Une tornade a été observée à la frontière luxembourgeoise vers 17h40 de ce vendredi 9 août. Pour le moment, la zone qui apparaît la plus sinistrée est concentrée sur les communes de Pétange et de Bascharage, au Luxembourg, où des toitures ont été en partie arrachées, des voitures déplacées et des arbres déracinés. Dix-neuf personnes ont été blessées.
D'après les premiers éléments recueillis sur place, la tornade a touché le sol un peu plus tôt, sur le territoire français, à hauteur de Longwy, Herserange et Saulnes, en Meurthe-et-Moselle. On y déplore des dommages sur une trentaine de maisons.
La dernière tornade en date en Meurthe-et-Moselle remontait au 10 mai 2016, sur la commune des Baroches.

Le phénomène a été photographié et filmé par plusieurs témoins. Une enquête est ouverte afin de reconstituer la trajectoire du phénomène et déterminer son intensité.

Ci-dessous deux captures d'une vidéo prise côté français :



Ci-dessous la tornade lors de son passage sur Pétange (Luxembourg) :


Cette tornade, de nature supercellulaire, s'est formée directement sous le mésocyclone d'une supercellule active, qui s'est initiée vers 15h00 sur le département de la Marne. Circulant initialement en proche périphérie nord d'une supercellule HP vigoureuse, sa structure a commencé à se stabiliser aux environs de 16h45, lors de son entrée sur le département de la Meuse. Elle a ensuite débuté une phase d'intensification rapide une vingtaine de minutes plus tard, peu après 17h00, en approchant de la Meurthe-et-Moselle. Sa structure est alors bien dessinée, avec présence d'un crochet net dans les réflectivités radar sur son flanc sud, et de très forts échos au sein du courant descendant avant. Sa phase tornadique s'est déclenchée à la fin du pic d'activité de la supercellule, entre 17h30 et 17h45, avant sa destructuration progressive.

Les deux images radar ci-dessous illustrent la position de la supercellule à 17h30 et 17h45 locales, par pas de 15 minutes :

Image radar du 6 août 2019 à 17h30 locales. La supercellule est cerclée en rouge.


Image radar du 6 août 2019 à 17h45 locales. La supercellule est cerclée en rouge.


L'animation ci-dessous présente l'évolution de la cellule orageuse entre 16h00 et 18h00 locales :



Cette supercellule s'est formée au cours d'un épisode orageux de grande ampleur, qui s'est organisé dans l'après-midi du 9 août au sein d'un très rapide flux de sud-ouest. La situation synoptique était en effet marquée par la présence d'un courant-jet très rapide étiré depuis le large du Portugal jusqu'à la Mer du Nord, avec des pointes à plus de 240 km/h vers 10.000 mètres d'altitude (250 hPa), comme l'illustre la carte ci-dessous à gauche, issue du modèle WRF-NMM 10 km. De l'air très chaud et fortement chargé en humidité remontait dans ce flux jusqu'au quart nord-est de la France, avec des thêta'w supérieures à 20°C à 850 hPa (ci-dessous à droite) :

Cette langue d'air tropical s'est avérée fortement instable, avec des valeurs de MUCAPE souvent supérieures à 2000 J/kg et des MULI proches de -5 K (ci-dessous à gauche la simulation du WRF-ARW 5 km de Keraunos). Outre une ondulation du courant-jet qui a favorisé les ascendances synoptiques sur le nord-est de la France en cours d'après-midi, un forçage bien structuré s'est constitué en basses couches au sein de cet environnement instable. Celui-ci a pris la formation d'un axe de convergence préfrontal, bien identifiable de la Nièvre au Luxembourg en fin d'après-midi (ci-dessous à droite) :

C'est au sein de cet axe de convergence que la tornade s'est formée. Sa genèse a été rendue possible par la présence de noyaux de forte hélicité sur ce secteur, autant sur 0-3 km que dans les très basses couches (0-1 km) :