Un violent système orageux à propagation rétrograde a sévi sur le sud-est du département du Puy-de-Dôme, le 24 août 2009, entre 18h et 21h locales.

Constitué à partir d'orages multicellulaires initialement vigoureux mais ordinaires, ce MCS (système orageux de méso-échelle) s'est rapidement structuré autour d'une zone d'alimentation rendue fixe en raison d'une régénération permanente des cellules convectives en amont du système, à contre-flux. Il s'agit en l'occurrence du premier "orage en V" de l'année 2009 sur le sol français.

Ce type d'organisation est périlleuse, car elle génère de puissantes précipitations sans cesse réalimentées sur une zone géographique restreinte. Il est alors fréquent d'observer sous ces orages des inondations sévères, des coulées de boue et parfois même des glissements de terrain en zone accidentée.

 

Résumé de l'épisode

Ce violent système orageux prend part à une situation convective relativement classique, caractérisée d'une part par la présence d'un vaste thalweg sur le proche Atlantique, qui assure en altitude un flux modérément rapide de sud-ouest (cf ci-contre en haut, situation à 500 hPa), et d'autre part par la constitution d'un axe de convergence près du sol, sous la forme d'une ligne préfrontale bien marquée.

En soirée, un court thalweg thermique circule dans le flux et aborde le Massif Central. Associé à une advection de tourbillon modérée, il induit un forçage sur la convection qui se met en phase avec un renforcement de la convergence en basses couches (cf ci-contre en bas). Ces forçages simultanés permettent le développement rapide d'une convection profonde et d'orages intenses sur le Puy-de-Dôme. En effet, après une journée de forte chaleur, la masse d'air en présence est très fortement instabilisée et présente une CAPE de 1500 à 2000 J/kg sur le Massif Central et des indices de soulèvement de -4 à -6.

Ce type de configuration synoptique où un axe de convergence de basses couches vient s'étirer dans l'axe du flux moyen troposphérique, tandis que le vent près du sol présente un angle droit avec ce flux moyen, est connu pour être propice au développement de MCS à propagation rétrograde, et conséquemment à la survenue d'épisodes orageux localement très pluvieux.

C'est cette évolution critique qui a été observée sur le Puy-de-Dôme, avec production durant trois heures d'une activité pluvieuse convective intense et quasi-stationnaire, à l'origine de lames d'eau qui excèdent localement 200 mm. Des cumuls horaires supérieurs à 100 mm ont été relevés.

   

 

Analyse de l'imagerie satellite infrarouge

 
 
L'analyse des images satellite thermiques (infrarouges) permet de mettre en valeur dans ce système les principales caractéristiques des orages dits "en V". On désigne ainsi les MCS qui présentent une propagation rétrograde, avec point d'alimentation progressant contre le flux et sommet outrepassant associé à la pointe du système (en l'occurrence au sud-ouest du système, pour un flux de sud-ouest). Ces structures présentent habituellement deux axes d'activité renforcée (sommets froids) qui s'étirent en forme de V, avec une activité maximale sur le flanc qui fait face au vent moyen troposphérique. Entre ces deux axes se trouve ordinairement une zone de sommets plus bas, dénommée "traîne chaude". On note que toutes ces caractéristiques sont présentes dans cet orage en V.
 

Analyse des images radar

Les orages en V se composent concrètement comme un vaste système multicellulaire, producteur de précipitations intenses et quasi-stationnaires, notamment dans la pointe sud-ouest du système. Cet épisode du 24 août ne déroge pas à la règle, et on identifie sans difficulté un noyau pluvieux intense et persistant à l'extrême sud-est du département du Puy-de-Dôme :
 
  
 
  
 
  
source : meteo60
 
 

Quelques relevés pluviométriques

Météo France relève sur l’épisode 167.2 mm à Chalmazel (42). Ambert (63) récolte 82.4 mm en seulement 1 heure et 154.3 mm sur tout l’épisode. D’autres valeurs remarquables dépassent les 100 mm : Col du Béal (63) - 113.9 mm ; Saint-Anthème (63) – 137 mm. On estime que certains secteurs ont reçu près de 200 mm en l'espace de 3 heures.
 

Témoignage

source : La Montagne ; (c) Emmanuelle VIRESOLVIT


Les habitants d'Ambert et les environs ont plutôt senti passer l'orage : « On avait l’impression d’être sur un bateau, la tente flottait sur l’eau ». Richard et Isabelle Daoleuang avaient pourtant choisi Ambert comme destination de vacances, loin de la mer. Lundi, ils étaient au camping des Chênes quand un orage a éclaté vers 19 heures. De la grêle et des pluies diluviennes se sont déversées sur la ville, et ses alentours, jusqu’à 23 heures.
« Il fait plus beau chez nous !, plaisante le couple de campeurs venus de Picardie. Mais on a bien été pris en charge ». En effet, le camping, situé près du ruisseau La Dore, a été évacué vers 22 heures. Dix-huit personnes, dont beaucoup d’étrangers, ont passé la nuit dans une salle communale tandis que les propriétaires de caravanes ont dû changer d’emplacement. Mais cela n’a pas empêché Lorène et Perrine, âgées de 15 et 7 ans, d’avoir « un peu peur ».
« Globalement tous les bâtiments publics ont subi des fuites, notamment à cause de la grêle qui a bouché les évacuations d’eau », indique le maire, Christian Chevaleyre.
Depuis lundi soir, les pompiers sont intervenus 85 fois, surtout pour des inondations de caves ou de sous-sols à Ambert, Marsac-en-Livradois, Job et Grandrif. Deux logements de fonction du lycée d’Ambert ont également vu leurs plafonds s’effondrer. Au village de Grandrif, la route a été emportée par le cours d’eau qui passait en dessous, le mal nommé Petit ruisseau. Un trou de six mètres s’est ainsi formé, à deux endroits. Dans le bourg, c’était aussi la consternation. Le Grandrif est sorti de son lit, comme il y a cinq ans. « On pensait alors que c'était la crue du siècle ! », observe le maire, Suzanne Labary. De nouveau, quatorze personnes ont dû être relogées pour la nuit.
« On a encore les traces de l’inondation de 2004, sur les murs et le sol », déplorent Jacky et Claudine Laurent. Dès la décrue amorcée, au milieu de la nuit, ils ont pu compter sur la solidarité des voisins, amis et pompiers qui sont venus nettoyer la maison de ses 30 cm d’eau. « Il faut qu’on trouve un moyen de canaliser l’eau », s’inquiète le maire. Elle espère pouvoir classer sa commune en catastrophe naturelle, comme son homologue d’Ambert qui lui « s’inquiète de la fréquence de ces événements climatiques. Financièrement, on n’est pas capable de refaire toutes les canalisations ».