Un épisode orageux sévère de longue durée a touché la France entre le 16 et le 20 juin 2013. De nombreuses supercellules, une tornade d'intensité EF3 et des chutes de grêle parfois supérieures à 5 cm de diamètre ont été observées.

 
Impact nocturne dans le Jura le 19 juin 2013. Crédit photo : Vincent DELIGNY
Impact nocturne dans le Jura le 19 juin 2013. Crédit photo : Vincent DELIGNY
 
 

Un épisode orageux lié à une situation modérément dynamique

Durant cette période de cinq jours, l'est de la France a connu une vague de chaleur. Cet air très chaud et potentiellement très instable a été advecté par un minimum d'altitude qui s'est isolé au large de l'Espagne avant de lentement remonter vers le sud de la France le 19 juin 2013. Durant 5 jours, le pays s'est retrouvé plongé au coeur d'une configuration synoptique chaude et très orageuse. Une succession de forçages, qui ont balayé quotidiennement la France, comme en témoignent les cartes ci-dessous (tourbillon à 500 hPa et jet à 250 hPa), ont permis l'éclosion et l'organisation de la convection profonde, qui s'est parfois montrée sévère. 

 
Tourbillon relatif et isohypses à 500 hPa, les 16, 17, 18, 19 et 20 juin 2013 à 17h locales. Modèle WRF 16 km Europe. (c) KERAUNOS     Vent à 250 hPa, les 16, 17, 18, 19 et 20 juin 2013 à 17h locales. Modèle WRF 16 km Europe. (c) KERAUNOS
Tourbillon relatif et isohypses 500 hPa (à gauche) et vent à 250 hPa (à droite) : du 16 au 20 juin à 15Z . Modèle WRF 16 km France. (c) KERAUNOS
 
 
La masse d'air en présence, d'origine tropicale, a été caractérisée par une instabilité latente extrême. Les valeurs de MUCAPE ont ainsi pointé certains jours à plus de 4.000 J/kg (voir les champs ci-dessous), avec des indices de soulèvement très abaissés (< -12 K). Cette très forte instabilité a permis l'éclosion d'orages supercellulaires intenses, dotés d'un fort potentiel grêligène et pluvieux. Les valeurs de thêta'w à 850 hPa se sont révélées remarquables, surtout en fin de période.
 
 
MUCAPE les 16, 17, 18, 19 et 20 juin 2013 à 17h locales. Modèle WRF 8 km Europe. (c) KERAUNOS     Thêta'w 850 hPa les 16, 17, 18, 19 et 20 juin 2013 à 17h locales. Modèle WRF 8 km Europe. (c) KERAUNOS
MUCAPE (à gauche) et thêta'w 850 hPa (à droite) : du 16 au 20 juin à 15Z Modèle WRF 8 km France. (c) KERAUNOS
 
 

Principaux événements orageux observés durant l'épisode

Le 16 juin :
 8 supercellules ont évolué entre le nord de l'Auvergne et la Bourgogne, dont 6 abouties et 4 en activité simultanée.
 des chutes de grêle de 2 à 4 cm ont été relevées sur le Puy-de-Dôme ou la Nièvre.
 une rafale convective de 102 km/h a été enregistrée à Riom dans le Puy-de-Dôme sous une supercellule en soirée.
 dans la nuit du 16 au 17 juin, une dégradation marquée gagne l'ouest de la France. Des structures supercellulaires lâchent des grêlons de 4 à 5 cm entre l'Indre-et-Loire (secteur de Vouvray), les Deux-Sèvres, en Charente-Maritime (secteur de Rochefort) et la Vendée. Quelques chutes de grêle plus modestes mais supérieures à 2 cm sont également observées ailleurs en Pays-de-la-Loire, Centre ou Ile-de-France.
en savoir plus sur les orages du 16 juin 2013
 
Crédit photo : Florian LEFEBVRE
 
Crédit photo : Eric TARRIT
 
Crédit photo : Samuel DESMARCHAIS
 
Le 17 juin :
 en fin nuit du 16 au 17 juin et en matinée du 17, des chutes de grêle de 2 à 5 cm endommagent sévèrement des parcelles agricoles et viticoles dans l'ouest de la France (cf. ci-dessous).
 dans l'après-midi, une structure convective très puissante migre depuis l'Atlantique vers le sud du Morbihan. Des chutes de grêle atteignant 3 à 4 cm provoquent des dommages dans le sud du département.
 en soirée et première partie de nuit, l'activité convective reprend plus à l'est. Une système orageux multicellulaire arqué (bow echo) génère des chutes de grêle et des rafales convectives à 100 km/h entre la Nièvre et l'Yonne.
en savoir plus sur les orages du 17 juin 2013
 
