Le 15 octobre 2019, vers 4h30 locales, une tornade d’intensité modérée (EF2) survole l'est de l'agglomération d'Arles, dans les Bouches-du-Rhône. Le phénomène provoque de lourds dégâts matériels, principalement dans le périmètre de Pont de Crau. Le bilan humain, qui aurait pu s’avérer bien pire si la tornade avait traversé le cœur de la ville, est de 5 blessés

La tornade d'Arles du 15 octobre 2019 prend part à un épisode méditerranéen à l'origine de fortes précipitations d'une seconde tornade d'intensité EF1 survenue à Cavaillon (Vaucluse). Il s'agit donc d'un outbreak (épisode de tornades groupées) pour cette journée du 15 octobre.

La commune d'Arles a déjà été touchée par deux tornades récentes survenues au cours des 5 dernières années : le 27 avril 2015 (EF0) et le 9 août 2018 (EF0). Toutes les deux issues de trombes marines, elles n'avaient survolé aucune habitation ni provoqué de dommage significatif. 
 

Principales caractéristiques de la tornade

* intensité maximale : EF2, soit des vents estimés entre 175 km/h et 220 km/h
* distance parcourue : 11,3 kilomètres
* largeur moyenne : 100 mètres (jusqu'à 150 mètres)

* communes traversées : ARLES (le Mas Bonnaud, la Fauchière, N113, Mas Balze, camping l'Arlésienne, Pont de Chamet, Pont de Crau, marais du Petit Clar, Draille des Jonquets, roubines d'Arles) ; FONTVIEILLE (roubines de Fontvieille) ; ARLES (route d'Avignon) ; TARASCON (Trébon)
* département : BOUCHES-DU-RHÔNE (13) 
* altitude moyenne du terrain : 5 mètres
* type de terrain : tissu urbain discontinu ; réseaux routier et ferroviaire et espaces associés ; terres arables hors périmètre d'irrigation ; rizières ; prairies ; marais intérieurs

* principaux dégâts : arbres adultes (feuillus et résineux) ébranchés, déracinés ou brisés et débris transportés à plusieurs dizaines de mètres (dont une couronne d'arbre emportée à 100 mètres) ; environ 170 habitations atteintes : couvertures emportées, cloisons détruites au premier étage, vitres soufflées, toitures complètement arrachées ; petites constructions démolies ; un bâtiment détruit dans un mas ; murs de clôture renversés ; panneaux publicitaires arrachés ; vitres de voitures explosées ; certains véhicules déplacés ; camping-cars retournés ; mobil-homes retournés, déplacés, éventrés voire démolis et débris transportés jusqu'à 100 mètres ; multiples projectiles : tôles, planches de bois et menus objets fichés dans les murs

NB : l'intensité des tornades est déterminée sur l'échelle EF augmentée (English version). Cette version de l'échelle EF, élaborée et mise en place par KERAUNOS depuis 2009, ajoute aux critères américains une série de spécificités propres à l'habitat européen et permet ainsi une notation précise des tornades, valable autant pour les tornades contemporaines que pour les tornades du passé, et homogène internationalement.
 

Trajectoire de la tornade



© Keraunos (fond de carte : Géoportail)

Un camping dévasté et plus de 170 habitations atteintes

Les caractéristiques et l'intensité de la tornade d'Arles du 15 octobre 2019 ont pu être déterminées à l'appui d'une enquête de terrain effectuée par Vincent Deligny dans les heures qui ont suivi le phénomène.

Les premiers dégâts sur la végétation sont identifiés à la limite des rizières d'Arles, à proximité de la roubine (petit canal d'irrigation) du Viage. Selon une trajectoire d'abord orientée du SSE vers le NNO, la tornade prend la direction du camping de l'Arlésienne et endommage de nombreux arbres, principalement le long de la Draille Marseillaise et dans quelques mas. Un axe de convergence est d'emblée identifié dans le sens de chute des arbres. 

