EPISODE MEDITERRANEEN REMARQUABLE DU 2 AU 6
NOVEMBRE
2011
Un épisode
méditerranéen particulièrement remarquable par sa durée et les
lames d'eau qui en découlent, a frappé le sud-est du pays du 2 au 6
novembre 2011. En toute fin d'épisode, un
medicane s'est développé en
Méditerranée occidentale et a touché le département du Var le 8 novembre
2011.
►
lames d'eau, cartographie et
hydrologie
●
lames d'eau
+ sur les Cévennes, les
lames d'eau sont particulièrement élevées. Bien que durables, les
pluies, parfois fortes (jusqu'à 70 ou 80 mm/h) ont généré des cumuls
supérieurs à 920 mm à Valleraugue soit une lame d'eau
R5* (30) et atteignant 723 mm (R4-)
à Loubaresse (07) et 678 mm (R4-) à Villefort (48).
Sur les autres postes cévenols, ainsi qu'en piémont, des lames d'eau
généralement comprises entre 250 et 400 mm ont été relevées sur
la période.
+ sur les Alpes-Maritimes, et notamment le plateau de Caussols,
la lame d'eau la plus importante dépasse 370 mm (R3-) sur l'épisode. En
zone littorale, le cumul atteint 276 mm à Mandelieu par exemple.
+ sur le département du Var, la lame d'eau relevée dépasse 300 mm
(R2-)
que ce soit à Saint-Maximim ou à Brignoles, à Comps-sur-Artuby ou à
Seillans. Ces cumuls sont remarquables pour le département, bien
qu'assez éloignés des nouveaux records établis en
juin 2010.
+ sur les Bouches-du-Rhône, c'est en Camargue que les pluies ont
été les plus intenses. Il est ainsi relevé 210 mm à Arles.
+ sur le Vaucluse, les 200 mm sont atteints à
Chateauneuf-du-Pape.
En plus d'être durable, cet épisode s'est finalement montré très étendu.
Ainsi, de fortes lames d'eau sont également à signaler de la Haute-Loire
aux Hautes-Alpes et à la Corse d'une part, jusqu'au relief des Pyrénées
d'autre part. La carte ci-contre illustre de fait les cumuls observés
entre le 2 et le 6 novembre sur l'ensemble des départements touchés.
●
hydrologie et conséquences
+A
l'ouest du Rhône, les réactions ont été significatives pour la quasi
totalité des cours d'eau concernés, y compris sur les versants
atlantiques.
Par exemple, les affluents amont duTarnainsi
que le Tarn amont lui même ont fourni des crues importantes : la Mimente
et les Tarnon ont en plusieurs points dépassé leur crue de 2003. Plus en
aval, la crue s'est atténuée, bien que restant assez remarquable jusqu'à
la sortie des gorges.
Coté méditerranéen, les
précipitations extrêmes tombées au pied de l'Aigoual ont permis une
réaction forte del'Hérault.
Cette réaction n'a été que localement et faiblement débordante. Elle
s'est lentement propagée vers Agde, la décrue ayant souvent été ralentie
par les nouvelles précipitations sur la plaine.
LesGardonsont
fourni des crues assez importantes, de 1 mètre cube par seconde et par
kilomètre carré sur le bras alésien à 2 mètres cube par seconde et par
kilomètre carré sur le Gardon d'Anduze et de Mialet. C'est sur ces deux
cours d'eau qu'on note une signature typiquement cévenole, très
réactive, de l'hydrogramme, avec trois pics de crue correspondant aux
trois phases d'intensification. En amont comme en aval, seuls quelques
débordements locaux auront été constatés (Anduze, Dions...).
LaCèzea
aussi connu une réaction assez forte, mais seulement localement
débordante à l'aval. Comme dans le cas du Gardon d'Alès, avec le barrage
de Sainte-Cécile-d'Andorge, la Cèze avec le barrage de Sénéchas a subi
un important écrêtement à l'amont.
Coté ardéchois, sur leChassezac,
laBaumeet
l'Ardèche, des réactions significatives ont eu lieu sans
toutefois atteindre des niveaux très importants.
Enfin, leVidourlea
peu réagi : il n'a débordé en aucun point de son cours. Dans les cours
d'eau de plaine, le plus réactif aura été leLez, en aval, avec
quelques débordements sans grande importance.
+A
l'est du Rhône,les
réactions ont été plus importantes, notamment entre Var et
Alpes-Maritimes.
Par exemple, l'Argenset
certains de ses affluents (Le Caramy en particulier), leGapeauou
leRéal Martinont
fourni de fortes réactions en réponse à cet épisode durable. Ces crues
ont été débordantes en plusieurs points mais en particulier dans la
région aval de l'Argens, où la décrue aura été particulièrement lente du
fait des pluies modérées qui ont longtemps persisté sur la zone.
