Crues exceptionnelles suite aux orages et à un épisode pluvieux remarquable sur le nord du pays

Le château de Chambord inondé le 1er juin - Photo pour l'AFP de Ludovic Lutot


Après les orages des 28 et 29 mai et le retour pluvieux, des crues exceptionnelles

Après la semaine perturbée que vient de connaître la France : épisode orageux virulent le 28 mai puis retour pluvio-orageux exceptionnel les 29 et 30 mai, les crues, lentes, qui se sont développées sur le centre du pays se propagent vers l'aval.

Ainsi, le Loing, affluent rive gauche de la Seine a connu une crue exceptionnelle, dépassant la crue historique de 1910 sur l'ensemble de son linéaire. Son bassin a reçu en quelques jours une lame d'eau supérieure à 100 mm.

Les communes de Montargis, Nemours et Episy (entre autres) entre Loiret et Seine-et-Marne ont subi de sérieuses inondations. Les hydrogrammes de crues ci-dessous à Châlette-sur-Loing (amont du cours d'eau) et à Nemours (aval) témoignent de l'ampleur de la crue :


Les deux clichés (Instagram) suivants illustrent la situation sur les communes de Montargis dans le Loiret (à gauche) et de Nemours en Seine-et-Marne (à droite) les 1er et 2 juin :



Le bassin de la Seine est également fortement impacté par les crues. Elles sont généralisées sur une bonne partie de l'Ile-de-France. Les apports du Loing, de l'Yonne, de la Marne aval et de tous les affluents secondaires contribuent à gonfler significativement les débits sur la Seine moyenne, jusqu'à Paris.
Les hydrogrammes de crues de la Seine à Melun (77) et à Corbeil-Essonnes (91) montrent que la crue en cours atteint ou dépasse la crue de référence de 1982 mais reste loin de la crue de 1910 :


Plusieurs communes ont été inondées en Seine-et-Marne, ici la ville de Melun :




A Paris, le maximum de la crue est en cours les 3 et 4 juin à près de 6,10 mètres, soit juste derrière la crue de référence de janvier 1982. Le zouave du pont de l'Alma a plus que les pieds dans l'eau. Les quais sont inondés, la navigation interrompue et des inondations sont observées :

  • Près de la place du Châtelet - Denis Allard / REA pour Le Monde

  • Près du Pont-Neuf - Denis Allard / REA pour Le Monde

  • Au Musée du Louvre - Denis Allard / REA pour Le Monde

  • Une des voies sur berges - Denis Allard / REA pour Le Monde

  • Le square du Vert-Galant, sur l'île de la Cité - Denis Allard / REA pour Le Monde

  • Vue sur la Tour Eiffel - Denis Allard / REA pour Le Monde

  • Près du pont de Bir-Hakeim - Denis Allard / REA pour Le Monde

  • Inondations des quais - Denis Allard / REA pour Le Monde



On notera enfin que les bassins du Cher, de la Sauldre, de l'Indre aval et tous les cours d'eau du Loiret, des Yvelines (Mauldre) ont connu des crues importantes. Dans l'ouest du Centre, ce sont les cours d'eau affluents du Cher (Rère et Sauldre à Romorantin) et le Cher lui même qui connaissent des crues très importantes. Le maximum à Tours est attendu samedi 5 juin à près de 5 m :


Inondations au sud de Blois dans le Loir-et-Cher (photo Guillaume Souvant/AFP) :




Quelle est l'origine de ces crues remarquables ?

En liaison avec l'épisode orageux du 28 mai, une dépression s'est creusée entre Suisse et Allemagne le dimanche 29 mai. Cette dernière est revenue par le Benelux en début de semaine du 30 mai en générant un retour d'air chaud en basse couche entre les frontières belges, la région parisienne et le Centre.

Plusieurs salves pluvio-orageuses successives ont ainsi concerné les zones proches des frontières belges, l'Ile-de-France, le Centre, la Normandie et une partie de la Bourgogne. 

Les champs du modèle WRF 7 km présentés ci-dessous montrent l'évolution de la situation les 30 et 31 mai 2016. On distingue sur les deux animations suivantes le retour d'air chaud dans les basses couches de l'atmosphère durant 48h depuis l'Allemagne et le Benelux. Les profils verticaux sont de fait particulièrement humides à moyenne altitude (animation de droite) et de fait propices à des pluies durables et parfois fortes.

Etat de la masse d'air (thêtaE) à gauche et humidité à 700 hPa (3000 m d'altitude) à droite pour le 30 et 31 mai 


Au cours de ces deux journées, l'atmosphère ne s'est révélée que faiblement instable. La plus forte instabilité est restée cantonnée hors de nos frontières comme l'illustrent les deux champs d'instabilité suivants. Néanmoins, quelques coups de tonnerre ont été observés au nord de la Seine.

Instabilité de la masse d'air (MUCAPE et MULI) à gauche et Indice de Showalter à droite


Conformément aux observations, entre ce lundi 30 et mardi 31 mai, le modèle WRF envisageait entre 40 et 60 mm de pluie, localement jusqu'à 70 à 80 mm avec un maximum durant cette période sur l'Ile-de-France. De tels cumuls de pluie sont remarquables à Paris, d'autant qu'ils s'ajouteront à ceux déjà observés le 29 mai et la nuit suivante et à ceux prévus le reste de la semaine. 



Un mois de mai record

Après cet épisode pluvieux particulièrement bien prévu (globalement 40 à 70 mm sur l'axe modélisé), les cumuls de pluie relevés en mai 2016 sur le nord du pays sont parfois exceptionnels.
Plusieurs stations météorologiques battent ainsi leurs records mensuels de précipitations :