La compilation des données kérauniques du printemps 2020 est achevée, un bilan de l'activité orageuse observée au cours des mois de mars, avril et mai 2020 peut être établi. Ce printemps 2020 se révèle contrasté, remarquablement peu orageux sur le nord du pays.


Supercellule près de Blaye en Gironde le 9 mai - Emric Imbertie


Un printemps très peu orageux sur le nord du pays

Le printemps 2020, deuxième plus chaud jamais observé en France, a connu une activité orageuse un peu moins fréquente que la moyenne des printemps précédents. Ainsi, 67 jours d'orage ont été enregistrés, soit une valeur légèrement inférieure à la moyenne 2009-2019. C'est toutefois 3 jours de plus que le printemps 2019.

L'activité orageuse s'est révélée très irrégulière durant ces trois mois de printemps, avec une dominante anticyclonique, très sèche et plus douce que la normale. En effet, une récurrence de blocages anticycloniques nordiques a souvent produit un flux continental sur une bonne partie de la France. Seules les régions du sud ont connu davantage d'orages. On peut noter quelques pics d'activité plus intenses à la mi puis à la fin du mois d'avril ainsi qu'en première décade de mai. Le reste de la période printanière a été peu orageuse en général.

D'une manière relativement classique au printemps, on rencontre un nombre maximal de jours avec orage près des reliefs, tandis qu'une activité orageuse plus faible est constatée en allant vers le nord. 
Ce printemps, ce sont les Pyrénées et leurs abords qui enregistrent le nombre de jours d'orage le plus élevé : jusqu'à 34 sur les Pyrénées-Atlantiques, 29 sur les Hautes-Pyrénées, 23 sur le Gers et les Landes, 21 sur la Gironde et les Pyrénées-Orientales
A l'opposé, plus on se dirige vers le nord-est du pays, moins les orages ont été fréquents. La configuration synoptique récurrente de hauts géopotentiels sur le nord de l'Europe et de valeurs de géopotentiel plus basses de l'Espagne au Golfe de Gênes explique cet état de fait. On comptabilise exceptionnellement seulement 5 jours d'orage en Alsace et sur le département des Vosges
 
Si l'on confronte ces données à la moyenne 2009/2019, on remarque que la fréquence des orages ce printemps présente une anomalie peu marquée à l'échelle nationale (-2 jours). 
On observe à l'échelle départementale un excédent dominant sur 21 départements seulement, allant jusqu'à +11 jours sur les Bouches-du-Rhône. A contrario, le déficit à l'échelle départementale est majoritaire et atteint +8 à +12 jours
 
Nombre de jours avec orages durant le printemps 2020 et écart à la moyenne 2009/2019 (c) KERAUNOS
 
  
Si l'on considère le bilan du foudroiement, on constate que l'activité électrique a été sensible sur les régions pourtant peu fréquemment touchées par les orages. Les densités d'éclairs ressortent nettement sur plusieurs régions du nord de la France peu fréquemment orageuses. Ceci n'est pas le cas en Alsace, sur une partie de la Lorraine ou ou de l'Hérault au nord de Midi-Pyrénées par exemple. 


Anomalie de l’instabilité latente (MUCAPE) durant l'hiver 2019-2020


Un printemps marqué par un fort contraste nord/sud
Si l'on analyse l'instabilité latente observée en France durant cette saison, on note qu'après un mois de mars conforme à la normale (+0%), avril a présenté un bilan plus instable que la normale (+15%) puis mai un déficit (-15%). Au total, à échelle nationale, le printemps 2020 s'éloigne peu des normales saisonnières en termes d'instabilité latente, avec un déficit moyen de 4%. Il est ainsi plus instable que le printemps de l'année dernière (déficit de 30%), qui avait présenté un déficit généralisé sur l'ensemble du pays.

