Le 7 novembre 1840, vers 20 heures, une tornade de forte intensité (EF3) dévaste au moins quatre communes de Charente-Maritime, dont les territoires de Varaize et de Saint-Martin-de-Juillers où un hameau est totalement dévasté.
 
Durant la même soirée, un phénomène venteux destructeur est également reporté dans les Deux-Sèvres, sans qu'il soit possible d'en définir la nature exacte.
 

Principales caractéristiques de la tornade

Localisation de la tornade de Saint-Martin-de-Juillers (17) du 7 novembre 1840intensité maximale : EF3, soit des vents estimés entre 220 km/h et 270 km/h
* distance parcourue : 8,8 kilomètres (distance minimale certaine)
* largeur moyenne : 120 mètres
 
* communes traversées : FONTENET (Moulin Vieux), VARAIZE, SAINT-PIERRE-DE-JUILLERS (Courpéteau), SAINT-MARTIN-DE-JUILLERS (les Gâtineaux)
* département : CHARENTE-MARITIME (17)
* altitude moyenne du terrain : 40 mètres
* type de terrain : territoires agricoles, forêts et milieux semi-naturels

* principaux dégâts : gros arbres séculaires (peupliers, chênes, ormes) arrachés ou coupés par torsion à 2,5 m du sol, les tronçons ayant été emportés par le vent à grande distance ; charpente d'une maison "récemment bâtie" entièrement arrachée et transportée à grande distance ; moulin à vent entièrement démoli ; hameau des Gâtineaux ruiné : murs et charpentes enlevés et disséminés dans les champs
 
NB : l'intensité des tornades est déterminée sur l'échelle EF augmentée. Cette version de l'échelle EF, mise en place par KERAUNOS depuis 2009, ajoute aux critères américains une série de spécificités propres à l'habitat européen.
 

Trajectoire de la tornade

Cliquer sur les deux cartes ci-dessous pour les agrandir:
 
 
 Trajectoire de la tornade EF3 de Saint-Martin-de-Juillers (Charente Maritime) du 7 novembre 1840. © Keraunos (fond de carte : carte de l'état major de 1820-1866)
© Keraunos (fond de carte : carte de l'état major de 1820-1866)
 
Tornade EF3 de Saint-Martin-de-Juillers (Charente Maritime) du 7 novembre 1840. La même trajectoire au début du XXIe siècle. © Keraunos (fond de carte : Géoportail)
© Keraunos (fond de carte : Géoportail)
 

Maisons effondrées et arbres emportés à distance

L’Écho de l’arrondissement de Saint-Jean-d’Angély, dans son édition des 16 novembre et 23 novembre 1840, permet d'attester d'un phénomène tourbillonnaire de forte intensité sur une trajectoire minimale de 9 kilomètres et une largeur moyenne de 120 mètres.
 
Sans qu'il soit possible de définir le point de départ exact de la tornade, les premiers dégâts auraient été observés à Mazeray (Sud-Ouest de Saint-Jean-d'Angély). Ensuite, le phénomène est décrit de façon explicite entre le hameau du Moulin Vieux (commune de Fontenet) et celui des Gâtineaux (commune de Saint-Martin-de-Juillers). Pour ces raisons, la trajectoire de la tornade est retenue sur la base de la distance qui sépare ces deux points extrêmes, soit 9 kilomètres en tout. Si des informations complémentaires permettent de prolonger la trajectoire à partir de Mazeray, la tornade aurait dans ce cas parcouru plus de 15 kilomètres. 
 
La largeur du phénomène doit également être définie avec précaution. Les sources évoquent quelques dizaines de mètres de largeur au démarrage de la tornade, puis 120 mètres de largeur à Saint-Pierre-de-Juillers. L'indication de 600 mètres de rayon (soit 1200 mètres de diamètre), qui est mentionnée au niveau des Gâtineaux, semble excessive car elle n'est pas corroborée par les rapports de dommages. En outre, si tel était le cas, le centre du village de Saint-Martin-de-Juillers serait inclus dans le périmètre de dégâts, or il n'est fait mention d'aucun dommage à cet endroit. On ne peut donc exclure qu’il s’agisse ici d'une erreur de saisie dans l'article de presse lui-même (rayon de 600 mètres au lieu de 60 mètres en réalité). Dès lors, par précaution, une largeur moyenne de 120 mètres est retenue pour cette tornade.

Les dégâts provoqués par cette tornade sont significatifs et relèvent d'une intensité EF3. Concernant la végétation, de gros arbres séculaires (peupliers, chênes, ormes) sont arrachés ou coupés par torsion à 2,5 m du sol, les tronçons ayant été emportés par le vent à grande distance. Plusieurs parcelles de forêts sont également dévastées : les arbres entiers ou les couronnes sont brisés net, certains arbres ayant même été brisés en plusieurs tronçons.
 
Les territoires habités traversés par la tornade subissent également de lourds dommages. A Varaize, la charpente d'une maison neuve est entièrement arrachée et transportée à 50 mètres. Un moulin à vent est démoli à proximité de cette commune. Sa couverture, entièrement brisée, est retrouvée à 100 mètres. Au hameau des Gâtineaux, dans la commune de Saint-Martin-de-Juillers, les habitations sont effondrées ; les murs et les charpentes sont enlevés et disséminés dans les champs.
 
Enfin, il est à noter que la tornade produit des phénomènes d'aspiration importants : des bûches pesant chacune 50 kg sont transportées jusqu'à 500 mètres de distance, et un appui de croisée d'une masse de 500 kg est transporté à 4 mètres.
 

Autres dégâts liés à des rafales de vent dans les Deux-Sèvres

La presse de l'époque fait état d'autres dégâts venteux dans les Deux-Sèvres le même jour, et notamment des maisons endommagées et des arbres arrachés.
 
Il pourrait être tentant de considérer qu’il s’agit de la suite de la tornade de Varaize et de Saint-Martin-de-Juillers. Pourtant, trois éléments rendent cette hypothèse caduque :
 
- d’une part, les dommages des Deux-Sèvres sont séparés par une distance de plus de 25 kilomètres avec ceux de Saint-Martin-de-Juillers, sans aucun dégât mentionné entre ces deux points ;
- d’autre part, les communes touchées dans les Deux-Sèvres ne sont pas alignées avec celles frappées en Charente-Maritime ;
- enfin, les dommages rapportés dans les Deux-Sèvres présentent un caractère moins organisé, sans qu'il soit dès lors possible de certifier qu'ils soient consécutifs à une tornade.
 
De tout ceci s’impose la conclusion que les dommages dans les Deux-Sèvres ne sont pas liés à la tornade qui a frappé la Charente-Maritime, et que leur nature hypothétiquement tornadique ne peut être vérifiée. La distance parcourue par la tornade de Saint-Martin-de-Juillers n’est donc établie avec certitude que sur une distance maximale de 9 kilomètres, et exclusivement en Charente-Maritime.
 
Carte générale des dégâts venteux observés dans la soirée du 7 novembre 1840 (Charente-Maritime et Deux-Sèvres):
 
Carte générale des dégâts venteux observés dans la soirée du 7 novembre 1840 (Charente-Maritime et Deux-Sèvres). © Keraunos (fond de carte : Géoportail) 
© Keraunos (fond de carte : Géoportail)
 

Les flèches rouges correspondent à la trajectoire de la tornade de Saint-Martin-de-Juillers validée en liste principale. Le cercle rouge correspond aux dégâts de nature probablement tornadique sur la commune de Mazeray. Enfin, les points bleus représentent les dégâts venteux observés dans les Deux-Sèvres.

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