Le 10 août 1680, une tornade de faible intensité (EF1) frappe le sud-est de Reims, dans la vallée de la Vesle (département de la Marne). Le phénomène, aperçu depuis la Montagne de Reims, a fait l'objet d'une publication remarquable neuf ans plus tard par le scientifique précurseur François Lamy, également témoin de la tornade. Surtout, il s'agit du cas de tornade le plus ancien recensé à ce jour en France, parmi tous les cas classés en liste principale par KERAUNOS.
 
Enfin, il est à noter que l'ouvrage de François Lamy est également à l'origine d'un second compte-rendu détaillé sur la tornade EF0 de Bannost-Villegagnon (Seine-et-Marne) du 15 août 1687.
 
 

Principales caractéristiques de la tornade

Localisation de la tornade EF1 de Sillery (51) du 10 août 1680intensité maximale : EF1, soit des vents estimés entre 135 km/h et 175 km/h
* distance parcourue : 8 kilomètres (estimation)
* largeur moyenne : 30 mètres

* communes traversées : SILLERY, et très certainement quatre autres communes
* département : MARNE (51)
* altitude moyenne du terrain : 90 mètres
* type de terrain : territoires agricoles, forêts et milieux semi-naturels

* principaux dégâts : terres nouvellement labourées battues; gerbes emportées au loin; toiture d'une grange enlevée
 
NB : l'intensité des tornades est déterminée sur l'échelle EF augmentée. Cette version de l'échelle EF, mise en place par KERAUNOS depuis 2009, ajoute aux critères américains une série de spécificités propres à l'habitat européen. 
 
 

Trajectoire de la tornade

Cliquer sur la carte suivante pour l'agrandir :
 
Trajectoire de la tornade EF1 de Sillery (Marne) du 10 août 1680. © Keraunos (fond de carte : Carte de Cassini du XVIIIe siècle)
© Keraunos (fond de carte : Carte de Cassini du XVIIIe siècle)
 
Cette trajectoire, approximative, a été établie en fonction du témoignage de François Lamy, observateur direct du phénomène. Faute d'enquête de terrain détaillée dans l'ouvrage, le parcours exact de la tornade n'a pu être déterminé.
 
 

Le récit de 90 pages d'un scientifique précurseur

Dans son ouvrage écrit en 1689, et consacré aux Colonnes de nue survenues en Champagne et dans la Brie au XVIIe siècle, le scientifique précurseur François Lamy apporte un regard rationnel et contemporain remarquable sur les tornades.
 
Il s’appuie notamment sur deux tornades qu'il décrit avec soin, et pour lesquelles il apporte des conclusions déjà très éclairées :
 
- une première tornade dont il fut le témoin, le 10 août 1680, depuis la Montagne de Reims en direction de la vallée de la Vesle (Marne),
- une seconde tornade, survenue le 15 août 1687 à Bannost-Villegagnon (Seine-et-Marne) et dont le récit lui a été communiqué.
 
Concernant le cas de Sillery, la tornade est représentée de la manière suivante :
 
Représentation de la tornade EF1 de Sillery (Marne) du 10 août 1680. © F. Lamy
© F. Lamy

Décrite comme une colonne de nue, ou une sorte d’éolipyle, la tornade est représentée avec un buisson, encore confondu à tort avec des flammes. François Lamy, qui ne peut compter sur la véracité des propos des autres témoins, se perd en conjectures jusqu’à considérer, à raison, que la tornade est animée d’un mouvement de rotation vaporeux, de la base du nuage jusqu’au sol.
 
Les informations qu'il recueille permettent de considérer que la tornade a atteint le niveau d'intensité EF1, sur une largeur de 100 pieds (environ 30 mètres). La trajectoire parcourue, estimée à deux lieues (environ 8 kilomètres), présenterait une orientation Nord-Sud, voire Nord-Ouest - Sud-Est compte-tenu du point d'observation et de la description du sens de déplacement de la tornade.
 
La tornade de Sillery - également appelée trombe de Reims dans de nombreux récits historiques - est considérée comme le cas le plus ancien recensé à ce jour en France, parmi tous les cas classés en liste principale par KERAUNOS.
 
 

Le poids des croyances populaires

Au XVIIe siècle, l’avancée de François Lamy, et d’autres précurseurs, se heurte encore à l’imagination populaire, dont les visions extravagantes attribuent ces phénomènes à des colères célestes. En interrogeant des témoins dans les cinq villages frappés par la tornade, il ne récolte que de vaines informations :

-    dragons enflammés dont la colonne était pleine,
-    une échelle qui s'étendait de la terre au ciel, et par laquelle des anges montaient et descendaient,
-    une croix aussi haute que le Ciel, et un Christ attaché sur cette croix,
-    des animaux d'une espèce particulière, dont les témoins assuraient que c'étaient des démons.
 
Il faut attendre le courant du XVIIIe siècle pour que les tornades soient décrites de façon plus rationnelle.
 
 

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