Un épisode pluvio-orageux de classe R5, relativement bref mais particulièrement sévère, a causé des pluies exceptionnelles et des inondations de grande ampleur dans le Gard à la fin du mois du septembre 1900.

Une lame d'eau exceptionnelle

Les derniers jours du mois de septembre 1900 sont perturbés sur les Cévennes, et des pluies abondantes se déclenchent sur les reliefs du Gard à partir du 25 septembre. Celles-ci prennent un caractère exceptionnel dans la nuit du 28 au 29 septembre, en particulier sur le secteur de Valleraugue. Sur cette commune située au pied du Mont Aigoual, l'instituteur, qui est également observateur météorologique, relève une lame d'eau de 950 mm, tombée pour l'essentiel en une dizaine d'heures sous des orages persistants et intenses. Il s'agit là de l'un des cumuls de précipitations en 24 heures les plus élevés jamais relevés en France.

Le Bulletin de la Commission Météorologique du Gard de l'époque mentionne l'épisode en ces termes :
"A Valleraugue, dans la nuit du 28 au 29, il est tombé le chiffre effrayant de 950 mm d'eau. Tout a été dévasté par la trombe. A Remoulins, une crue énorme et subite du Gardon a emporté le pluviomètre. Pendant le déluge de Valleraugue, il tombait à peine 6 mm. d'eau à Lédenon. Tout le monde a été surpris par l'inondation, ce qui prouve l'inefficacité du service d'avertissement des crues, tel qu'il est organisé dans nos régions du Sud-Est."

Le même bulletin restitue la collecte des relevés pluviométriques de l’époque, ce qui permet d’établir le bilan suivant :


L’épisode débute le soir du 28 septembre, aux environs de 18 heures. Les pluies s'intensifient rapidement et deviennent intenses à partir de 20 heures, pour persister toute la nuit du 28 au 29 septembre. L'activité orageuse associée est décrite comme particulièrement électrique, avec des périodes d'éclairs incessants. Au matin du 29 septembre, un spectacle de désolation est relaté à proximité des cours d'eau du secteur, notamment le long de l'Hérault et de la Clarou qui envahissent la plupart des maisons avoisinantes jusqu'au premier étage. L'essentiel de l'épisode aura duré une dizaine d'heures seulement, mais avec une intensité remarquable.
 

Une situation météorologique propice

Cet épisode orageux producteur de pluies exceptionnelles a résulté d’une situation météorologique connue pour être propice à des pluies intenses sur les Cévennes. Les réanalyses NOAA/ESRL présentées ci-après, même si elles ne fournissent qu’une reconstitution approximative de la situation synoptique de l’époque, permettent en effet de mettre en évidence un contexte instable, dépressionnaire et très dynamique aux abords du Gard durant la nuit du 28 au 29 septembre 1900.

Ainsi, la nuit du 28 au 29 septembre 1900 est dominée par l’enfoncement d’un vaste thalweg depuis la Mer du Nord jusqu’au Portugal. Celui-ci génère deux branches de courant-jet : la première étirée du nord de l’Afrique aux Baléares et à la Corse, la seconde axée de la Lorraine à la Mer Baltique. Ceci a pour principale conséquence de positionner les Cévennes dans une configuration simultanée d’entrée droite et de sortie gauche de jet (ci-dessous à gauche), propice à un soulèvement dynamique puissant. A l'étage moyen, un cut-off progresse lentement depuis les abords de la péninsule ibérique et du Golfe de Gascogne vers le sud de la France ; il assure des advections d'air frais en altitude, identifiables sur la carte ci-dessous à droite.



Ce contexte fortement dynamique aux abords des Cévennes a été rendu plus marqué par la creusement d’une dépression de surface sur les Baléares (ci-dessous à gauche). Ceci a permis la constitution et l’accélération d’un jet de basses couches dans le Golfe du Lion, pointant vers les Cévennes et y advectant de manière continue de l’air chaud et humide en provenance de Méditerranée (ci-dessous à droite).



Cette convergence humide et chaude sur la zone cévenole est bien identifiable sur le champ de thêta'w à 850 hPa, avec de fortes valeurs dans l'axe de convergence de basses couches (ci-dessous à gauche). Ce type de configuration est propice au déclenchement de pluies stationnaires, par mise en phase des forçages dynamiques et des forçages orographiques. Ces pluies ont été d’autant plus fortes que la masse d’air était très instable sur la zone, grâce à un réservoir de MUCAPE très bien constitué aux abords du Golfe du Lion (ci-dessous à droite).



On retrouve ici tous les ingrédients propices à la survenue d’un épisode pluvio-orageux intense sur les Cévennes.