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ORAGES DE NEIGE SUR LE GARD ET LES
BOUCHES-DU-RHÔNE, LE 7 MARS 2010 |
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La soirée du dimanche 7 mars 2010 a été
marquée par une situation atypique d'épisode neigeux instable,
entre la vallée du Rhône et le Languedoc. Bien alimenté en basses couches
par de l'air humide et relativement doux d'origine méditerranéenne, le
système perturbé a développé une activité convective,
essentiellement liée à de fortes advections d'air froid dans les couches
moyennes de l'atmosphère.
L'ensemble a permis la formation de
quelques orages de neige dans le corps du système perturbé, en
début de nuit du 7 au 8 mars, sur la Camargue et la région de Nîmes
notamment. Ces phénomènes ont accentué l'intensité des précipitations
neigeuses et généré des épaisseurs de neige au sol remarquables pour ces
régions en cette période de l'année. |
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Durant la journée du dimanche 7 mars,
une goutte froide d'altitude (-35°C à l'altitude géopotentielle 500
hPa) migre depuis l'Allemagne en direction du Sud-Ouest de la France. En
soirée, elle se positionne sur le Massif Central, induisant un flux de
Sud-Ouest dynamique à très haute altitude. Ce flux dynamique surplombe un
flux de Sud à l'étage moyen et un flux de basses couches fortement
convergent au niveau du Gard et dans le Golfe du Lion.
Cette convergence marquée se couple par
ailleurs en début de nuit à une accélération du jet de basses couches
sur le flanc oriental de l'axe de convergence (sur la Provence), ce jet
advectant de l'air doux sur l'ensemble du bassin Méditerranéen Occidental
(thêta'w voisines de 4°C).
Ces différents éléments favorables à une convection profonde entrent en
phase avec un forçage d'altitude qui se cale des Baléares à la Corse dans
le même temps. Les conditions de cisaillements profonds sévères (voisins
de 30 à 35 m/s sur la couche 0-6 km), associées à des profils instabilisés
en altitude, suffisent alors au déclenchement d'orages parfois modérés
entre l'Ouest de la Provence et le Languedoc.
L'analyse des images satellite
met en évidence une situation orageuse typiquement Méditerranéenne, qui
d'ailleurs adopte durant environ une heure, en pleine mer, un comportement
de régénération rétrograde. Bien que cette même analyse ne permette
pas de parler "d'orage en V", une régénération durable du cluster orageux
a été observée en aval immédiat du forçage d'altitude, sur l'axe de
convergence de basses couches.

Image satellite
infra-rouge et observations au sol (Estofex) à 00h UTC le 8 Mars 2010.
Les sommets les plus froids apparaissent en couleur violette. |

