Un épisode orageux particulièrement sévère a balayé la France durant ces deux journées. Il s'est organisé dans un rapide flux de sud-ouest, au sein d'une masse d'air très chaude et instable.

 
 

Situation météorologique globale

Cet épisode orageux intense s'est développé, selon toute vraisemblance, à l'avant d'un axe dépressionnaire d'altitude étiré sur le proche Atlantique (thalweg). C'est du moins ce qui ressort de l'analyse des données issues du programme de réanalyse par méthode ensembliste de la NOAA (ESRL/PSD).
 
Ces informations sont retraitées sur l'animation ci-dessous, qui présente une simulation d'image satellite, couplée à une reconstitution des zones de précipitations et au traçage des isohypses à 500 hPa. Ceci permet de mettre en évidence les grandes lignes de la situation synoptique que l'on peut considérer comme la plus probable durant cette période, soit entre le dimanche 17 août et le mercredi 20 août 1890.
 
 
Image satellite simulée, intensité reconstituée des précipitations instantanées et isohypses 500 hPa pour la période du 17 au 20 août 1890. Moyenne des ensembles du 20th Century Reanalysis Program (NOAA/ESRL PSD). (c) KERAUNOS
 
 
 

Une dégradation orageuse qui débute le dimanche 17 août 1890

Après une journée du 15 août 1890 sans orages, le samedi 16 août voit une activité orageuse ordinaire se développer sur le sud de l'Aquitaine, ainsi que sur les Alpes et le Jura. Un orage isolé est signalé près de la Rochelle, en Charente-Maritime.
 
Le dimanche 17 août, le flux s'oriente plus nettement au secteur sud-ouest et la masse d'air s'instabilise sensiblement (voir carte ci-dessous à gauche). Des orages se forment dès le début de journée sur la Gironde et la Charente-Maritime. Ils progressent ensuite vers le Centre au fil des heures. Dans le courant de l'après-midi, tandis qu'une dépression se creuse progressivement dans le Golfe de Gascogne (carte ci-dessous à droite), l'activité orageuse prend de l'ampleur et concerne en soirée toutes les régions qui s'étirent de la Normandie et du Nord - Pas de Calais jusqu'à la Lorraine et à la Franche-Comté. Des orages se forment également au pied des Pyrénées et de fortes rafales de vent provoquent des dommages entre Belvèze-du-Razès et Montbrun.
 
 
MUCAPE et isohypses 500 hPa, le dimanche 17 août 1890 à 18h09 (heure de Paris). Moyenne des ensembles du 20th Century Reanalysis Program (NOAA/ESRL PSD). (c) KERAUNOS     Pression réduite au niveau de la mer et vent moyen 10 mètres, le dimanche 17 août 1890 à 12h09 (heure de Paris). Moyenne des ensembles du 20th Century Reanalysis Program (NOAA/ESRL PSD). (c) KERAUNOS
Réanalyses de la MUCAPE et de la pression réduite au niveau de la mer pour le dimanche 17 août 1890 à 12h09 et 18h09 (heure de Paris).
 
 

Les orages de la nuit du 17 au 18 août 1890

Dans la nuit du 17 au 18 août, un premier système orageux d'intensité modérée se développe sur l'Anjou et la Touraine puis gagne la Bourgogne, Champagne-Ardenne et la Lorraine. Très durable, il a probablement constitué un système convectif de méso-échelle (MCS).
Ainsi, à 3 heures, des orages sont signalés au Mans, à Châteauroux et à Nevers. A 4 heures, ces orages progressent vers Blois, Bourges et Clamecy. A 5 heures, ils passent Orléans, Beaune, Tonnerre et Auxerre. A l'aube, vers 6 heures, les orages atteignent la Champagne, avant de gagner les Vosges vers 9 heures. Aucun dommage particulier n'a été signalé sous ces orages nocturnes.
 
En périphérie de ce système orageux organisé, d'autres foyers orageux se forment en toute fin de nuit et début de matinée sur la Normandie, la Picardie et l'Ile-de-France. Entre 8 heures et 9 heures, le tonnerre gronde d'Amiens à Saint-Quentin.
Quelques orages sont également signalés en fin de nuit sur la Savoie, le Massif Central, ainsi que sur le Vaucluse, l'Aude et les Pyrénées-Orientales.
 
