Le 30 septembre 1888, vers 13 heures locales, une tornade de faible intensité (haut de l'échelon EF1) est observée dans le Nord de la Bresse. Le phénomène a fait l'objet de nombreux témoignages et d'une analyse très détaillée sur le terrain.
 

Principales caractéristiques de la tornade                                                                      

* intensité maximale : EF1, soit des vents estimés entre 135 km/h et 175 km/h
* distance parcourue : 10,5 kilomètres (distance minimale certaine)
* largeur moyenne : indéterminée

* communes traversées : MARBOZ (la Forêt d'en Bas, Montjuif, bois du Crozet, les Vernays, le Tremblay, Chamonal), PIRAJOUX (les Plates, les Arbillats), COLIGNY (l'Arguisy, bois de Bouillon, la Tour, village)
* département touché : AIN (01)
* altitude moyenne du terrain : 230 mètres
* type de terrain : territoires artificialisés, territoires agricoles, forêts et milieux semi-naturels

* principaux dégâts : sapins pliés mais non rompus ; vignes froissées ; meule de paille en partie entraînée ; très gros noyer renversé, nombreux arbres fruitiers couchés et branches emmenées au loin ; platanes ou saules brisés, têtes emmenées à 20 mètres ; toitures découvertes et cheminées enlevées ; voitures poussées ; paquet de chènevottes emmené tout entier à 400 mètres ; eau aspirée sur deux cours d'eau traversés par le tourbillon ; un homme roulé à terre sur quelques mètres ; des vaches renversées

NB : l'intensité des tornades est déterminée sur l'échelle EF augmentée. Cette version de l'échelle EF, mise en place par KERAUNOS depuis 2009, ajoute aux critères américains une série de spécificités propres à l'habitat européen.
 

Parcours de la tornade 



© Keraunos (fond de carte : Géoportail)

Des nuages qui tournaient à grande vitesse

La tornade de Coligny a fait l'objet d'un compte-rendu détaillé par F. Tardy dans le Bulletin de la société des sciences naturelles de Saône-et-Loire de 1890.

Le phénomène prend naissance sur le territoire de Marboz, entre la Forêt d'en Haut et la Forêt d'en Bas : " [...] le fils Rodet (Eugène) remarqua un nuage noir qui passait assez bas entre la Forest-du-Haut et la Forest-du-Bas. Il appela sur ce nuage l'attention de ses camarades, et entre autres celle de son frère aîné Marie. Ils entendirent quelques petits coups de tonnerre, mais ne virent pas d'éclairs, et ils virent descendre de ce nuage quelque chose comme de l'eau qu'on verserait avec un arrosoir. C'était une trombe qui commençait à se former à cinq cents mètres d'eux, de l'autre côté d'un petit vallon, entre la Forest-du-Haut et la Forest-du-Bas."

La tornade, accompagnée d'un bruit caractéristique, est décrite comme suit : "La trombe qui vers le bas n'était pas plus grosse qu'un timon de charrette, avait vers le haut des peupliers la grosseur d'une roue de tombereau, et tournait avec une grande vitesse comme une toupie, y compris le nuage qui la couronnait en haut, et qui, gros au moins comme une grange, était à la hauteur de six longueurs de peupliers, autant qu'on en pouvait juger." D'autres témoignages, appuyés d'une analyse de la direction de chute des plants de maïs couchés par la tornade, confirmerait un sens de rotation cyclonique du phénomène.

Selon un sens de déplacement de l'Ouest/Sud-Ouest vers l'Est/Nord-Est, la tornade parcourt plus de 10 kilomètres jusqu'à l'est de Coligny. Au-delà de ce point, les investigations cessent, ce qui implique que la tornade ait pu parcourir une trajectoire plus importante dans les premiers contreforts jurassiens.

Sur sa trajectoire, la tornade traverse majoritairement des parcelles agricoles, des prairies ou des zones forestières, hormis à Coligny où la moitié sud de l'agglomération est touchée. La Journal de l'Ain évoque le phénomène dans son édition du 3 octobre 1888 : "Le bruit augmenta et se rapprocha ; c'est la grêle, pensa-t-on, et chacun courut fermer les fenêtres. D'autres remarquèrent vers l'ouest une colonne de fumée et pensèrent au feu. Mais à ce moment, une heure et demi environ, la ville fut traversée par un tourbillon si fort, si bruyant, qu'on crut à un tremblement de terre. On voyait autour de soi voler des tuiles et des branches d'arbres comme des feuilles. Le fracas du vent ne dura pas plus d'une à deux minutes, après quoi il se perdit dans la montagne. Mais alors quels dégâts on put constater !"

Les dégâts causés par la tornade de Coligny relèvent d'une intensité EF1 (haut de l'échelon) :
sapins pliés par le vent, vignes froissées, champs de maïs couchés, une meule de paille en partie entraînée, un très gros noyer renversé, nombreux arbres fruitiers couchés et branches emmenées au loin, platanes ou saules brisés (les têtes de ces arbres ont été emmenées à 20 mètres), toitures endommagées et cheminées enlevées, voitures poussées, un paquet de chènevottes emmené tout entier à 400 mètres. En plusieurs points, on signale des toitures découvertes, mais les informations manquent pour mieux identifier la structure du toit qui a été endommagée.

Outre des dégâts matériels, on signale des phénomènes d'aspiration d'eau sur deux rivières traversées par le tourbillon. Un homme a également été roulé à terre sur quelques mètres ; il en est quitte pour quelques égratignures sans gravité. Des vaches ont aussi été renversées par le vent, mais sans éprouver le moindre mal.

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