LeVara
lui aussi fourni une réaction localement débordante alors que certains
fleuves côtiers de l'Estérel ont généré des crues modérées à fortes.
Enfin, laDurance,
stimulée par les pluies de son extrême amont et de son bassin moyen a
aussi connu une crue relativement importante.
+Le
Rhôneen-lui même a réagi
à l'apport combiné de ses affluents en générant une crue modérée dans sa
basse vallée.
D'une manière générale, la dynamique
et la chronologie des précipitations n'a pas permis de générer de crue
extraordinaire, en particulier sur les Cévennes, particulièrement sèches
avant l'épisode et quoi qu'il en soit dotées de bassins à même d'écouler
de très fortes lames d'eau sans crue très importante. Les crues varoises
ont été plus fortes mais n'ont été réellement débordantes que sur de
faibles portions de bassins et d'affluents. Cependant, leur durée (en
lien avec celle de l'épisode) combinée à leur intensité modérée à forte
est remarquable.
►
contexte météorologique
Cet épisode méditerranéen se
distingue par trois phases successives bien distinctes.
Une première phase, typiquement cévenole, durant environ 24h, débute le
2 novembre en tout début de journée. Classiquement, un jet de basse
couche orienté au secteur sud à sud-est pointe en direction des Cévennes
tout en se renforçant. Ce dernier favorise le soulèvement orographique
sur l'ensemble des Cévennes.
Dans un deuxième temps, dans la soirée du 3 novembre, un
premier forçage d'altitude, piloté par un vigoureux thalweg sur le
proche Atlantique entre dans le Golfe du Lion. Jet de basse couche,
afflux d'humidité et instabilité se renforcent si bien que les profils
verticaux deviennent en soirée du 3 fortement cisaillés dans les très
basses couches atmosphériques.
Ainsi, une
supercellule prend naissance sur le
bassin du Vidourle. Cette dernière parvient à mâturité dans le
département du Gard, à proximité d'Anduze. Une
tornade d'intensité EF2
frappe alors un axe s'étendant de Durfort à Saint-Sébastien
d'Aigrefeuille en passant par Anduze et Générargues.
Quelques dizaines de minutes plus tard, le radiosondage de Nîmes est
tiré sur l'aéroport de Courbessac. Profil vertical et hodographe sont
particulièrement éloquents et favorables à la genèse d'un phénomène
tourbillonnaire (cf. figures ci-dessous).
En effet, les niveaux de condensation sont exceptionnellement bas
(LCL à 140 m d'alt.) alors que la SRH 0-1 km atteint 496 m²/s²,
soit une valeur très élevée. Le modèle WRF 8km modélisera d'ailleurs une
SRH 0-500 m supérieure à 200 m²/s².
Par ailleurs, l'instabilité reste médiocre (de l'ordre de 150
J/kg de MUCAPE), ce qui n'inhibera pour autant pas la formation de la tornade.
En un sens, ce
cas de tornade peut faire penser à Hautmont en 2008, où la tornade s'était
développée dans un environnement très dynamique, extrêmement cisaillé
mais peu instable.
Radiosondage (à gauche) et
hodographe (à droite) de Nîmes-Courbessac le 3 novembre à 23h UTC
Dans un troisième temps, dans la nuit du 3 au 4 novembre, le
forçage d'altitude principal continue de circuler dans le bassin
méditerranéen, alors que le thalweg d'altitude entame un isolement en
cut-off sur la péninsule Ibérique. Ainsi, les flux généraux restent
constamment orientés au secteur sud à sud-est jusqu'au 6 novembre.
Durant 48h, des axes de thalweg secondaires circulent autour du cut-off
isolé dans le Golfe du Lion. Des systèmes convectifs de méso-échelle
balaient aussi bien la Provence que le Languedoc ainsi que l'est de la
Corse, générant d'abondants cumuls de pluie, par accumulation.
►
photographies et vidéo
Vidéo du deuxième pic de crue (égal
au premier) du Gardon d'Alès à Alès (30) au niveau du Pont Neuf, le
04/11/2011 à 21h15. Le débit est de 315 mètres cube par seconde. Le
parking submersible est sous les eaux :
Photo de gauche : confluence entre le Gardon de Mialet et le Gardon de
Saint Jean, formant le Gardon d’Anduze, le 04/11 en milieu de matinée.
Photo de droite : laisse de crue sur le parking du Gardon à Anduze, à
proximité du pont submersible, le 04/11 en milieu de matinée.