LES TORNADES EN FRANCE : STATISTIQUES ET CLIMATOLOGIE

 

Les éléments de climatologie qui suivent reposent sur la base de données KERAUNOS, qui rassemble tous les cas de tornades identifiés sur le territoire français. Cette synthèse n'est pas figée et fait l'objet de mises à jour régulières.

 

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Remarque préliminaire :

La climatologie des tornades nécessite, pour être bien interprétée, d'être comprise à la lumière des contraintes propres à leur recensement. Cela vaut pour toutes les aires géographiques du globe, la France ne faisant pas exception en la matière.

Il est ainsi important de considérer le fait que le recensement de ces phénomènes repose uniquement sur des témoignages et des relevés de dégâts. Autrement dit, une tornade de faible intensité, ou survenant en zone inhabitée, a davantage de chances d'échapper au recensement qu'une tornade de forte intensité ou circulant en zone urbanisée. Dès lors, comme cela sera détaillé plus bas, certains aspects de la climatologie des tornades subissent un biais, qui tend toutefois à se corriger au fil des années grâce au recensement systématique mis en place depuis la création de l'Observatoire, mais qui doit être conservé à l'esprit afin d'éviter toute interprétation erronée des statistiques qui suivent.

 

 

Les tornades en France : quelques chiffres clés et cas marquants

 

A ce jour, 665 cas de tornades sont recensés en France, dont 513 cas validés en liste principale (arrêté en date du 14 août 2011).

 

Sur la base des recherches menées par l'Observatoire, il est raisonnable de considérer que se produisent en moyenne chaque année sur le sol français entre 40 et 50 tornades, l'essentiel d'entre elles présentant des intensités très faibles (EF0) à faibles (EF1).

Il se produit néanmoins périodiquement des tornades d'intensité remarquable, dont voici quelques exemples.

 

Plus fortes tornades recensées :

Deux tornades d'intensité EF5 ont été recensées en France :

le 24 juin 1967 : tornade EF5 à Palluel (Pas-de-Calais)

le 19 août 1845 : tornade EF5 à Montville (Seine-Maritime)

 

Les tornades d'intensité EF4 sont pour l'instant au nombre total de 12, dont les 3 plus récentes ont été observées :

le 3 août 2008 : tornade EF4 à Hautmont (Nord)

le 2 juin 1982 : tornade EF4 à Levier (Doubs)

le 24 juin 1967 : tornade EF4 à Pommereuil (Nord)

 

Trajectoires les plus longues :

la tornade de Saint-Claude (Jura), le 19 août 1890, a parcouru 81 km, dont une partie en Suisse

la tornade d'Uberach (Haut-Rhin), le 10 juillet 1968, a parcouru 56 km

la tornade de Coinces (Loiret), le 7 septembre 1876, a parcouru 38 km

 

Episodes de tornades remarquables :

le 23 août 1865, 4 tornades s'abattent sur les départements de l'Aisne et de l'Oise. Parmi elles, on compte 3 tornades d'intensité EF2 et 1 tornade d'intensité EF3. Aucune victime n'est à déplorer. Cet épisode touche également la Belgique.

les 24 et 25 juin 1967, au moins 5 tornades s'abattent sur le Nord, le Pas-de-Calais et la Somme. Parmi elles, on compte 2 tornades d'intensité EF2, 1 tornade d'intensité EF3, 1 tornade d'intensité EF4 et 1 tornade d'intensité EF5. Cet épisode orageux exceptionnel frappe également la Belgique et les Pays-Bas.

 

 

Répartition géographique des tornades en France

 

Le recensement des tornades fait apparaître certaines disparités dans l'exposition des divers territoires français à ce phénomène. En effet, même si l'on peut considérer qu'aucune région de France n'est à l'abri d'une tornade, certaines portions de territoire n'en rencontrent que très occasionnellement quand d'autres en voient régulièrement. Certains départements comptent ainsi plus de 25 cas de tornades recensés, quand d'autres n'en comptent encore aucun à ce jour. Cela ne signifie pas qu'aucune tornade ne s'est jamais produite sur ces départements, mais du moins qu'aucune tornade n'y a jamais été recensée et que le niveau d'occurrence y est de toute évidence très réduit. Ces départements se rencontrent essentiellement dans les zones de relief du Massif Central et des Alpes. L'absence de cas enregistré dans l'Essonne est sans doute une conséquence, entre autres, de ses dimensions réduites ; en effet, la région parisienne présente dans son ensemble une exposition aux tornades qui paraît homogène.

