Un thalweg d'altitude très dynamique circule sur la France les 26 et 27 avril, pilotant un front froid particulièrement actif

 

Un front froid très actif balaie l'est de la France

La situation synoptique des 26 et 27 avril s'est montrée particulièrement dynamique, se traduisant par une frontogénèse active sur l'est de la  France.
Un vaste thalweg d'altitude s'isolant lentement en cut-off s'est creusé sur le proche Atlantique avant d'entrer sur l'ouest de la France. Ce dernier a drainé de l'air très froid à l'étage moyen (Fig.1), redressant ainsi le flux au secteur sud/sud-ouest en altitude.
Au moment le plus froid de la journée du 27 avril, soit à 07h TU, le gradient de thêta'w à 850 hPa (Fig.2) s'est montré remarquablement resserré, dessinant parfaitement bien la limite frontale ondulante positionnée entre les Pyrénées, le Massif-Central et le nord-est de la France.
A l'avant, dans l'air doux, des précipitations convectives, rarement orageuses, ont pu se développer à l'est du Rhône, à la faveur de vitesse verticales significatives à l'amont immédiat du forçage d'altitude. A l'opposé, un régime de traîne orageux s'est développé dans l'air plus froid sur un tiers ouest de la France. Enfin, au sein même du front froid, quelques cellules convectives ont pu éclore en soirée du 26 avril. Avec l'arrivée de l'air froid, les profils verticaux se sont stabilisés le 27 mais la situation est restée propice à des phénomènes d'isothermie abaissant la limite pluie-neige jusque vers 500 m d'altitude.
 

        
 
Fig 1 : champ de température à 500 hPa pour 10h TU - Fig.2 : champ de thêta'w à 850 hPa pour 07h TU
Modèle WRF 8km - Run du 26 avril 2013 - 00z
 

Des températures exceptionnellement froides à 500 hPa

Comme le montre le champ WRF présenté en Fig. 1, la goutte froide qui circule ce 27 avril sur l'ouest du pays a présenté en son coeur une température de -35°C à 500 hPa. Une température aussi basse à 500 hPa ne présente aucun précédent pour un 27 avril sur l'ouest de la France depuis plus de 60 ans.
Si l'on considère la dernière décade d'avril dans son ensemble, il faut remonter à 1995 pour trouver des températures plus froides à 500 hPa sur ces régions. Un décrochement d'air polaire aussi marqué en altitude est donc particulièrement rare sur la France en cette période de l'année.
 

Une simulation satellite très proche de la réalité

L'analyse de l'imagerie satellite vapeur d'eau met clairement en évidence la circulation d'un vaste thalweg, associé à une profonde anomalie basse de tropopause. L'advection d'air sec se montre significative jusqu'à l'étage moyen, alors qu'à l'avant, au sein du front froid, les ascendances synoptiques sont favorisées par une configuration fortement divergente en entrée droite de courant-jet.

La simulation d'image satellite réalisée grâce au modèle WRF 24 km (Fig. 3) reflète remarquablement bien la réalité (Fig. 4). La limite frontale est effectivement bien dessinée sur l'est de la France, tandis qu'à l'opposé l'advection de contenus en vapeur d'eau plus faibles est identifiable sur l'ouest du pays. Cette simulation illustre également l'activation du régime de traîne sur la Bretagne d'une part et de la Normandie au centre-ouest d'autre part. Enfin, le bord d'attaque de l'anomalie d'altitude est bien visible sur les Pyrénées (entre France et Espagne), autant sur la simulation du modèle WRF que sur l'image satellite réelle.
 
   
Fig 3 : champ de simulation satellite vapeur d'eau pour 9h TU - Fig.4 : image satellite vapeur d'eau réelle à 8h TU (West Cheschire College)
Modèle WRF 24km - Run du 26 avril 2013 - 00z