Le 10 juillet 1968, entre 20h15 et 21h00 locales, une tornade de forte intensité (EF3) traverse l'est de la Moselle et le Bas-Rhin sur une trajectoire remarquable et presque ininterrompue de 55 kilomètres. Le phénomène dévaste des parcelles de forêt dans le secteur d'Eschbourg et éventre des habitations à Uberach. Cette tornade a fait l'objet d'une publication détaillée par Emile Vignes, ingénieur à l'O.N.F.
 
La tornade d'Uberach est associée à un événement tornadique de grande ampleur qui a également touché le secteur de Pforzheim (Allemagne). Une supercellule unique pourrait être à l'origine de ces deux tornades, dont le parcours global de 130 kilomètres est interrompu par 40 kilomètres sans dégâts
 

Principales caractéristiques de la tornade

Localisation de la tornade d'Uberach (67) du 10 juillet 1968* intensité maximale : EF3, soit des vents estimés entre 220 km/h et 270 km/h
* distance parcourue : 55 kilomètres
* largeur moyenne : 300 mètres

* communes traversées : SARRALTROFF (vallée de la Sarre), HILBESHEIM, VIEUX-LIXHEIM, FLEISHEIM, WINTERSBOURG, ZILLING, METTING, HANGVILLER, VESCHEIM, BERLING, ESCHBOURG (forêt domaniale de la Petite-Pierre-Sud), DOSSENHEIM-SUR-ZINSEL (forêt domaniale de Bouxwiller), NEUWILLER-LÈS-SAVERNE (forêt domaniale d'Herrenstein), BOUXWILLER, LA WALCK, UBERACH, HAGUENAU (forêt indivise de Haguenau)
* départements : MOSELLE (57), BAS-RHIN (67)
* altitude moyenne du terrain : 240 mètres
* type de terrain : territoires artificialisés, territoires agricoles, forêt et milieux semi-naturels

* principaux dégâts : arbres déracinés, cassés net ou déchiquetés (conifères ou feuillus); maisons décapitées, murs éventrés ou renversés; toitures soufflées ou arrachées; granges effondrées; voitures renversées et charriées; pylônes à haute tension renversés; animaux tués; branches et cimes des arbres portées par le vent sur des centaines de mètres de distance; cultures arrachées du sol; environ 125 000 m³ de forêt dévastés

NB : l'intensité des tornades est déterminée sur l'échelle EF augmentée. Cette version de l'échelle EF, mise en place par KERAUNOS depuis 2009, ajoute aux critères américains une série de spécificités propres à l'habitat européen.
 

Trajectoire de la tornade

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Trajectoire de la tornade EF3 d'Uberach (Bas-Rhin) du 10 juillet 1968. © Keraunos (fond de carte : Géoportail)
© Keraunos (fond de carte : Géoportail)
 

Une trajectoire totale de 130 kilomètres

La tornade d'Uberach pourrait s'être développée au sein d'une supercellule qui aurait débuté sa course sur le plateau Lorrain (Moselle), pour s'achever à l'est de Pforzheim (Bade-Wurtemberg, Allemagne). Sur une trajectoire totale de 130 kilomètres - mais interrompue par 40 kilomètres sans manifestation venteuse - des vents tourbillonnaires sont observés:
 
- sur une trajectoire de 55 kilomètres en France (Moselle et Bas-Rhin) entre 20h15 et 20h50 locales,
- sur une trajectoire de 35 kilomètres en Allemagne (Pays de Bade) entre 21h30 et 21h50 locales.
 
L'interruption de 40 kilomètres est observée entre la forêt indivise de Haguenau et la vallée du Rhin, sur une période de 40 minutes environ.
 
Trajectoire de la tornade EF3 d'Uberach (France) et de la tornade EF4 de Pforzheim (Allemagne) du 10 juillet 1968 - Interruption marquée par des pointillées rouges. © Keraunos (image : Google Maps)
© Keraunos (image : Google Maps)
 
 
En France, la tornade EF3 d'Uberach a provoqué des dégâts considérables en forêt, et dévasté bon nombre d'habitations dans la vallée de la Moder. En Allemagne, la tornade EF4 de Pforzheim, qui a tué deux personnes, a notamment détruit une zone industrielle à Ittersbach (Karlsbad), et dévasté le sud de l'agglomération de Pforzheim.
 
 
Tornade EF3 d'Uberach (Bas-Rhin) du 10 juillet 1968 - Forêt vosgienne dévastée. © Koehler     Tornade EF3 d'Uberach (Bas-Rhin) du 10 juillet 1968 - Tranchée dans la forêt vosgienne. © Koehler     Tornade EF3 d'Uberach (Bas-Rhin) du 10 juillet 1968 - Habitation éventrée. © Keraunos
                                           © Koehler                                                                                     © Keraunos        

Coupure de presse

Le quotidien Les Dernières Nouvelles d'Alsace consacre plusieurs pages à la tornade d'Uberach son édition du 12 juillet 1968:
 
Epouvantable tornade sur la région de Sarrebourg

Le sinistre a causé des millions de dégâts en quelques minutes

« Oui, j'ai vécu Verdun. Oui, j'ai vécu le massacre de Douaumont, mais jamais un tir de barrage n'a causé autant de dégâts. Jamais non plus un de ces tirs n'a laissé un tel spectacle de désolation, une image telle qu'elle se présente à nos yeux aujourd'hui ». Cette déclaration nous a été faite par un ancien qui, il y a 52 ans, a vécu le plus grand massacre de l'histoire de la guerre, un ancien de 14 pour qui la guerre de 1914-1918 est synonyme d'horreur, de désolation, de dévastation.

Un tel témoignage ne peut que concrétiser les dégâts causés par la tornade qui s'est abattue comme un oiseau de proie, sur la région de Sarraltroff, Vescheim, Vieux-Lixheim et Berling. Naturellement, la perte en vies humaines n'a rien à voir avec cette déclaration, du fait que sur la région sarrebourgeoise, seuls des dégâts matériels sont à déplorer, mais quels dégâts!

Il est difficile de se faire une image des pertes subies par les agriculteurs de la région à la suite de cette violente tornade. C'est pour cette raison que nous laissons parler nos photos, documents qui, pour la plupart des cas, se passent de tout commentaire. On peut sans se tromper beaucoup, évaluer les dégâts à plusieurs dizaines de millions de francs.

Des milliers, des dizaines de milliers d'arbres ont été, en l'espace d'une seconde, déracinés ou brisés avec la même facilité que l'on brise une allumette, et les branches ou les cimes ont été portées par le vent sur des centaines de mètres de distance; des centaines de toits ont été, entièrement ou en partie, soufflés comme fétu de paille.

Il est cependant heureux que la tornade ait uniquement effleuré les localités de la région intéressée et on se demande ce qui se serait passé au cas où un village entier ou, pour aller plus loin, la ville de Sarrebourg par exemple avait été sous l'emprise d'un tel cataclysme.