Le 3 juin 2020, vers 21h10 locales, une tornade de très faible intensité (EF0) provoque quelques légers dommages à Chalou-Moulineux, au sud-ouest d'Etampes, dans le département de l'Essonne. Le phénomène, qui s'est d'abord présenté sous la forme d'un long tuba, a été photographié et filmé par de nombreux témoins.

La tornade de Chalou-Moulineux prend part à une dégradation orageuse à l'origine de fortes précipitations, en particulier de l'Auvergne à l’île-de-France. Elle s'inscrit également dans un outbreak de tornades (épisode de tornades groupées) qui totalise 4 cas pour les journées des 3 et 4 juin 2020 (24 heures glissantes), dont la tornade EF0 de Bidart (Pyrénées-Atlantiques), la tornade EF0 de Belley (Ain) et la tornade EF1 d'Aignan (Gers) survenues le lendemain.  
 

Principales caractéristiques de la tornade

* intensité maximale : EF0, soit des vents estimés entre 105 km/h et 135 km/h
* distance parcourue : indéterminée
* largeur moyenne : indéterminée

* commune traversée : CHALOU-MOULINEUX (Chalou)
* département : ESSONNE (91)
* altitude moyenne du terrain : 135 mètres
* type de terrain : tissu urbain discontinu ; terres arables hors périmètre d'irrigation

* principaux dégâts : plusieurs tuiles délogées ; un pan de couverture en ardoises endommagé ; mobilier de jardin emporté 

NB : l'intensité des tornades est déterminée sur l'échelle EF augmentée (English version). Cette version de l'échelle EF, élaborée et mise en place par KERAUNOS depuis 2009, ajoute aux critères américains une série de spécificités propres à l'habitat européen et permet ainsi une notation précise des tornades, valable autant pour les tornades contemporaines que pour les tornades du passé, et homogène internationalement.
 

Localisation de la tornade



© Keraunos (fond de carte : Géoportail)

"Un vent soudain et très court"

La tornade de Chalou-Moulineux du 3 juin 2020 a pu être identifiée à l'appui de nombreuses vidéos et photographies, principalement prises dans le périmètre de la RN 20. Le phénomène, qui s'apparente à un tuba très allongé, touche en réalité le sol à l'ouest de la commune de Chalou-Moulineux, sur un coteau qui surplombe légèrement la rivière de la Chalouette. Dans le Républicain de l'Essonne du 4 juin 2020, le témoignage d'un habitant confirme le caractère extrêmement bref du contact au sol : « Nous avons eu un vent très soudain et très court. Nous n’avons rien eu de cassé à notre domicile. Mais quelques minutes plus tard mon voisin m’a appelé, me demandant de lui venir en aide car des tuiles de son toit s’étaient envolées ».

Les dégâts sont limités et d'une intensité EF0 : quelques tuiles délogées, un pan de couverture en ardoises endommagé, mobilier de jardin emporté. 

En l'absence d'enquête de terrain détaillée à ce jour, la trajectoire et la largeur exactes du tourbillon sont indéterminées pour le moment.

Aperçu du tourbillon : 



Ci-dessous un exemple de dégâts sur la commune de Chalou-Moulineux (photo @Mr_RedBlood91) :


Analyse de la cellule convective

La tornade s'est développée en bordure sud d'une cellule convective active. Cette dernière s'est formée dans la portion occidentale d'une ligne de convergence instable, qui s'étirait alors du nord du Loir-et-Cher au nord de la Meuse.
L'animation radar ci-dessous montre l'évolution de la situation par intervalles de 15 minutes, entre 20h00 et 21h30 locales. La zone d'éclosion de la cellule tornadique est cerclée en rouge. On note la formation simultanée de plusieurs cellules orageuses en Essonne vers 20h45, ce qui témoigne de l'arrivée d'un forçage de basses couches à ce moment-là sur ce secteur. Compte tenu de la position de ces nouvelles cellules par rapport à celles déjà en activité, il est probable qu'il y ait eu une accentuation soudaine de la convergence de basses couches sur cette zone, vraisemblablement par interaction avec les courants descendants produits par les autres cellules convectives préexistantes. Il s'agit là d'un schéma de forçage relativement classique dans ces configurations d'axes de convergence peu mobiles, et qui est généralement bon pourvoyeur de cisaillements en basses couches, avec risque induit de développements tourbillonnaires.



Analyse de la situation météorologique

La cellule orageuse à l'origine de la tornade de Chalou-Moulineux s'est formée dans une configuration modérément dynamique, dominée par une sortie gauche de jet bien diffluente (voir ci-dessous à gauche). A l'étage moyen, un cut-off était en cours de constitution aux abords de la Bretagne ; il pilotait alors des advections froides bien identifiables à 500 hPa (vers 5500 mètres d'altitude, voir ci-dessous à droite), qui se propageaient en direction du Bassin Parisien.



La présence conjointe d'un air chaud et bien humidifié en basses couches (thêta'w supérieures à 15°C à 850 hPa ; voir ci-dessous à gauche) a assuré une forte instabilisation des profils verticaux. L'Essonne, entre autres, était ainsi concernée par des indices de soulèvement proches de -3 K à l'heure de la tornade, associés à des valeurs de MUCAPE oscillant entre 1200 et 1500 J/kg (ci-dessous à droite).


La cellule orageuse tornadique s'est plus précisément organisée sur le flanc sud d'une zone de convergence de basses couches, constituée le long d'une zone dépressionnaire de méso-échelle en cours de creusement progressif. Celle-ci est identifiable sur le champ de vent à 10 mètres prévu par le modèle WRF-NMM 5 km (ci-dessous à gauche). Les apports en hélicité associés à cet axe de convergence ont notamment assuré un potentiel supercellulaire non nul, comme en témoigne le Supercell Composite Parameter (ci-dessous à droite).


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