Après avoir traversé la N113, le tourbillon gagne rapidement en puissance et atteint le niveau d'intensité EF2. Traversé par la tornade, le Mas Balze subit de plein fouet le passage du tourbillon qui détruit un bâtiment contigu au logis. Le camping de l'Arlésienne en paie également un lourd tribut : camping-cars mis sur le flanc, mobil-homes retournés, déplacés, éventrés voire démolis et débris transportés jusqu'à 100 mètres. Une couronne d'arbre est également sectionnée par le vent et emportée à cette même distance. Toutes les installations situées dans le périmètre de la piscine sont également démolies. 

Après la route de Crau, la tornade survole les quartiers de Pont de Chamet de Pont de Crau. Environ 150 habitations sont endommagées dans ce seul périmètre, dont certaines sont rendues inhabitables. C'est un spectacle de désolation dans les rues Antoine Raspal, Théo Rigaud, Jean-Baptiste Lully et route de Coste Basse où des couvertures sont emportées, des cloisons détruites au niveau du premier étage, des baies vitrées soufflées, voire des toitures complètement arrachées. Dans la rue Maurice Molinetti jonchée de débris et de véhicules aux vitres brisées, la tornade recouvre même les murs et la végétation de petits matériaux blanchâtres qui donnent l'illusion d'une neige collante. 

A l'est de Pont de Crau, les images prises par drone dans la matinée du 15 octobre montrent que la tornade a principalement sévi sur une bande de terrain d'une largeur de 60 à 70 mètres environ. Des aspirations périphériques, bien visibles sur le flanc Est du couloir principal, étendent l'influence de la tornade à une largeur totale de 150 mètres. Dans ce périmètre, les mêmes dommages qu'à Pont de Charmet se reproduisent et confirment que le phénomène produit toujours des vents estimés proches de 200 km/h, soit un niveau d'intensité EF2.

Au-delà de Pont de Crau, la tornade perd en intensité (EF1 puis EF0) et les dégâts sont plus diffus. On observe encore de nombreux arbres déracinés ou sectionnés autour du marais du Petit Clar, puis dans quelques propriétés disséminées dans le réseau des roubines d'Arles et de Fontvieille. Surtout, la trajectoire du phénomène dévie progressivement et prend une direction Sud-Nord, et même SSO/NNE en fin de parcours. Cette inflexion de la trajectoire, cohérente avec le comportement de la cellule convective telle qu'elle apparaît sur les images radar, semble résulter d'une forte pénétration des courants descendants arrière.

Après plusieurs kilomètres de trajectoire, la tornade traverse la route d'Avignon, ébranche encore quelques arbres, puis se dissipe à Trébon (sud de Tarascon) où les derniers dégâts convergents sont identifiés. 

Au total, la tornade parcourt plus de 11 kilomètres en 13 minutes environ (essentiellement en zone agricole) avec une vitesse de translation proche de 45 km/h et blesse 5 personnes. Ce bilan humain peut être considéré comme miraculeux : si le tourbillon avait circulé à moins de 2 kilomètres à l'ouest, il frappait de plein fouet le centre historique d'Arles, extrêmement urbanisé. Les conséquences auraient été probablement plus dramatiques.

Photographies des dégâts

Analyse de la cellule orageuse

La tornade d'Arles s'est formée sous une cellule convective active et orageuse, qui évoluait au sein d'un système convectif de méso-échelle à dominante linéaire. L'analyse des images radar, dont une animation par pas de 15 minutes est présentée ci-dessous (entre 03h00 et 05h00 locales), montre la présence de fortes réflectivités au sein d'une cellule greffée sur le flanc oriental du MCS ; celle-ci a développé un mésocyclone sur une durée relativement brève (quelques dizaines de minutes) :


Ce système orageux a prix naissance au sein d'un rapide flux de sud, piloté par un thalweg d'altitude étroit et très dynamique qui se présentait alors sur l'ouest de la France. Le profil vertical reconstitué pour le secteur d'Arles à l'heure de la tornade montre la présence d'un environnement bien instable (MUCAPE de 546 J/kg et MULI de -3 K), très humide en basses couches (LCL à 192 mètres) et fortement cisaillé (SRH 0-1 km de 235 m²/s², SRH 0-3 km de 373 m²/s² et cisaillements profonds de 24 m/s) :


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