 

Les orages du lundi 18 août 1890

MUCAPE et isohypses 500 hPa, le lundi 18 août 1890 à 18h09 (heure de Paris). Moyenne des ensembles du 20th Century Reanalysis Program (NOAA/ESRL PSD). (c) KERAUNOSEn journée du 18 août, un temps chaud et lourd se met en place. Les températures maximales atteignent 28°C à Paris et Belfort, 29°C à Nancy, 30°C à Charleville-Mézières, 32°C à Bordeaux, Bar-sur-Seine et Besançon, 34°C à Toulouse, 35°C à Grenoble et Clermont-Ferrand, et jusqu'à 36,5°C à Moulins. La masse d'air est très instable sur la majeure partie du pays (voir ci-contre). Une dépression de méso-échelle se creuse entre Bretagne et Centre en fin de journée, favorisant une nouvelle dégradation orageuse.
 
Les premiers orages se déclenchent en milieu d'après-midi à proximité des Pyrénées. Ils provoquent des chutes de grêle, et une puissante rafale descendante endommage des arbres fruitiers sur la commune de Moulis, en Ariège.
 
En fin d'après-midi, un système orageux se constitue entre Creuse et Corrèze. Il s'organise rapidement en un système qui est décrit sous la forme d'une ligne à tendance arquée, qui balaie l'Auvergne avant de frapper la Bourgogne et le nord de Rhône-Alpes vers 19 heures.
De très fortes rafales de vent sont signalées sous ces orages, notamment dans le Cantal, dans la Creuse ou encore dans la Nièvre. De violentes chutes de grêle et des rafales de vent destructrices provoquent également de nombreux dommages en Côte-d'Or.
Ces orages gagnent la Franche-Comté en fin de soirée, ainsi que la Lorraine, et débordent vers la Champagne d'une part, et sur la Savoie et la Haute-Savoie d'autre part. Des grêlons de 5 cm de diamètre sont recueillis dans la Marne. D'importants dégâts liés au vent sont signalés sur le Jura et les Vosges.
 
En soirée, peu avant 19 heures, une seconde offensive orageuse bien organisée se déclenche sur le sud de la Bretagne puis progresse en cours de soirée et début de nuit vers la Normandie, le Centre, l'Ile-de-France, la Picardie et le Nord - Pas de Calais. D'importants dommages liés aux chutes de grêle sont rapportés sur le département du Nord ainsi qu'en Ille-et-Vilaine. De violentes rafales de vent causent des dommages en Normandie. Une femme est tuée par la foudre à Hargicourt, dans la Somme.
 
 
Les orages de cette journée du 18 août donnent localement de forts cumuls pluviométriques. Ainsi, en 24 heures, on relève 24 mm à Aurillac (Cantal), 26 mm à Hucqueliers (Pas-de-Calais), 28 mm à Gespunsart (Ardennes), 31 mm à Gournay-en-Bray (Seine-Maritime), 31 mm à Redon (Ille-et-Vilaine), 32 mm à Guigny (Pas-de-Calais), 36 mm à Sainte-Sévère-sur-Indre (Indre), 37 mm à Magnicourt-sur-Canche (Pas-de-Calais) et 48 mm à Alençon (Orne).
 
Mais le fait le plus marquant de cette soirée d'orages violents est la formation de deux tornades :
 
+ la première survient sur la commune de Domagné, en Ille-et-Vilaine. D'intensité EF2, elle frappe 7 communes sur une distance totale de 16 kilomètres. Sur son parcours, elle endommage des toitures d'habitation, déporte un attelage, disperse des meules de foin et brise des arbres adultes de toutes essences.
 
+ la seconde, environ 3 heures plus tard, est une tornade de forte intensité (EF3) qui s'abat sur l'Eure-et-Loir ; elle traverse la ville de Dreux de part en part.
                                                              
            

Les orages du mardi 19 août 1890

MUCAPE et isohypses 500 hPa, le mardi 19 août 1890 à 18h09 (heure de Paris). Moyenne des ensembles du 20th Century Reanalysis Program (NOAA/ESRL PSD). (c) KERAUNOSLa masse d'air reste instable sur la France le mardi 19 août, notamment des Pyrénées à la Lorraine (voir ci-contre).
 
Quelques orages évoluent encore entre Aquitaine et Midi-Pyrénées, ainsi qu'à proximité des côtes de la Manche. Mais l'activité orageuse la plus marquée se concentre du Massif Central à la Franche-Comté et à l'Alsace. Les orages y sont plus nombreux et plus actifs durant l'après-midi et en soirée, tout particulièrement sur le nord des Alpes et le Jura.