Le 18 mai 1960, vers 14h15 locales, une tornade de forte intensité (EF3) est observée entre Bellegarde-Sainte-Marie et Garac (Haute-Garonne). Le tourbillon détruit notamment la chapelle de Noïc, dont les ruines sont toujours visibles aujourd'hui.

La tornade de Garac a fait l'objet d'une enquête de terrain par Jean Dessens.
  

Principales caractéristiques de la tornade

Localisation de la tornade de Garac (31) du 18 mai 1960* intensité maximale : EF3, soit des vents estimés entre 220 km/h et 270 km/h
* distance parcourue : 2 kilomètres
* largeur moyenne : 80 mètres

* communes traversées : BELLEGARDE-SAINTE-MARIE (chapelle de Noïc), GARAC
* département : HAUTE-GARONNE (31)
* altitude moyenne du terrain : 165 mètres
* type de terrain : territoires agricoles

* principaux dégâts : pylônes électriques en béton sectionnés; arbres fendus, sectionnés ou éclatés; hangars démolis; maison partiellement détruite; chapelle de Noïc (pourtant refaite à neuf en 1959) presque entièrement rasée; voiture (2 CV) soulevée et portée à distance

NB : l'intensité des tornades est déterminée sur l'échelle EF augmentée. Cette version de l'échelle EF, mise en place par KERAUNOS depuis 2009, ajoute aux critères américains une série de spécificités propres à l'habitat européen.
  

Trajectoire de la tornade

 
Trajectoire de la tornade EF3 de Garac (Haute-Garonne) du 18 mai 1960. © Keraunos (fond de carte : Géoportail)
 © Keraunos (fond de carte : Géoportail)
 
Cette trajectoire a été établie en fonction des informations disponibles (témoignage, coupures de presse, reconnaissance de terrain, reconstitution du flux pour la journée du 18 mai 1960).
  

La chapelle ruinée de Noïc, symbole de la puissance de la tornade

La tornade de Garac s'est développée en bordure nord-est d'un minimum isolé en goutte froide sur la Péninsule Ibérique.
 
D'après les informations recueillies sur ce cas, la tornade a parcouru une distance de 2 kilomètres, sur une largeur de 80 mètres. Les dégâts, qui relèvent d'une intensité EF3, sont très importants : une maison presque entièrement détruite, une 2 CV soulevée et portée à distance, plusieurs pylônes en béton sectionnés.
 
Surtout, la chapelle de Noïc (commune de Bellegarde-Sainte-Marie), située sur un promontoire, a été frappée de plein fouet par la tornade. Bien qu'entièrement rénové en 1959, l'édifice s'est écroulé et il n'en reste aujourd'hui que les quatre murs. 
 
La chapelle de Noïc apparaît aujourd'hui comme l'un des rares vestiges français encore visibles des effets dévastateurs d'une tornade sur un lieu de culte.
   
Tornade EF3 de Garac (Haute-Garonne) du 18 mai 1960 - La chapelle de Noïc au lendemain de la tornade. © Jean Dessens - Reproduction interdite     Tornade EF3 de Garac (Haute-Garonne) du 18 mai 1960 - La chapelle de Noïc en 2010. © Google Street View
                 © Jean Dessens - Reproduction interdite                                                    ©Google Street View                              
  

Témoignage

Mlle Thérèse Broussolle, institutrice à Bellegarde-Sainte-Marie, a livré le témoignage suivant aux journalistes de La Dépêche du Midi (édition du 19 mai 1960):
 
 « Un énorme nuage noir s'avançait lentement de l'ouest et de la direction des Pyrénées, un nuage blanc un peu moins volumineux venait à sa rencontre. L'atmosphère était lourde. Il n'y avait pas un souffle d'air. Le tonnerre se faisait entendre et les plus jeunes enfants de ma petite classe étaient terrifiés... Je suis sorti un instant devant l'école pour voir où allait éclater l'orage. Jamais je n'oublierai ce spectacle extraordinaire qui s'est déroulé en quelques secondes devant mes yeux. A moins d'un kilomètre à vol d'oiseau de l'école de Bellegarde, les deux nuages se sont croisés et aussitôt une sorte de langue grisâtre, d'entonnoir terminé par un très long goulot a jailli jusqu'au sol. A l'extrémité du goulot une fumée rousse tourbillonnait arrachant la terre des champs.

L'entonnoir, le tourbillon, est passé derrière un bouquet d'arbres et, soudain, il s'est trouvé au-dessus de l'église de Noïc. Comme dans un éblouissement, j'ai vu le clocher s'abattre tel un château de cartes. Et toujours un grondement terrifiant accompagné de quelques éclairs... Le tourbillon, avançant lentement sur un front de deux cents mètres au fond du vallon, s'est éloigné en direction du village de Garac. Je pensais que tout allait être ravagé et j'avais le cœur serré... Mais je n'ai même pas eu réellement le temps d'avoir peur, car la grêle s'est mise à tomber et je suis rentré bien vite dans la classe, où les enfants sont venus autour de moi. Les grêlons étaient si gros et tombaient si dru que je n'entendais plus mes élèves... »
 

Coupure de presse

Le quotidien régional La Dépêche du Midi consacre un article très complet sur la tornade de Garac. Voici un extrait de l'édition du 19 mai 1960:
 
Vision de guerre... L'église est dévastée comme par un bombardement. Le clocher à jour, typiquement languedocien, s'est effondré, crevant le toit. Seuls restent debout les murs sérieusement lézardés. Cette petite église, rattachée à la commune de Bellegarde, était heureusement isolée sur un tertre. Classée monument historique mais menaçant ruine, elle avait été presque entièrement reconstruite l'an dernier : la façade, le clocher, la charpente, tout était neuf ; et pourtant, le béton n'a pu résister au coup de poing du tourbillon. On ne put pénétrer dans l'édifice, dont le sol est recouvert d'un amas de trois mètres de haut de poutres, tuiles et moellons enchevêtrés. Il faudra raser l'église.

L'étroit cimetière s'adossant à l'église est dévasté. Presque toutes les croix ont été arrachées et certaines ont été brisées. Avec étonnement, avec stupéfaction, les paysans des alentours, accourus sur les lieux, contemplent des croix et des tombes en marbre déplacées de plusieurs mètres et comme déchiquetées... A vingt mètres du porche de l'église, un saint évêque a vacillé sur son socle, mais il a été épargné par miracle. De ses deux doigts levés dans un geste hiératique, il montre toujours le ciel qui, parfois, fait peser sur les hommes son courroux...
 
 
NB : Ce cas a pu être documenté grâce à une collaboration entre Keraunos, François Paul (Climat-Energie-Environnement) et Jean Dessens (Anelfa).