 

Ce sont ainsi trois grandes zones de territoire qui peuvent être distinguées dans leur exposition au risque de tornade :

* les zones à risque relativement faible en comparaison de la fréquence nationale moyenne : il s'agit des régions qui s'étirent du Massif Central à la moyenne vallée du Rhône et aux Alpes. Les reliefs importants de ces régions affectent les flux de basses couches, avec des conséquences en termes de cisaillement et d'hu-

   
  nombre de tornades par département  

les tornades recensées en France

       
   
 

tornades recensées en liste 1

 

tornades recensées en liste 2

 

 

 

   

midité qui, vraisemblablement, perturbent les mécanismes qui président à la formation des tornades. La Corse, pour sa part, voit régulièrement des trombes marines circuler au large de ses côtes, mais des impacts terrestres restent très rares.

* les zones à risque modéré, qui présentent des occurrences voisines de la moyenne nationale : ces départements sont essentiellement ceux qui s'étirent de l'Aquitaine à la Bourgogne et à l'Alsace. Malgré le nombre élevé de jours avec orage observé sur cet axe, les tornades n'y présentent pas une fréquence marquée.

* les zones à risque élevé, qui subissent des occurrences de tornades plus marquées que la moyenne nationale. Figurent dans cette zone les régions qui s'étirent du Poitou-Charentes, des Pays-de-la-Loire et de la Bretagne jusqu'à la Normandie, le Nord - Pas de Calais et une partie de la Lorraine. Ces régions conjuguent des reliefs très peu marqués, des situations orageuses en toutes saisons, et une exposition privilégiée aux flux perturbés, toutes choses qui permettent de réunir plus souvent qu'ailleurs les ingrédients nécessaires à la formation des tornades.  L'influence de certaines vallées sur le flux moyen joue également en faveur des tornades entre Aude et Hérault d'une part et en région jurassienne d'autre part, sans doute en accentuant localement le cisaillement vertical des vents horizontaux. Cette influence semble devenir à l'inverse plus négative sur la plaine d'Alsace, qui pourrait pâtir de la barrière vosgienne. Sa présence y produit vraisemblablement un effet parfois inhibiteur sur le développement des tornades, comme le suggèrent les fréquences moindres enregistrées en plaine d'Alsace en comparaison de celles enregistrées sur le plateau lorrain.

 

fréquence des tornades

 

 

 

 

 

 

 

 

Répartition mensuelle des tornades en France

 

Aucune période de l'année n'est exempte de tornades et il s'en produit en toutes saisons sur notre territoire. Les tornades présentent néanmoins une saisonnalité très nette, avec un creux à la fin de l'hiver (février ; 3% des cas) et un pic d'occurrences en été (juin et août, avec 13% et 16% des cas).

Le creux relatif observé au mois de juillet est délicat à interpréter, dans la mesure où il peut constituer une réalité climatologique, qui s'expliquerait alors par des configurations synoptiques en moyenne moins dynamiques durant le mois de juillet, surtout en comparaison de la première quinzaine de juin et de la seconde quinzaine d'août. Mais il pourrait également être la conséquence d'un recensement encore à ce jour incomplet sur ce mois. Néanmoins, compte tenu de l'homogénéité du recensement sur les autres mois de l'année, la première hypothèse est actuellement privilégiée.

 

répartition des tornades par mois

 

 

Répartition horaire des tornades en France

 

Des tornades sont observées en France à toute heure du jour et de la nuit. La base de données ne présente en effet aucune heure sans occurrence de tornade. Néanmoins, alors qu'à peine 6% des tornades se forment en pleine nuit, plus de la moitié d'entre elles sont observées l'après-midi. On remarque notamment un pic très net en fin d'après-midi, entre 15h et 18h TU, ce qui relie clairement les occurrences de tornades aux heures les plus chaudes et classiquement les plus instables de la journée.

 

répartition des tornades par heure de survenance (heures TU)

 

répartition des tornades par heure de survenance (heures TU)

 

 

Répartition saisonnière des tornades en France

 

Les tornades se rencontrent en toutes saisons sur notre territoire, avec une fréquence maximale en été (40% des tornades sont observées sur la période juin - août) et minimale en hiver (qui rassemble moins de 15% des cas de tornades). Les fréquences observées sur les mois de printemps et d'automne sont similaires, avec un léger avantage à l'automne, qui se distingue de fait comme la deuxième saison la plus propice aux tornades en France.

