Des pluies orageuses exceptionnelles ont touché le sud-ouest de la France les 10 et 11 mai, avec des lames d'eau supérieures à 100 mm. De forts orages ont également concerné l'axe Poitou/nord-est et le bassin méditerranéen.



Image satellite de 9h UTC le 11 mai - Dépression sur la France, rejointe par un vaste front froid - Source FVALK

Pluies exceptionnelles en Aquitaine

Une situation météorologique très dynamique s'est mise en place le dimanche 10 mai sur la France. Une anomalie d'altitude a migré des Baléares vers le centre-est de la France, générant des orages localement forts du nord-est au centre-ouest du pays et des pluies exceptionnelles sur l'Aquitaine. Au sein d'une cassure de jet, un minimum dépressionnaire s'est creusé à 996 hPa sur le sud-ouest du Massif-Central, renforçant sensiblement la convergence des vents sur ses flancs nord et ouest. L'animation satellite vapeur d'eau retrace bien l'évolution de la dynamique à l'oeuvre les 10 et 11 mai :


Image satellite SSEC


A l'opposé, un front froid massif, de plusieurs milliers de kilomètres de long a progressé depuis le nord de l'Europe. La carte d'anomalie de températures à 2m tirée du modèle GFS permet d'illustrer l'ampleur de la limite frontale froide, s'étirant du nord de la Scandinavie jusqu'à la Bretagne :



Ainsi, le refroidissement marqué s'est opéré par les côtes de la Manche dès la fin de journée du 10 mai puis a gagné le nord du pays la nuit suivante et en matinée du 11 mai. Les gradients thermiques relevés en mi-journée du 11 étaient remarquables sur la France comme sur d'autres pays d'Europe. Il ne faisait que 6°C à Château-Chinon dans la Nièvre contre 21°C à Lyon à 15h locales par exemple.

Au sein d'un axe de convergence très étiré, entre vents de nord-est frais et vents de sud générés par la dépression de surface, des orages ont éclaté en journée du 10 mai et la nuit suivante. Ils ont localement donné de forts cumuls de pluie (30 à 50 mm) du Poitou au Centre et à la Champagne. L'approche du front froid a par la suite réactivé des pluies continues plus stables sur ce même axe.

Sur le sud du pays, la nébulosité importante et les pluies précoces ont empêché le déclenchement d'orages forts. Quelques coups de tonnerre ont toutefois été relevés. Les pluies, de nature convective, ont persisté près de 36h sur l'Aquitaine, une partie de l'Occitanie et ont ensuite balayé le bassin méditerranéen.

L'animation radar de l'épisode témoigne de la stagnation des précipitations durant de nombreuses heures sur les mêmes régions aquitaines. On observe également le développement des orages sur la moitié nord suivi des pluies continues :



Sur l'épisode il a été relevé (relevés arrêtés à 15h locales le 11 mai) :
Dans les Landes :
- 126 mm à Captieux-Retjons
- 110 mm à Belis
- 99 mm à Villeneuve-de-Marsan
En Gironde :
- 130 mm à Belin-Belliet
- 99 mm à Sauternes
- 73 mm à Bordeaux-Mérignac
Dans le Gers :
- 76 mm au Houga
- 79 mm à Montréal
Dans le Tarn :
- 190 mm à Sauveterre
- 135 mm à Vabre
Dans l'Hérault :
- 142 mm à Saint-Pons
- 149 mm à la Salvetat-sur-Agoût
Dans l'Aude :
- 152 mm aux Martys
Dans les Alpes-Maritimes :
- 139 mm à Châteauneuf-Grasse

L'activité foudre est donc restée marginale sur le sud-ouest mais plus de 22 000 éclairs ont été relevés sur la France durant l'épisode, en 24h :



Tubas dans le nord

Avec les cisaillements importants observés sur le nord du pays, plusieurs tubas ont été observés en cours de journée :
>> dans le Nord, à Troisvilles ;
>> dans les Deux-Sèvres, à Sompt ;
>> dans le Maine-et-Loire, à Saint-Pierre-Montlimart ;
>> dans le Calvados, à Vimont ;
>> dans l'Aisne, à Berzy-le-Sec, où un contact au sol est suspecté ;
>> dans l'Oise, à Montagny-en-Vexin, où là aussi le tuba a pris des dimensions imposantes.


Très long tuba (possible tornade) au sud de Soissons, le 10 mai 2020. Photo Nils Pigerre.