Le 31 mars 2018, en début d’après-midi, une tornade de très faible intensité (EF0) traverse brièvement la plaine de Solliès-Ville (Var). D’une durée de quelques dizaines de secondes à peine, le tourbillon est vu et filmé par un grand nombre de témoins. 
  

Principales caractéristiques de la tornade

* intensité maximale : EF0, soit des vents estimés entre 105 km/h et 135 km/h
* distance parcourue : indéterminée
* largeur moyenne : indéterminée

* commune traversée : SOLLIÈS-VILLE (les Montres, le Vieux Chêne)
* département : VAR (83)
* altitude moyenne du terrain : 58 mètres
* type de terrain : tissu urbain discontinu, terres arables hors périmètre d'irrigation

* principaux dégâts : tuiles délogées, couverture d’abri de jardin décoiffée, grillages souples tordus

NB : l'intensité des tornades est déterminée sur l'échelle EF augmentée. Cette version de l'échelle EF, mise en place par KERAUNOS depuis 2009, ajoute aux critères américains une série de spécificités propres à l'habitat européen.
 

Localisation de la tornade 

Localisation certaine lorsque le tourbillon frappe le lotissement du Vieux-Chêne : 


© Keraunos (fond de carte : Géoportail)


Une tornade esthétique photographiée et filmée 

La tornade de Solliès-Ville du 31 mars 2018 se constitue au sein d’un cumulonimbus à l’origine d’une averse qui traverse la plaine du Gapeau peu avant 14 heures locales

D’abord observé sous la forme d’un tuba persistant et très allongé qui se développe à l’arrière de l’averse, le tourbillon finit par toucher le sol à 14 heures dans le quartier des Penchiers, à la limite orientale de Solliès-Ville. La tornade poursuit brièvement sa course en survolant des parcelles de terres non habitées, à l’origine de la teinte ocrée du buisson qui est perceptible pendant plusieurs secondes. Elle se dissipe avant de heurter le relief de Monnache, commune de Solliès-Pont. 

Les dommages consécutifs à cette tornade sont extrêmement localisés et peu importants. Ils se concentrent dans le quartier des Penchiers, entre le chemin des Montres et le nouveau lotissement résidentiel du Vieux Chêne. Selon les témoins contactés, quelques propriétés ont subi des dégâts : tuiles délogées, couverture d’un abri de jardin décoiffée, grillages souples tordus. Plusieurs témoins affirment également avoir vu quelques objets légers être aspirés et transportés à faible distance. Ce type de dommages relève d’une intensité EF0 sur l’échelle améliorée de Fujita. 

* * *

Bien que de très faible intensité et sans impact majeur sur les biens et les personnes, cette tornade a pu être vue, photographiée et filmée par un grand nombre de témoins présents sur les lieux. Le phénomène, esthétique et photogénique, a ainsi été observé depuis les territoires de Solliès-Pont, la Crau, la Farlède, et même l'agglomération toulonnaise. Les photographies suivantes sont celles qui illustrent le mieux la tornade à maturité, parmi lesquelles figure notamment ce cliché, partagé par Bryan Frt a partagé ce cliché sur la page Facebook de Météo Provence Azur




D'autres clichés du phénomène ont été capturés par Cédric Est et Sébastien Corti :







La partie supérieure du tourbillon, avant son contact au sol a été filmée :






Analyse de la situation météorologique

La tornade de Solliès-Ville s’est formée peu avant 14h00 locales, en bordure sud-ouest d’une cellule orageuse dont la colonne convective principale a présenté de très nets signes de rotation. La carte des impacts de foudre ci-dessous montre que l’activité électrique s’est manifestée au nord-est de la tornade, ce qui confirme que son développement s’est opéré en périphérie immédiate du cœur précipitant et actif du système convectif, ce qui est assez classique dans ces situations :




La situation météorologique sur la France était dominée au moment de la tornade par la présence d’un vaste thalweg d’altitude, étiré nord – sud, dont l’axe principal abordait alors le Var, comme l’illustre le champ ci-dessous à gauche. Une masse d’air d’origine polaire était véhiculée au sein de ce thalweg à l’étage moyen, avec des températures proches de -30°C à 500 hPa (ci-dessous à droite).



C’est ainsi une situation instable de masse d’air froid qui a présidé à la formation de cette tornade. Les simulations des modèles établissent une MLCAPE proche de 300 J/kg sur les environs de La Crau à l’heure de la tornade, avec un MLLI de -2 K, soit des valeurs modérées pour ce type de situation. Le TTI est pour sa part proche de 60 sur La Crau, ce qui témoigne d’une forte instabilité de l’étage moyen.



L’environnement synoptique était peu cisaillé à l’heure de la tornade, autant en profondeur qu’en basses couches. C’est vraisemblablement un apport local de cisaillements, générés par une convergence temporaire des vents en basses couches, qui a permis de générer du tourbillon. Les modèles haute résolution établissent en effet le passage d’un creux dépressionnaire à l’heure de la tornade sur le Var (ci-dessous à gauche), producteur de vents faibles mais convergents dans les environs de La Crau (ci-dessous à droite).


On retrouve là les conditions classiques de formation des tornades de faible intensité en masse d’air froid sur la France.


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