De manière globale, la saison chaude (avril-septembre) rassemble plus des deux tiers des cas de tornades, ce qui relie sensiblement et logiquement la saisonnalité des tornades à celle des orages. Ceci signifie par ailleurs que le ratio occurrences de tornades / occurrences d'orages est à peu près constant tout au long de l'année. En d'autres termes, un orage d'été ne semble pas présenter, sur notre territoire, une probabilité de formation de tornade supérieure à un orage d'hiver.

La répartition géographique des tornades présente en outre une saisonnalité équivalente à celle des orages, avec des occurrences majoritairement concentrées dans les régions au climat à composante océanique l'hiver, tandis que les tornades gagnent ensuite l'ensemble du pays de manière homogène en saison chaude.

   
  tornades en saison froide  

tornades en saison chaude

       
   
 

répartition des tornades par saison

 

répartition des tornades par saison

 

 

   

 

 

Intensité des tornades recensées en France

 

L'analyse statistique de l'intensité des tornades en France amène à s'interroger conjointement sur la proportion de tornades qui échappent au recensement. En effet, la probabilité qu'une tornade demeure inconnue du recensement est d'autant plus élevée que cette tornade est d'intensité faible.

 

N.B. : Cette évaluation du taux de non-recensement a fait l'objet d'une présentation lors du séminaire KERAUNOS en 2010. Les conclusions de l'équipe de KERAUNOS, présentées à cette occasion, parvenaient notamment au fait qu'il est probable que plus d'une tornade sur deux de très faible intensité (EF0) échappe au recensement, dans les années récentes, malgré une qualité et une exhaustivité de recensement très largement accrue depuis la mise en place de l'Observatoire. Les taux de non-recensement sont d'autant plus significatifs que l'intensité est faible et l'époque reculée, à ceci près que certaines périodes relativement récentes pâtissent de taux de non-recensement transitoirement plus significatifs dans les années 1950 à 1970.

 

Les statistiques présentées dans les cartes et graphiques ci-contre présentent les éléments bruts de la base de données. Ils sont donc à corriger en regard de ce taux de non-recensement, dont pâtissent essentiellement les intensités les plus faibles. Dès lors, la prédominance de l'intensité EF1 (plus d'un cas sur trois en base de données) ne représente pas la réalité de la répartition des tornades françaises en terme d'intensité. La répartition estimée réelle, extrapolée sur la base de l'évaluation des taux de non-recensement, est présentée plus bas.

 

Malgré ce biais, les statistiques ci-contre ne sont pas sans intérêt, dans la mesure notamment où elles montrent que les tornades les plus intenses se rencontrent pour l'essentiel en saison chaude. Cette relative saisonnalité des tornades de forte intensité devient perceptible à partir du niveau d'intensité EF3 et s'accentue pour les tornades d'intensité EF4, qui comptent pour 1% des tornades recensées en saison froide et pour 3% en saison chaude. Aucun tornade d'intensité EF5 n'a jusqu'à présent été recensée en saison froide.

 

La répartition géographique par intensités est pour sa part relativement homogène jusqu'à l'intensité EF3. Au-delà, on note une certaine concentration des très fortes intensités (EF4 et EF5) dans trois zones géographiques distinctes, sans que le nombre de cas recensés dans ces catégories d'intensité ne puisse autoriser de conclusions définitives dans ce domaine : d'une part l'Hérault et l'Aude, d'autre part les environs du Jura, et enfin le Nord - Pas de Calais.

     
     

répartition des tornades par intensité

       
   
 

intensité des tornades

par niveau d'échelle EF

 

intensité des tornades

groupée par 2 niveaux d'échelle EF

       
   
 

intensité des tornades en saison chaude

par niveau d'échelle EF

 

intensité des tornades en saison chaude

groupée par 2 niveaux d'échelle EF

       
   
 

intensité des tornades en saison froide

par niveau d'échelle EF

 

intensité des tornades en saison froide

groupée par 2 niveaux d'échelle EF

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Intensité estimée réelle des tornades en France

 

Les deux graphiques ci-contre présentent la ventilation estimée réelle des tornades françaises par intensité. Cette estimation est réalisée en prenant en compte une évaluation du taux de non-recensement aux diverses périodes historiques et actuelles.

Il en ressort notamment que près de 7 tornades sur 10, sur le sol français, sont de très faible intensité, et plus de 9 sur 10 d'intensité faible ou très faible. Les tornades d'intensité modérée à violente ne représentent pour leur part que 5% des tornades.

 

intensité des tornades

par niveau d'échelle EF

 

intensité des tornades

groupée par 2 niveaux d'échelle EF

 

 

Distance moyenne parcourue par les tornades en France

 

Les tornades françaises parcourent des distances le plus souvent relativement courtes qui, dans plus de la moitié des cas, est inférieure à 5 km. Les trajets longs, supérieurs à 15 km, représentent moins d'une tornade sur dix.

