Le 12 février 2016, vers 10h00 locales, une tornade de très faible intensité (EF0), frappe la partie sud de la commune de Barbezieux-Saint-Hilaire, dans le département de la Charente. Le phénomène, qui a été vu par les habitants, a causé des dommages peu sévères. 
 

Principales caractéristiques de la tornade

Localisation de la tornade EF0 de Barbezieux-Saint-Hilaire (Charente) du 12 février 2016* intensité maximale : EF0 soit des vents estimés entre 105 et 135 km/h
* distance parcourue : 200 mètres (distance minimale certaine)
* largeur moyenne : 30 mètres

* commune traversée : BARBEZIEUX-SAINT-HILAIRE (rue de la République, impasse Saint-Eloi)
* département : CHARENTE (16)
* altitude moyenne du terrain : 95 mètres
* type de terrain : tissu urbain discontinu ; terres arables hors périmètres d'irrigation

* principaux dégâts : tuiles déplacées, un coffre de piscine soulevé du sol et projeté à une centaine de mètres, des tôles arrachées et projetées à distance, un portail sorti de ses gonds, un prunier couché au sol, une haie couché, une murette endommagée, un chapeau de cheminée arraché
 
NB : l'intensité des tornades est déterminée sur l'échelle EF augmentée. Cette version de l'échelle EF, mise en place par KERAUNOS depuis 2009, ajoute aux critères américains une série de spécificités propres à l'habitat européen.
 

Trajectoire de la tornade

 Cliquer sur la carte suivante pour l'agrandir :
 
Tornade EF0 de Barbezieux-Saint-Hilaire (Charente) du 12 février 2016. Trajectoire présumée de la tornade. Points rouges : autres dégâts observés en périphérie. © Keraunos (fond de carte : Géoportail)
© Keraunos (fond de carte : Géoportail)
 

Un "entonnoir de la taille d'une voiture"

Les investigations menées par Keraunos suite à cet événement, appuyées sur un rapport publié par le quotidien Sud-Ouest, sur des témoignages de riverains, et sur des éléments recueillis par Lionel Degremont suite à une enquête de terrain, confirment un phénomène de tornade peu intense et bref au sud de Barbezieux-Saint-Hilaire, dans le quartier Saint-Eloi.
 
Le témoignage de Fabien Rotoloni, résidant rue de la République, est incontestable : «J'ai entendu un gros bruit sourd. J'ai regardé par la fenêtre. Au-dessus de la rue de la République, il y avait comme un entonnoir de la taille d'une voiture. L'eau qui était sur la route, était aspirée. J'ai compris qu'il s'agissait d'une tornade » [Sud-Ouest du 13 février 2016].
 
Le tourbillon, qui traverse au moins deux propriétés, provoque de menus dégâts : quelques tuiles arrachées, un portail sorti de ses gonds, un coffre de piscine aspiré et projeté à une centaine de mètres et une tôle repliée sur la couverture d'un abri pour voiture.
 
La tornade traverse ensuite la rue de la République, puis survole l'impasse Saint-Eloi et endommage encore deux propriétés. Dans l'une, un prunier est couché par le vent et des plaques d'Everite sont détachées de la couverture d'un hangar. Le pare-brise d'un fourgon vole en éclats. Dans l'autre, quelques tuiles sont détachées sur l'arête de la toiture d'une habitation, une haie est couchée et une murette endommagée. On aperçoit encore une tôle du hangar voisin accrochée dans un arbre. Compte tenu des dommages observés, la tornade de Barbezieux-Saint-Hilaire est classée EF0 sur l'échelle de Fujita améliorée.
 
Au-delà de ce périmètre, et dans l'axe parcouru par le tourbillon, aucun dégât n'a pu être identifié. Toutefois, au Nord-Est de l'impasse Saint-Eloi, on observe quelques tuiles soulevées dans le périmètre de la rue et du chemin des Pilards. Ces dégâts périphériques peuvent être la conséquence du comportement anarchique de cette tornade, conséquence de sa très faible intensité et du contexte chaotique de sa formation (voir plus bas).
 
Enfin, d'autres dégâts isolés et de très faible intensité ont pu être observés dans l'axe parcouru par la cellule orageuse à l'origine de la tornade de Barbezieux-Saint-Hilaire : le long de la route de la Cigogne, ainsi que dans un verger situé à la Maison Neuve, commune de Barret, à 6 kilomètres au Nord-Ouest du quartier Saint-Eloi. Ces dommages ne peuvent toutefois pas être associés à la tornade de Barbezieux de façon certaine, car aucun axe de convergence n'a pu être clairement identifié dans cette zone.
 
