Un épisode méditerranéen, le cinquième de l'année, a balayé le sud-est de la France au cours du week-end de la Toussaint.
La particularité de cet épisode tient surtout de son étendue géographique d'assez grande ampleur. De la Lozère aux Alpes-Maritimes jusqu'à l'est des Hautes-Alpes, de nombreuses lames d'eau excèdent les 120 mm sur 48 à 72h. Près de 400 mm ont été relevés sur le plateau de Caussols dans les Alpes-Maritimes.

Un thalweg d'altitude dynamique s'est positionné sur le proche Atlantique le samedi 30 octobre, induisant un flux fortement cyclonique de secteur sud à sud-ouest sur les régions méditerranéennes. Un premier axe de thalweg a balayé le bassin méditerranéen occidental en cours de journée du 30. Grâce à une masse d'air faiblement instable, de fortes précipitations localement orageuses frappent les Cévennes mais aussi la plaine languedocienne (de l'est de Montpellier au Vidourle et à la région d'Alès, jusqu'en Lozère). Une convergence de basse couche persistante a occasionné une relative stationnarité de l'axe pluvio-orageux.
Le dimanche 31 octobre, un deuxième axe de thalweg, plus dynamique, plonge vers le Golfe du Lion. Un vigoureux jet de basse couche se constitue sur la Provence alors qu'une convergence des vents assez durable s'installe entre le Golfe de Saint-Tropez et le plateau de Calern. Contrairement à la veille, les profils verticaux sont plus instables (jusqu'à plus de 800 J/kg de MUCAPE) et profondément cisaillés. Pour autant, l'aspect orageux est resté en retrait, en raison d'un mauvais phasage entre l'instabilité la plus forte et l'arrivée des forçages d'altitude.
Le lundi 1er novembre, le minimum dépressionnaire stagne à proximité du Golfe de Gênes, maintenant un temps instable et pluvieux sur l'est de la Provence et les Alpes du Sud.

 

Lames d'eau observées et cartographie

+ lames d'eau observées du 30 octobre au 1er novembre 2010 :

C'est à Saint-Maurice de Ventalon en Lozère et à Caussols dans les Alpes-Maritimes que les lames d'eau sont les plus remarquables.
Si des cumuls s'approchant des 300 mm sont relativement classiques en Cévennes lors de gros épisodes méditerranéens, la lame d'eau de 395 mm (dont 334 mm en 24h) relevée sur le plateau de Caussols (au sud du Signal de Calern) dans les Alpes-Maritimes, est exceptionnelle. Se plaçant au niveau R4 sur l'échelle R, cette valeur constitue un record pour la station.

Typiquement, les Cévennes ardéchoises ont été copieusement arrosées lors de cet épisode. Le cumul s'élève à 344 mm à Mayres (source Infoclimat) et 282 mm à la station Météo-France de Barnas.
Une nouvelle fois, le bassin du Vidourle est resté très exposé aux fortes précipitations en journée de samedi, tout comme l'est de la région Montpelliéraine (128 mm à Fréjorgues). Dans le Gard, la station de Conqueyrac* relève 242 mm sur l'épisode. Les lames voisines de 150 à 200 mm sont relativement nombreuses sur ce département (Mialet*, Salindres, Saint-Privat-des-Vieux, Cardet par exemple).
En Lozère, une seule lame d'eau atteint le niveau R3 (Villefort* avec 209 mm en 24h et 296 mm au total). Les autres lames n'excédent pas le niveau R2 sur l'échelle R (218 mm à Saint-Martin-de-Lanuscle).

En PACA, c'est sur le département des Alpes-Maritimes, comme mentionné plus haut, que les précipitations les plus importantes se sont abattues. Ainsi, cinq postes dépassent les 200 mm sur l'épisode (Tourrettes-sur-Loup par ex.), trois postes dépassent les 250 mm (Coursegoules, R3, notamment) et un poste dépasse les 350 mm (Caussols, R4). Ces cumuls diluviens sur le bassin du Loup expliquent donc les inondations à Villeneuve-Loubet.
Dans le département du Var, c'est à Comps-sur-Artuby que la lame d'eau est la plus importante (216 mm, R2).
En Vaucluse, c'est proche des Alpes-de-Haute-Provence, à Saint-Christol, que le cumul est le plus élevé (153 mm). Outre cette exception, les lames sont restées généralement comprises entre 50 et 100 mm.
Dans les Bouches-du-Rhône, rares sont les cumuls dépassant les 100 mm. De manière générale, les lames d'eau sont restées comprises entre 50 et 80 mm.