Il est intéressant de noter la corrélation entre la distance parcourue et l'intensité de la tornade. Ainsi, alors que les tornades françaises d'intensité EF0 parcourent en moyenne 2 km, celles d'intensité EF4 touchent le sol pendant plus de 20 km en moyenne. Le léger repli constaté sur l'intensité EF5 n'est pas réellement représentatif, dans la mesure où cette catégorie ne compte que deux cas.

 

distance moyenne parcourue

(toutes intensités confondues)

 

distance moyenne parcourue

(répartition par intensités)

 

 

Sens de déplacement des tornades en France

 

L'analyse des trajectoires suivies par les tornades montre que la quasi-totalité des cas proviennent du cadran sud-ouest, avec une très nette dominante de l'axe sud-ouest / nord-est (220°).

 

Il est intéressant par ailleurs de remarquer que la ventilation par saison permet de mettre en évidence un flux davantage orienté sud-ouest en saison chaude et davantage orienté ouest en saison froide. Ceci tient directement à la configuration synoptique habituellement associée aux épisodes orageux actifs sur notre pays. Ces derniers évoluent en effet principalement en flux de sud-ouest en été, et en flux d'ouest rapide en hiver. La conséquence sur le flux moyen qui détermine le déplacement des tornades est manifeste.

     
      sens de déplacement
       
   
 

saison chaude

 

saison froide

 

 

   

 

 

Tornades meurtrières : blessés et décès liés aux tornades en France

 

Plus d'une tornade française sur cinq provoque au moins un blessé, ce qui confirme que ce phénomène, aussi bref soit-il, présente une menace directe et sérieuse sur la sécurité des personnes.

Le risque apparaît dès le bas de l'échelle, avec environ 3% des tornades d'intensité EF0 qui causent des blessés. Le risque s'accroît ensuite rapidement avec l'intensité. A partir du niveau EF2, le risque de décès devient sensible. Une tornade EF3 sur trois provoque au moins un décès. Ce ratio monte significativement lorsque l'intensité EF4 est atteinte : seule une EF4 sur quatre ne cause pas de décès.

Au niveau maximal EF5, il y a quasi certitude de déplorer blessés et décès sur le trajet suivi par la tornade.

 

La répartition géographique des tornades meurtrières fait apparaître des occurrences plus nombreuses dans les zones régulièrement soumises au phénomène, et ce malgré des disparités nettes en terme de densité de population. Les deux départements qui ont subi le plus de décès liés aux tornades sont actuellement l'Hérault et le Nord.

     
      nombre de tornades meurtrières par département
       
   
 

tornades causant des blessés

 

tornades causant des décès

 

 

   

 

 

Etudes de cas relatives aux tornades françaises

 

Plusieurs études de cas ont été éditées par KERAUNOS et sont accessibles ci-dessous :

 

+ étude de la tornade du 4 novembre 2009 à Camiers (Pas-de-Calais)

+ étude dédiée aux violents orages ardennais et à la tornade du 9 août 1905

+ rapport détaillé concernant la tornade F4 du 3 août 2008 en Val de Sambre (Nord)

+ analyse aérienne des dommages consécutifs à la tornade de Hautmont du 3 août 2008 (Nord)

+ bilan des tornades en France en 2007  

+ bilan des tornades en France en 2009

 

 

Autres publications relatives aux tornades françaises

 

+ Tornadoes in France. Snow J. T. and Dessens J.. 1989. Weather and Forecasting, 4, 110-132.

+ Une trombe marine près de Dieppe. Caspar R., 2007. Met Mar, 217, 16-18 .

+ Les tornades en France : généralités et analyse de l'évènement du 3 août 2008 en val de Sambre. Caspar R., Labbé L., Jakob E., 2009. La Météorologie, 8e série, n°67, 31-42.

+ The F4 tornado of August 3, 2008, in Northern France: Case study of a tornadic storm in a low CAPE environment. Wesolek, Mahieu (KERAUNOS). Atmospheric Research, Volume 100, Issue 4, June 2011, 649-656.

+ Consequences of Tornadic Storms in Urban Areas: Case Study of the Paris Tornado (France) in September 10, 1896. Mahieu, Wesolek (KERAUNOS). 6th European Conference on Severe Storms. 2011.

+ Contribution to an European adaptation of the Enhanced Fujita Scale : Analysis of Damage caused by Tornadoes in France. Mahieu,  Wesolek (KERAUNOS). 6th European Conference on Severe Storms. 2011