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Les photographies suivantes montre quelques-uns des dégâts occasionnés par la tornade (4 premiers clichés). Les deux derniers clichés illustrent des dégâts périphériques et d'autres dégâts venteux indéfinis au Nord-Ouest de Barbezieux :
 

Tornade EF0 de Barbezieux-Saint-Hilaire (Charente) du 12 février 2016. Tôle retournée sur un abri à voiture. © Lionel Degremont     Tornade EF0 de Barbezieux-Saint-Hilaire (Charente) du 12 février 2016. Quelques tuiles arrachées (replacées avant la prise de vue) et chapeau de cheminée arraché. Vue prise de la rue de la République (côté pair) en direction de l'Ouest. © Lionel Degremont
© L. Degremont
 
Tornade EF0 de Barbezieux-Saint-Hilaire (Charente) du 12 février 2016. Tôles d'un hangar arrachées. Tuiles arrachées sur l'arête d'une toiture (replacées avant la prise de vue). Vue prise de l'impasse Saint-Eloi en direction de l'Ouest. © Lionel Degremont     Tornade EF0 de Barbezieux-Saint-Hilaire (Charente) du 12 février 2016. Toitures faiblement endommagées de part et d'autre de la rue de la République. Vue prise de l'impasse Saint-Eloi en direction de l'Ouest. © Sud-Ouest
© L. Degremont / Sud-Ouest
 
Quelques tuiles déplacées par le vent près de la rue des Pilards, à Barbezieux-Saint-Hilaire (phénomène venteux indéfini). © Lionel Degremont     Quelques branches d'arbres brisées dans un verger, le long de la D731, à hauteur de la Maison Neuve (commune de Barret), à 6 kilomètres au Nord-Ouest de Barbezieux-Saint-Hilaire (phénomène venteux indéfini). © Lionel Degremont
© L. Degremont
 

Analyse des conditions météorologiques

La tornade de Barbezieux-Saint-Hilaire s'est développée dans la partie sud d'un système convectif de petite dimension, à tendance linéaire, qui s'est constitué le long d'une limite frontale à caractère de front froid.
 
Ce front a circulé en sortie gauche d'une puissante branche de courant-jet (ci-dessous à gauche) et est identifiable dans le Golfe de Gascogne à 06h TU (07h00 locales), sur le champ ci-dessous à droite (thêtaE à 850 hPa et pression réduite au niveau de la mer)  :
 
Vent moyen 250 hPa et Z250, le 12 février 2016 à 06h TU. Données réanalyses NOAA/ESRL. © KERAUNOS        Vent moyen 250 hPa et Z250, le 12 février 2016 à 06h TU. Données réanalyses NOAA/ESRL. © KERAUNOS
 
 
L'environnement préfrontal est instable, comme l'illustrent les valeurs de MUCAPE et de MULI :
 
MUCAPE, le 12 février 2016 à 06h TU. Données réanalyses NOAA/ESRL. © KERAUNOS        MULI, le 12 février 2016 à 06h TU. Données réanalyses NOAA/ESRL. © KERAUNOS
 
 
C'est aux environs de 08h00 locales que les premiers impacts de foudre sont détectés au large de la Charente-Maritime, sous un noyau convectif en phase d'intensification rapide. Celui-ci balaie ensuite le sud de l'île d'Oléron et entre dans les terres à la hauteur de la Tremblade. Il produit une activité électrique encore soutenue durant les 20 minutes qui suivent, jusqu'aux environs de 09h15, tout en se dirigeant vers Saintes. ll perd ensuite son caractère orageux, mais continue à présenter plusieurs noyaux de forte réflectivité lors de son entrée en Charente. C'est en périphérie sud de cette portion active que la tornade s'est formée, dans une zone soumise à de forts cisaillements par suite de l'infléchissement de la ligne convective, conduisant à son morcellement et à sa rupture partielle.
 
Ce n'est donc pas une cellule convective très active qui a donné naissance à cette faible tornade ; celle-ci est davantage la résultante d'un renforcement local des cisaillements de basses couches (misocyclone transitoire). Ce point est corroboré par l'image satellite ci-dessous, qui présente la situation le 12 février à 10h00 locales, soit à l'heure de la tornade. Les développements convectifs à l'origine du phénomène, cerclés en rouge, ne présentent pas de dynamisme marqué, contrairement aux cellules situées immédiatement au nord :
 
Image satellite canal visible du 12 février 2016 à 10h00 locales. La cellule à l'origine de la tornade est cerclée en rouge.
 
 
Le radiosondage effectué à Bordeaux à 13h00 locales est le plus proche, géographiquement et temporellement, de la zone et de l'heure de formation de la tornade. Celui-ci confirme un environnement bien instable jusqu'à 5,5 km d'altitude (500 hPa), avec une MUCAPE de 286 J/kg et un MULI de 0 K. De fortes advections sèches ressortent à l'étage moyen, dans un contexte très cisaillé en profondeur (34 m/s). L'hélicité de basses couches est faible, mais Bordeaux se situait alors dans la traîne ; le profil venteux de basses couches n'est donc pas représentatif de la situation du milieu de matinée au niveau du passage frontal qui a concerné Barbezieux-Saint-Hilaire.
 
Radiosondage de Bordeaux, le 12 février 2016 à 12h TU. © KERAUNOS