à -100 kA ne représentant que 0,5% des impacts de foudre, ce système orageux a produit une série de 96 impacts d'une intensité inférieure à -100 kA, soit 10% du total des impacts négatifs, ce qui représente un ratio 20 fois supérieur à la normale.
Cette signature électrique atypique est vraisemblablement liée à une très forte convection concentrée dans la pointe sud-est du système orageux (bien visible sur l'image satellite en canal visible ci-dessous), liée à une forte instabilité latente entre les basses couches et l'étage moyen. Dans ces configurations, la forte électrisation du nuage d'orage se trouve maximisée dans la moitié basse du nuage (génératrice d'impacts négatifs) et dans une zone géographiquement restreinte.
En savoir plus sur les orages très pluvieux en France
+ consulter la page dédiée à la climatologie des épisodes de forte pluie
+ consulter la page dédiée à l’échelle R des épisodes pluvieux