Sur les Alpes-du-Sud, les précipitations ont surtout concerné l'ouest des Hautes-Alpes et les Alpes-de-Haute-Provence d'une part, et l'est du Queyras d'autre part.
Dans les Hautes-Alpes, Il est par exemple tombé 132 mm à Ristolas (et jusqu'à 1m de neige au-dessus de 2500 m sur l'est Queyras, le Champsaur, le Dévoluy et le Parpaillon). A quelques dizaines de kilomètres de là, la station d'Embrun ne relève que 23 mm.
Dans les Alpes-de-Haute-Provence, la lame d'eau maximale est observée à Sisteron (120 mm). Globalement, les cumuls s'échelonnent de 50 à 110 mm.

Enfin, la moyenne vallée du Rhône (Drôme) et par extension la Haute-Loire, l'Isère Rhodanienne et le sud de la Loire ont subi des cumuls plus modérés, mais tout de même relativement importants : de 40 à 80 mm en général, jusqu'à 120 mm sur les Préalpes-du-Sud.

* pluviomètres hydroreel

+ réactions hydrologiques :

D'une manière générale, les réactions des cours d'eau principaux sont restées modérées, comme on pouvait s'y attendre au regard des intensités relevées. En revanche, de nombreuses réactions fortes du réseau secondaires se sont manifestées.

Concernant les cours d'eau cévenols, il ont tous produit des réactions faibles à modérées. Le Vidourle a débordé à Sommières ce qui n'a rien de bien exceptionnel dans ce genre de situation. Il n'y a d'ailleurs eu aucun grave dommage. L'Hérault a réagi en amont aux fortes pluies tombées sur le massif de l'Aigoual mais la propagation vers l'aval a entrainé un amortissement bien prévisible au regard des cumuls enregistrés hors de la zone cévenole. Les Gardons n'ont pas généré de forte réaction, le bassin moyen amont n'ayant pas été touché par les plus gros cumuls. Il en a été de même pour la Cèze. L'Ardèche a réagi assez sensiblement mais les intensités observées sur les parties habituellement génératrices de crues n'étaient pas en mesure de provoquer une forte hausse sur ce cours d'eau, habitué à écouler des lames d'eau très importantes.

Sur la région PACA, on a pu observer des crues dans les réseaux secondaires, parfois débordantes comme à Villeneuve-Loubet. Sur le réseau principal, le Gapeau, l'Argens et ses principaux affluents n'ont pas fourni de forte réaction, ce qui semble logique vu les cumuls relevés. L'ensemble du bassin du Var a lui subi une crue modérée, plus sensible vers l'amont, mais les niveaux ne sont jamais devenus alarmants. La propagation laborieuse de l'onde de crue vers l'aval a affaissé les plus hautes eaux relevées en amont.
Enfin, plus au nord, la Durance et ses affluents le Buëch et l'Ubaye ont réagi aux fortes pluies, là encore dans une mesure modérée.

L'ensemble du réseau très secondaire a été touché par des crues importantes sous les cumuls les plus forts. De même, toutes les zones artificialisées ont provoqué des ruissellements urbains conséquents, comme à Alès, dans la région de Montpellier ou encore dans la région de Nice.

Encore une fois, l'épisode a été favorable à des réactions hydrologiques relativement peu importantes. La chronologie des vagues pluvieuses, leurs intensités horaires et leur localisation n'a pas permis de réaction plus forte que les crues modérées que l'on a pu observer.

+ cartographie :

La carte ci-dessous présente les cumuls enregistrés au cours de cet épisode, sur 72h :

 

Coupures de presse

Pluies diluviennes, la Côte d'Azur à rude épreuve
source : Nice Matin

Une cinquantaine d’évacuations à Villeneuve-Loubet, des villas isolées à Grasse, des routes coupées... mais heureusement pas de victimes lors d'un week-end de fortes pluies