Crédit photo : Thibault CORMIER
 
Crédit photo : Kévin HUMBLOT
 
Le 18 juin :
 des pluies orageuses abondantes (entre 80 et 160 mm) tombent sur les Pyrénées occidentales et centrales jusqu'en Aquitaine. Associées à la fonte des neiges en montagne, ces pluies génèrent des crues exceptionnelles sur les bassins du Gave de Pau, des Nestes et de la Garonne amont. Les débits observés sont pour certains centenaux.
 en fin de journée, malgré une instabilité très modérée, un forçage périphérique génère un soulèvement suffisant pour qu'un puissant système convectif arqué (bow echo) balaie l'Ariège, la Haute-Garonne, le Tarn-et-Garonne, le Lot et la Corrèze. Des rafales proches de 100 à 110 km/h sont relevées à Toulouse ou dans le Lot. Des chutes de grêle de 2 à 4 cm sont observées. Les lames d'eau sont faibles sur 1h mais très importantes sur 15 minutes (10 à 25 mm environ).
 la nuit suivante, l'activité orageuse reprend plus à l'est et au nord. Quelques chutes de grêle proches de 2 cm sont relevées entre la Bourgogne et la Champagne mais également sur l'Ile-de-France.


Le 19 juin :
 de nombreux dégâts venteux sont à signaler entre Bourgogne et Champagne, où des rafales de 130 à 160 km/h ont été relevées. Une microrafale a touché le secteur de Chamblanc (21) en deuxième partie de nuit.
La station Météo-France de Chamblanc-Seurre a relevé une rafale de136 km/h alors que la station de Chaumont-Semoutiers a enregistré une valeur de 159 km/h. D'autres dégâts dus au vent sont signalés en Saône-et-Loire, dans le sud Côte-d'Or, en Lorraine ou en région parisienne. Une macrorafale a balayé le nord-ouest de la Côte-d'Or en fin d'après-midi.
 une tornade d'intensité EF3 balaie Etrochey et Montliot-et-Courcelles en fin d'après-midi. Elle provoque des dégâts très importants et un blessé léger.
 la région parisienne a été balayée par un écho en arc qui s'est constitué depuis le nord de la région Centre dans l'après-midi. Des rafales convectives proches de 100 km/h ont ainsi été relevées sur les aéroports de Roissy ou du Bourget.
 des chutes de grêle de 3 à 6 cm de diamètre ont été observées par une équipe mobile de l'Observatoire dans l'Yonne et en Haute-Marne sous des structures supercellulaires.
 des lames d'eau très importantes, de 50 à 100 mm ont été fréquemment relevées en raison de la succession d'orages toute l'après-midi, soirée et nuit suivante. La Bourgogne a plus particulièrement été touchée.
 
Chute de grêle observée sous la supercellule tornadique en Côte-d'Or
 
Crédit photo : David BELLIER
 
Crédit photo : Kévin LECLERCQ
 
Crédit photo : Vincent DELIGNY
 
Crédit photo : Vincent DELIGNY
 
Crédit vidéo : Christophe FERRE (orage supercellulaire dans l'Yonne)
 
Un témoignage de P. TOGY fait état de la virulence des orages en Bourgogne dans la nuit du 19 au 20 juin : "sur l'autoroute aux environs de Til-Chatel, phénomène de perte de visibilité brusque (plus de vue sur les feux d'un camion à 70m, écran gris sur le pare-brise, pluie diluvienne et soudaine, épaisseur d'eau sur la chaussée entre 5 et 10 cm). Cela a duré 1 min puis calme soudain (plus de rafales), puis à nouveau un phénomène du même type; légèrement moins violent.
Sur cinq kilomètres, sensation de phénomène "cyclonique", camion lourdement chargé (entre 15 et 17 T) qui rippe "tout" seul. Je n'ai jamais rien connu de tel, vitesse du camion vers 50 km/h dans la bourrasque, vers 70 - 80 dans la flaque spectaculaire. Plusieurs voitures en grande difficulté dans le phénomène, de nombreux véhicules arrêtés, y compris les véhicules lourds sur l'autorute A 31, direction sud, Til-Chatel"
 
 
Le 20 juin :
 des orages grêligènes, dépassant ponctuellement 5 cm de diamètre balaient la Savoie, la Haute-Savoie puis la Suisse et le Jura. Ils provoquent des dégâts parfois significatifs. Ils s'accompagnent de rafales convectives très isolées.
 des dégâts venteux légers sont observés en Alsace, où des rafales convectives de 90 à 100 km/h sont fréquemment enregistrées, notamment dans le Bas-Rhin.
 
Crédit photo : Julien WERCKMANN - arcus à Niederbronn