Les dix premiers jours de ce mois de décembre 2013 n’ont connu aucun orage sur la France. 

 

Un déficit d’instabilité remarquable

La première décade de décembre a contrasté de manière assez spectaculaire avec la période qui a couru entre début octobre et mi-novembre. Au cours de ces quelques semaines, l’activité orageuse avait en effet été soutenue et anormalement forte sur la France, avec une série d’épisodes convectifs actifs et parfois étendus. Un très grand nombre de tornades a d’ailleurs été recensé à cette occasion (15 cas en moins de 6 semaines).


C’est aux environs du 20 novembre que cette période orageuse a pris fin, suite à la mise en place de conditions fortement anticycloniques sur l’Europe de l’ouest. Les profils verticaux se sont alors stabilisés et cette tendance stable s’est confirmée et accentuée début décembre.

Le bilan de la première décade de décembre se trouve ainsi exceptionnellement stable, par suite d’une persistance remarquable de conditions anticycloniques sur la France et de profils régulièrement caractérisés par de fortes inversions dans les basses couches. Il en résulte un déficit de MUCAPE moyenne sur la France de 99% et un excédent de MULI de 4,5 K (l’instabilité est d’autant plus faible que le MULI est élevé).

C’est tout particulièrement le nord et le nord-ouest du pays qui ont été concernés par les plus fortes anomalies stables, comme l’illustre la carte ci-dessous (anomalie de MULI, exprimée en degrés K, entre le 1er et le 10 décembre 2013) :

 

Anomalie du MULI (K) du 1er au 10 décembre 2013. (c) NCEP / KERAUNOS

 

On remarque que la France a été concernée durant cette décade par la deuxième plus forte anomalie stable du globe, la plus marquée étant située sur le Pacifique nord-est, au large du Canada et de l'Alaska.

Sur notre pays, il faut remonter à 2001 pour retrouver une situation approchante en termes d’anomalie stable à cette période de l'année. Mais la situation de cette première décade de décembre 2013 n’a pas d’équivalent depuis la fin des années 1940 sur la France et constitue, de fait, le nouveau record décadaire de stabilité pour cette période de l’année.

 

Pourquoi cette stabilité anormale ?

La configuration synoptique qui a prédominé durant cette première décade de décembre s’est illustrée par la conjonction d’un puissant anticyclone au niveau du sol et d’une dorsale d’altitude très solide et bien alimentée en air chaud à l’étage moyen. Ces deux anomalies anticycloniques, au sol et en altitude, se distinguent aisément sur les deux cartes ci-dessous, qui illustrent la moyenne décadaire de la pression réduite au niveau de la mer et de la température à 500 hPa (superposée aux isohypses moyennes).

 

Pression moyenne (réduite au niveau de la mer) du 1er au 10 décembre 2013. (c) NCEP / KERAUNOS    Température et isohypses moyennes à 500 hPa du 1er au 10 décembre 2013. (c) NCEP / KERAUNOS
Pression moyenne et température moyenne à 500 hPa entre le 1er et le 10 décembre 2013.

 

Cette association de hautes pressions au sol et d’un flux anticyclonique (conséquemment chaud) en altitude conduit à une forte subsidence et à une stabilisation marquée des profils verticaux. La formation de la convection dans ce type de contexte s’en trouve fortement contrariée, générant une activité orageuse inexistante. Le caractère remarquable de cette première décade de décembre tient à la persistance de ces conditions durant toute la période.

 
 

A quand le retour des orages ?

Même si plusieurs thalwegs vont balayer la France entre samedi 14 et mercredi 18 décembre prochains, ils ne devraient pas parvenir à s’enfoncer suffisamment vers le sud pour autoriser de franches dégradations convectives sur la France. En effet, le jet d’altitude continuera de circuler plus haut en latitude, entre les îles britanniques et le Benelux.

A compter du 18 ou du 19 décembre, un changement plus marqué pourrait s’opérer sur la France. Les signaux deviennent effectivement plus francs concernant le retour de masses d’air plus froides en altitude et donc plus instables. Les trois cartes présentées plus bas, issues de l’ensembliste du modèle GFS, témoignent d’une possible reprise du flux perturbé d’ouest avec l’affaissement des hautes pressions sur la France.

La circulation cyclonique pourrait en effet s’enfoncer davantage vers le sud comme le suggère la moyenne des 20 scénarios de GFS concernant le vent à 250 hPa (à gauche). En liaison avec la circulation de thalwegs d’altitude modérément dynamiques, la masse d’air pourrait se refroidir notablement à l’étage moyen (500 hPa) comme le montre la moyenne des 20 scénarios (carte du milieu). Ainsi, une déstabilisation des profils verticaux réapparaîtrait alors plus franchement. La probabilité d’observer des indices de soulèvement négatifs croîtrait alors plus significativement au-dessus de 20% sur un tiers ouest du pays (carte de droite).
En conséquence, le retour d’un flux perturbé, propice au développement de régimes de traîne convectifs, semble probable en fin de deuxième décade ou début de troisième décade de ce mois de décembre. Les signaux émis par les modèles numériques à long terme tendent ainsi à confirmer le retour de risques orageux, même faibles, d'ici 5 à 7 jours.

 

GEFS - moyenne des 20 scénarios de GFS - vent à 250 hPa pour le 19 décembre à 00z    GEFS - moyenne des 20 scénarios de GFS - température à 500 hPa pour le 19 décembre à 12z    GEFS - moyenne des 20 scénarios de GFS - probabilité de SBLI < 0K pour le 19 décembre à 00z
Cartes de GEFS (moyenne des 20 scénarios de GFS) - run de 6h TU du 13 décembre 2013