TROMBE MARINE AU LARGE DE LANGRUNE-SUR-MER (14) LE 17 DECEMBRE 2010

 

Une trombe marine a été observée le 17 décembre 2010 au large de Langrune-sur-Mer (Calvados), aux environs de 13h15 locales. D'une durée d'environ 10 minutes, cette trombe s'est développée dans un contexte de traîne active, en masse d'air d'origine arctique. Une première trombe avait été observée en fin de matinée au large d'Etretat, puis deux autres trombes une heure plus tard au large du Havre.

 

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photographies du phénomène

 

La trombe a été photographiée par un témoin. On repère sans difficulté la trombe sur ce cliché général (au milieu de la photo) :

crédit photo : Igor HOLLMAN

 

crédit photo : Igor HOLLMAN

 

 

témoignage

 

Il était 13h15 au moment où j'ai commencé à observer la formation d'un tuba au large, en Manche, assez éloigné des côtes, à environ 10 km de ma commune (Langrune-sur-Mer) et à une vingtaine de km par rapport au Havre. Celui-ci s'est prolongé jusqu'à mi-distance entre la base nuageuse et la surface de la Mer. C'est seulement au bout de 2 à 3 minutes après le début de sa formation que j'ai pu constater l'apparition d'un buisson s'élevant dans les airs. Le doute n'était plus permis, il s'agissait bel et bien d'une trombe qui aura duré au total une petite dizaine de minutes.

Igor Hollman

 

 

profil vertical et situation météorologique du jour

 

La situation synoptique de ce 17 décembre 2010 est dominée par un décrochage massif d'air arctique, sous la forme d'un minimum dépressionnaire transitant des régions polaires en direction des îles britanniques et de la mer du Nord.

Ce système advecte massivement de l'air froid à tous les niveaux sur la France, et notamment sur sa moitié nord, comme en témoigne le champ ci-contre, issu du modèle WRF en résolution 24 km, initialisé à 12Z le 17 décembre 2010. Ce champ représente la température vers 5200 mètres d'altitude en milieu d'après-midi. On remarque des valeurs particulièrement froides, qui atteignent jusqu'à -42°C sur le Nord - Pas de Calais et la Belgique. Ces fortes advections froides à l'étage moyen induisent généralement une instabilité verticale assez marquée au-dessus des mers et près des côtes (eau de mer relativement douce et apport en humidité).

La trombe s'est ainsi formée au sein d'une masse d'air instable, caractérisée par la présence de gradients thermiques verticaux très resserrés en basses couches et d'une convergence de basses couches modérée, sans cisaillements verticaux marqués. Ce type de configuration compte parmi les situations propices à la génération de tubas et de trombes marines.

Le graphique ci-contre représente le profil vertical reconstitué pour la région de Langrune-sur-Mer, ce 17 décembre 2010 à 13h locales. On note un profil typique d'une masse d'air d'origine arctique, caractérisée par une tropopause fortement abaissée et des gradients verticaux resserrés sur toute l'épaisseur de la troposphère. Ce profil affiche une MUCAPE de 203 J/kg, dont 119 J/kg contenus dans les 3 premiers kilomètres de l'atmosphère. Les cisaillements relatifs sont faibles, avec une SRH relativement constante sur toutes les épaisseurs et globalement voisine de 40 m²/s².

Ci-dessous, on note la présence d'une masse d'air instable (MUCAPE > 100 J/kg) depuis le proche Atlantique jusqu'en Manche et en mer du Nord. Cette instabilité est en phase avec des axes de convergence des vents en zone littorale, le long des côtes de la Manche (contours violets) [run WRF 8km du 17/02/2010 à 00Z].