Cinquante habitants évacués à Villeneuve-Loubet, en raison des risques de crue du Loup; six villas isolées par un éboulement à Grasse; la route du bord de mer à Antibes et la promenade du Soleil à Menton coupées par crainte d’un coup de mer… C’est le bilan des intempéries de ce long week-end de la Toussaint qui a fait ressurgir le spectre de la terrible crue du fleuve Var en 1994, avec son cortège de traumatismes : routes dévastées, berges effondrées; Cadam et aéroport inondés; villages isolés… Fort heureusement l’alerte météo visant le département ces trois derniers jours n’a pas engendré d’aussi importants dégâts. Et hier soir, le sous-préfet Claude Serra se voulait rassurant : « Aucune victime n’est à déplorer et le plus gros des intempéries est derrière nous. Les conseils de prudence que nous avons diffusés ont payé. »Tandis que les pompiers ont effectué 741 interventions ce week-end, la cellule de crise mise en place à la préfecture a aussi mobilisé sur le terrain, des centaines de policiers nationaux et municipaux et quelque 200 gendarmes pour sécuriser les points sensibles. La gendarmerie a également eu pour mission de surveiller le niveau des cours d’eau, car seuls la Siagne et le Var sont équipés d’un dispositif automatisé de vigilance. Les niveaux d’eau sont cependant restés raisonnables. Le débit du Var n’a pas dépassé les 692 m3/s. Un volume environ six fois inférieur à celui de la crue de 1994 qui avait culminé à 3800 m3/s.

Nice : des chutes d’arbres et quelques inondations
Ce lundi aura finalement été assez calme, comparé aux 73 interventions de dimanche, dont 57 inondations dans des habitations. Quelques soucis au Mont-Boron ou à Nice-est, un éboulis à Nice-nord, un plafond qui s’écroule dans le Vieux-Nice, et quelques chutes d’arbres en centre-ville. Hier, ce sont surtout deux intrusions d’hydrocarbures (notre photo), drainés par des cours d’eau dans la mer, qui ont pollué la journée des pompiers (lire également en pages locales). Dans le haut-pays, un tronçon des gorges du Cians (RD 28, Rigaud) a été fermé hier à cause d’un écoulement de boue. Des pierres qui ont chuté sur la RD 2205, à la Courbaisse, ont gêné la circulation.

La Colle-sur-Loup : les familles de retour au camping
La trentaine de familles évacuées dimanche du camping du Castellas, à La Colle-sur-Loup (voir notre édition d’hier), a regagné les mobil-homes, hier matin.
Après la montée inquiétante du niveau des eaux du Loup, sapeurs-pompiers et gendarmes avaient décidé d’évacuer la cinquantaine d’occupants par précaution. Certains avaient préféré loger dans un hôtel ou de la famille, alors qu’une quinzaine de personnes avaient été hébergées pour la nuit dans la salle des fêtes de Roquefort-les-Pins où le gîte et le couvert ont été offerts par les services municipaux et la Protection civile.
Quant au camping, il n’aurait pas subi de dégâts majeurs.

Bord de mer coupé à Menton
À l’est des Alpes-Maritimes, les intempéries n’ont pas occasionné de dégâts, exceptés quelques végétaux que les pompiers ont dû dégager. Seule, la Promenade du Soleil de Menton a été fermée côté ouest, en raison des coups de mer, qui sont fréquents sur cette zone littorale.

Grasse : six villas isolées par un éboulement
Ils sont pratiquement isolés du monde, mais ils gardent le sourire. Hier, un éboulement a coupé l’unique accès à six propriétés situées chemin du Pilon de la Malle, sur les hauteurs de Grasse dans le quartier de Magagnosc. Un glissement de terrain de plusieurs centaines de tonnes de terre qui n’a fait heureusement aucune victime. Privés de téléphone, les habitants ne peuvent pas non plus utiliser leur voiture. Pour rejoindre la route principale, les riverains sont contraints de longer sur plus d’une centaine de mètres le canal du Foulon qui alimente en eaux plusieurs communes. Un hydrogéologue a été dépêché sur place pour évaluer d’éventuels risques futurs.
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Villeneuve Loubet : la crue du Loup envahit tout un quartier
source : Nice Matin

Il y a Flora, Alexandra, Elena, Clémence et Thomas. Cinq têtes blondes, au sec. Enfin au sec. Cinq gosses qui rigolent devant des paquets de gâteaux au chocolat en salle du conseil municipal de Villeneuve-Loubet. « C’était un peu stressant quand même d’être évacué comme ça. Et j’ai peur que le toit soit mouillé à la maison », déclare Flora. Hier matin, vers 9 heures, ce sont les gendarmes qui ont tapé à la porte de leur maison du lotissement les « Maisons de Villeneuve », situé avenue des Ferrayones. Cette avenue qui lèche le Loup et qui, en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, a été envahie par l’eau boueuse du fleuve côtier.

