Au moins 4 trombes ont été observées en une vingtaine de minutes, le 10 novembre 2010, à proximité immédiate des îles de Port-Cros et du Levant sur la commune de Hyères (Var), entre 07h10 et 07h30 locales.

 
Ces trombes marines ont été générées par une supercellule particulièrement bien structurée, que les échos radar apparentent à une variante HP. Cette dernière a persisté plus de deux heures en mer, en produisant un écho en crochet exceptionnellement bien dessiné. La précédente trombe supercellulaire recensée sur les côtes françaises remonte au 16 juillet 2009 (trombe de Sainte-Adresse).
 
 

Photographies du phénomène

Les trombes ont été photographiées par deux témoins postés à proximité de Hyères.

Une première trombe a été observée, vers 07h15 locales, à proximité de Porquerolles. Simultanément, une seconde trombe, massive et vraisemblablement issue directement du mésocyclone de la supercellule, est photographiée au large de l'île de Port-Cros (cf ci-dessous). La supercellule achève alors sa phase de formation, initiée environ 30 minutes plus tôt en bordure sud-est d'un système convectif déstructuré.


Le cliché ci-dessous témoigne d'une structure de vortex particulièrement vigoureuse et rarement observée avec autant de consistance au large de nos côtes françaises. On note un buisson dense ainsi que deux possibles amorces de tubas secondaires sur le flanc gauche du tourbillon principal.

 


crédit photo : Frédéric CAPOULADE

 


crédit photo : Frédéric CAPOULADE

 

Peu après, cette trombe se déstructure avant de reprendre un peu de consistance en frôlant l'île de Port-Cros, entre la Pointe de la Galère et la baie de Port-Man. Un contact avec le sol n'est pas exclu, mais n'a pu être établi avec certitude pour le moment :


crédit photo : Frédéric CAPOULADE

 


crédit photo : Frédéric CAPOULADE

 

Une seconde trombe a également été observée à proximité immédiate de La Londe-les-Maures :


crédit photo : pattulacci 83

 

D'autres brèves trombes périphériques ont également été signalées. Il n'est pas exceptionnel, en effet, qu'un mésocyclone génère directement une trombe ou une tornade, et que d'autres phénomènes tourbillonnaires périphériques parviennent à se former par ailleurs (gustnados par exemple, ou trombes secondaires).

 

Image radar

La supercellule, cerclée de rouge ci-contre sur l'image radar de 08h locales (source wetter24.de), a présenté des caractéristiques supercellulaires durant environ 2 heures, avec une phase de maturité particulièrement nette durant 35 à 40 minutes. Le mésocyclone est passé au zénith de l'île du Levant vers 07h30 locales.

L'activité électrique détectée par Météorage a été soutenue durant toute la phase de formation de la supercellule, et plus particulièrement concentrée dans la zone affectée par les courants descendants avant, soit au nord et au nord-est du mésocyclone. Les polarités observées sont essentiellement négatives.

 

 

Contexte météorologique

Les trombes se sont formées à l'avant immédiat d'un axe de thalweg d'altitude, au sein d'une masse d'air fortement instable et affectée par des cisaillements modérés en basses couches.

L'analyse des champs du modèle WRF 8km valables pour le 10 novembre à 06h TU, dans son run du 09.11.2010 à 06Z, montre bien cette présence simultanée d'une instabilité marquée (MUCAPE > 1000 J/kg et MUCIN < 40 J/kg au large du Var sur le champ ci-dessous à gauche) et de cisaillements suffisamment significatifs pour laisser envisager une évolution supercellulaire locale. Ainsi, par exemple, la valeur prévue de SCP (Supercell Composite Parameter), à défaut d'être intrinsèquement très élevée, est significative dans un contexte de saison froide rarement propice à des valeurs d'indices maximale. Ce noyau est parfaitement visible sur le champ ci-dessous à droite et traduit cette conjonction d'instabilité verticale, de cisaillements profonds et d'une SRH significative en basses couches.