Flux à 500 hPa - 8 mars
2010 à 00h TU

Flux à 700 hPa - 8 mars
2010 à 00h TU

Flux de basses couches -
8 mars 2010 à 00h TU
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►
chronologie de
l'épisode |
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Dès le début de
soirée, des cellules orageuses se développent en mer, au large de
la Camargue. Avec la remontée du forçage d'altitude, et la mise en place
du flux de Sud à l'étage moyen, elles progressent vers le littoral des
Bouches-du-Rhône et du Gard. Durant toute la première partie de nuit du
dimanche 7 au lundi 8 mars, des cellules orageuses, dotées d'une
activité électrique parfois surprenante, glissent le long de la
convergence, depuis la zone de régénération, jusqu'en basse vallée du
Rhône. Grâce à de puissantes advections froides, les précipitations
orageuses se produisent alors sous forme neigeuse. Ainsi, des chutes de
neige spectaculaires affectent une bonne moitié Ouest du littoral
méditerranéen français entre le 7 et le 8 mars (puis espagnol le
lendemain). Les intensités neigeuses ont par endroits avoisiné les 10
cm/h, notamment à l'Est de Nîmes, au cœur de la convergence de basses
couches. Nous pouvons estimer l'équivalent pluie à 15 ou 20 mm/h environ,
sous les plus fortes intensités. Sur un plan électrique, il est
intéressant de noter que le nombre d'impacts positifs enregistrés
au cours de cet épisode s'avère remarquable (proportion voisine de 50%).
Le décalage de l'axe
de convergence de basses couches, déphasant alors tous les facteurs en jeu
dans cette dynamique millimétrée, met fin à l'activité orageuse en milieu
de nuit.
Le lundi 8 Mars, l'instabilité s'est progressivement décalée au
large des Pyrénées-Orientales. Le même phénomène s'est alors
reproduit, à savoir de fortes chutes de neige issues de cellules
orageuses, mais plus isolées et moins bien organisées que la veille. |
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Cette photo, prise
dans le centre de Nîmes en début de nuit du 7 au 8 mars 2010, témoigne des
épaisseurs de neige générées par cet épisode neigeux instable.
crédit photo : (c) V. LHERMET
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►
analyse des profils
verticaux |
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Le radiosondage de Nîmes, tiré
le 7 mars à 12h TU, soit une dizaine d'heures avant les orages, présente
la particularité d'être stable dans les basses couches mais modérément
instable dans les couches moyennes. La MUCAPE, de 146 J/kg, est associée à
un niveau de convection libre rehaussé à 2120 m d'altitude.
Aucun autre radiosondage plus proche
géographiquement et temporellement de cet épisode orageux n'est
disponible. Il est donc délicat de tirer des conclusions définitives sur
les profils associés aux orages proprement dits. Néanmoins, il est
probable que l'essentiel de l'instabilité était encore concentrée dans les
couches moyennes en soirée (gradient verticaux de 7°C/km), en liaison avec
la proximité de la goutte froide d'altitude, et qu'elle fut exploitée
grâce à des forçages nombreux et vigoureux, autant à méso-échelle qu'à
échelle synoptique.
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La prévision de ce type d'orages de
neige est complexe, dans la mesure où ils font intervenir
essentiellement une instabilité dans les couches moyennes de l'atmosphère.
Dès lors, le déclenchement de la convection est soumis à des forçages
puissants en basses couches, qui généralement doivent être doublés
d'une dynamique synoptique favorable.
Ces conditions étant réunies,
l'Observatoire avait indiqué dans ses bulletins de prévision à
moyen terme, dès le 4 mars, un risque orageux ponctuel pour le 7 mars,
plus particulièrement ciblé dans un premier temps pour la Corse. Dans sa
prévision du 6 mars à 08h locales, valable pour le 7 mars et nuit
suivante, la zone soumise à un risque orageux était étendue jusqu'au golfe
du Lion, avec mention suivante : Une goutte froide d'altitude migrera
en direction du sud de la France. Elle induira des profils verticaux
modérément instables sur le pourtour méditerranéen, où une convection
profonde pourra localement s'enclencher. Quelques orages pourront dès lors
se former sur la zone visée.
Enfin, la prévision jour J émise le
7 mars à 00h locales pour la journée du 7 et nuit suivante confirmait
un risque d'orage ponctuel, notamment en fond de Golfe du Lion, jusqu'aux
littoraux immédiats du Languedoc et de l'Ouest de la Provence.
Le caractère convectif et localement
orageux de cet épisode neigeux avait donc été anticipé, et ce dès le 4
mars, même si la localisation des orages n'a été bien définie que dans les
48 heures qui ont précédé l'épisode. |
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►
qu'est-ce qu'un
orage de neige ? |
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On parle d'orage de neige
lorsqu'un Cumulonimbus produit des précipitations sous forme
majoritairement neigeuse jusqu'en plaine et qu'est observée simultanément une activité
électrique (qu'elle soit intra-, inter- ou extranuageuse).
Les orages de neige sont des
phénomènes relativement rares, car ils nécessitent la présence d'une
masse d'air très froid dans toute l'épaisseur de l'atmosphère. Or, les
profils atmosphériques très fortement refroidis jusque dans les basses
couches (masse d'air polaire maritime, voire arctique) ne sont pas aussi
propices à une convection forte et profonde que les profils associés à des
masses d'air d'origine océanique ou tropicale. Dans ces conditions, c'est
généralement la présence simultanée d'une intense advection froide
d'altitude (goutte froide) et d'apports d'humidité en basses couches qui
permettent la formation de ces orages de neige. Dès lors, les régions
proches des littoraux sont les plus exposées, en France, au risque d'orage
de neige. Classiquement, deux situations s'y prêtent plus particulièrement
:
+ les traînes actives en flux
polaire de secteur NNO à NE, qui peuvent alors produire classiquement
des orages de neige du Nord - Pas de Calais à la Normandie. Ces régions
sont climatiquement propices aux orages de neige, par leur caractère
septentrional d'une part, qui les expose aux masses d'air les plus
refroidies lors des "coulées polaires", et par la proximité de la mer du
Nord et de la Manche d'autre part, qui assurent une forte humidification des
basses couches ;
+ les systèmes perturbés froids et
instables, qui exigent, pour prendre un caractère orageux, des
forçages importants dans les basses couches, afin d'exploiter
l'instabilité potentielle généralement présente dans les couches moyennes
de l'atmosphère au cours de ces situations. Le sud du pays est alors mieux
positionné pour ce type d'épisode, notamment parce que les advections
douces de basses couches y sont favorisées par la mer Méditerranée. C'est
ce contexte qui a prévalu lors de cet épisode des 7 et 8 mars 2010.
Il est intéressant de noter que l'hiver
2010 aura connu plusieurs cas d'orages de neige, comme les
orages de neige du 31 janvier 2010 en Seine-Maritime
par exemple, et ainsi remis à l'actualité des phénomènes devenus très
rares ces dernières années, mais qui méritent d'être étudiés tant ils
présentent des caractéristiques originales. Parmi elles figure une forte
proportion d'impacts de foudre positifs et, pour certains d'entre eux,
surpuissants et destructeurs. La conjonction de sommets nuageux bas et de
cisaillements vitesse généralement forts tendraient à expliquer un
décalage latéral des charges électriques positives au sein des orages de
neige. |
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