La Protection civile a accueilli 18 familles, 49 Villeneuvois qui ont préféré écouter les conseils des autorités. Les autres sont restés chez eux. « On a vécu les inondations de 1994, alors ça… », explique Geneviève. Le 6 novembre 1994, la crue du Loup avait tout emporté sur l’avenue des Ferrayonnes, mais aussi dans le quartier des Espérès.

Des sacs poubelles en rempart
Un autre résidant montre les sacs poubelles remplis de terre et de sable qui barrent l’entrée de ce lotissement qui compte 51 villas. « Il y a une demi-heure, vous voyez la voiture en face, et bien elle avait de l’eau jusqu’à son coffre », lance Geneviève. Il est 10h30.En contrebas, le Loup est en furie. Paul a cassé un mur sur le côté droit de la route pour que l’eau s’évacue en contrebas. « Le mur faisait barrage », explique-t-il. « À force de crier au Loup, il a fini par sortir », galéje un autre résidant qui ajoute « Chaminadas se moquait de nous, il disait “ En 30 ans, j’ai jamais vu le Loup sortir ”. Alors, on a fait une pétition pour avoir un mur entre notre route et le Loup ». Un autre lance : « Avec la pétition, il a fini par nous faire un mur. Mais tout petit. Heureusement, Lionnel Luca qui a été maire après lui, a remonté le mur et s’est occupé de réaliser l’enrochement. » Et « Richard Camou a continué à sécuriser le tout », renchérit Bernard.

Richard Camou, bottes de pêcheur et parka jaune fluo n’est pas loin. Il fait la navette entre les Ferrayonnes et la salle du conseil municipal. Il rassure les Villeneuvois et gère la « crise ». Hier matin, du chocolat chaud, du café et des viennoiseries ont été offerts aux « naufragés du Loup ». À midi, un repas à l’école Saint-Georges a été servi à ceux qui le souhaitaient. Dominique, maman d’Elena et d’Alexandra garde le sourire : « On n’a pas eu le choix, ils nous ont expliqué qu’il fallait nous évacuer par précaution, alors on l’a fait et tout se passe bien ». Caroline, elle aussi avec ses enfants, renchérit : « Tout a été fait dans le calme. On était prévenu ».

L’arrêté évacuation maintenu « par précaution »
À la nuit tombée, hier, les gendarmes restaient en surveillance. Richard Camou qui avait réuni sa cellule de crise un peu avant 20 heures, a décidé « par précaution » de maintenir l’arrêté évacuation. « Ce serait aujourd’hui, je ne laisserai pas se construire quelque chose dans cette zone. De toute façon, on n’aurait pas le droit, mais le lotissement date des années 80, et cela ne posait pas de problème, la zone était constructible, et c’est l’état qui donnait les permis. Alors, aujourd’hui, on fait avec », conclut le maire de Villeneuve.
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De légers dégâts en Dracénie
source : Var Matin

Un vent de panique a accompagné l'épisode pluvieux qui a duré 48 heures en Dracénie. Si de légers dégâts sont à déplorer, les pompiers n'ont pas hésité à jouer la carte de la prévention en doublant leurs effectifs dès dimanche soir. « Nous avons également réquisitionné les secouristes aquatiques en cas de nécessité », confiait-on, hier, au centre de secours de Draguignan. La rivière, la Nartuby, est une nouvelle fois sortie de son lit dans différents secteurs. C'est le cas à Trans-en-Provence où la zone du Plan a subi quelques cumuls d'eau sur plusieurs parkings. Plusieurs routes ont été également endommagées dans quelques communes de la Dracénie.

Prévention et vigilance

Les stigmates de la crue du 15 juin étant encore présents, nombreux sont ceux qui ont gardé un oeil ouvert, dans la nuit de dimanche à lundi. Les services techniques de la ville de Draguignan n'ont pas hésité à déplacer camions et engins sur le parking du centre commercial Salamandrier avant que l'entreprise Pizzorno ne fasse de même. L'accalmie a fait son retour, hier, en début d'après-midi, rassurant une population dracénoise toujours traumatisée et inquiète des conséquences lors de pluies torrentielles.

 

Photographies

Inondations dans les rues de Quissac dues au débordement de la Garonette
(crédit photo Christophe FERRE pour KERAUNOS)
 
Crue non débordante de la Bruèges à Alès (crédit photo Guillaume ARTIGUE pour KERAUNOS)
 
Crue non débordante de l'Argens avec début d'embâcle à Fréjus (crédit photo Ivan GROSSI pour KERAUNOS)
 
 
Crue non débordante de l'Argens avec début d'embâcle à Fréjus (crédit photo Ivan GROSSI pour KERAUNOS)