Ce faible écart à la normale à échelle nationale dissimule toutefois une forte disparité entre le nord et le sud du pays, comme l'illustre la carte ci-dessous. Ainsi, près des frontières belges et allemandes, le déficit d'instabilité a été remarquable durant ce printemps, avec des valeurs souvent proches de -50% ; le printemps 2020 s'y positionne parmi les 10 plus stables de ces 80 dernières années. A l'inverse, les régions du sud, et notamment l'Aquitaine et l'Occitanie, ont connu un printemps plus instable que la normale, avec des excédents qui dépassent parfois 30%.
Ce contraste nord/sud a été maximal durant le mois de mai, mais il ressort comme une constante durant le printemps, qui a vu ce dégradé méridien se mettre en place de manière récurrente durant ces trois mois.


Anomalie de l’instabilité latente (MUCAPE) durant l'hiver 2019-2020


Le graphique ci-dessous présente l'évolution quotidienne de l'instabilité moyenne en France durant le printemps 2020 (courbe noire), en comparaison avec les valeurs normales et extrêmes depuis 1948 :


Quels régimes de temps ont dominé ce printemps ?

En moyenne, au cours de ces trois mois, la configuration synoptique a été très nettement dominée par des hauts géopotentiels fermement calés entre le nord de la France et l'Angleterre. Cette configuration a contrasté avec les conditions fortement dépressionnaires qui avaient prévalu durant l'hiver. En altitude (ci-dessous à gauche), on note la présence d'une configuration de blocage sur l'ouest de l'Europe, avec une anomalie positive de pression depuis la Méditerranée Occidentale jusqu'à l'Islande et au sud du Groenland. Par conséquent, le flux océanique a été largement détourné vers le nord et vers le sud de l'Europe, induisant des conditions particulièrement stables, sèches et ensoleillées sur la moitié nord de la France durant cette saison.

Si l'on se place au niveau du sol (pression réduite au niveau de la mer, ci-dessous à droite), on note une configuration voisine, avec des hautes pressions anormalement marquées de l'Allemagne au nord de la France et à l'Islande
. Il s'en est suivi la mise en place répétée de flux de nord-est à est au nord de la Loire, avec pour corollaire une humidité généralement faible en basses couches, et dès lors des situations très peu propices aux orages. A l'inverse, en allant vers l'Espagne, un léger déficit de pression est observé ; il est à l'origine de développements orageux fréquents sur la péninsule ibérique, à l'origine de débordements ponctuels vers l'Aquitaine et l'Occitanie.


Anomalie des géopotentiels à 500 hPa (à gauche) et de la pression réduite au niveau de la mer (à droite)
 
 

Un printemps chaud mais peu instable

Les deux cartes ci-dessous présentent l'anomalie du l'instabilité latente et de la température à 850 hPa (vers 1.500 mètres d'altitude) durant le printemps 2020.

On remarque que l'excédent d'instabilité observé sur le sud de la France (teinte orange/rouge sur la carte ci-dessous à gauche) s'est constitué dans le prolongement de la zone de forte instabilité récurrente constatée sur l'Espagne. Plus au nord, le déficit d'instabilité observé de la Normandie aux Hauts-de-France et à la Lorraine s'étend largement au-delà de nos frontières, jusqu'en Allemagne, Pologne et Balkans, ainsi que plus au nord vers les Iles Britanniques ou encore l'Islande. Cette vaste zone stable est directement liée à la présence de hautes pressions continentales.
 
Au niveau de la température de la masse d'air, la carte ci-dessous à droite met en évidence une anomalie positive d'environ 1,5°C sur la France à 850 hPa (soit vers 1.500 m d'altitude) durant ce printemps. A l'inverse de la saison précédente qui avait été marquée par un excédent généralisé à l'ensemble de l'Europe, on note durant ce printemps une certaine originalité avec l'apparition d'une zone de températures anormalement fraîches aux abords de la Pologne notamment.
 
 Anomalie de l'instabilité latente (à gauche) et de la température à 850 hPa (à droite)