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EPISODE ORAGEUX SEVERE LE 12 JUILLET 2010 |
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Mise à jour le
13/07/2010 à 20h00
Un épisode orageux sévère a balayé une bonne partie du pays dans la
journée du lundi 12 juillet 2010. Cette journée recèle
de phénomènes orageux intenses, rarement observés en France (MCC,
derecho) producteurs de violentes rafales de vent destructrices, de
précipitations intenses et de grêle.
Pour information, le MCC est la structure convective qui s'est organisée
en bow echo, générant lui-même un phénomène de derecho.
Le terme de derecho a été instauré en 1877 par Hinrichs, professeur de
Physique à l'Université d'Iowa. Le mot derecho (prononcer dé-ré-tcho)
est d'origine espagnole et signifie "tout droit", en opposition à
"tornar" pour "tourner", qui a donné son nom au terme "tornade". |
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+ des chutes de grêle se
produisent entre la Dordogne et la Gironde en deuxième partie de nuit du
11 au 12 juillet. Elles provoquent des dégâts sur quelques exploitations
viticoles (Entre-Deux Mers notamment). Dans l'après-midi, c'est en
Saône-et-Loire que les dégâts dus à la grêle sont les plus importants ;
+ d'intenses précipitations
accompagnent de violentes rafales de vent sous un
bow echo en tout début de matinée
entre le Loiret, l'Indre et le Cher. Météo-France relève une rafale de
102 km/h à Chateauroux. Chutes d'arbres, fils électriques et
toitures arrachées sont signalées (comme à Châtillon-Coligny par
exemple) ;
+ le
bow echo s'organise et génère un
derecho en gagnant l'Ouest
de la Bourgogne, la Champagne et les Ardennes. Des rafales de 100 à
130 km/h sont relevées par Météo-France de manière généralisée sur
les départements de la Marne, de l'Aube, des Ardennes et de la Haute
Marne. Le Nord-Ouest de l'Yonne et l'Est de la Somme sont également
touchés. Les dégâts générés par le derecho (dégâts dus au vent) sont
assez importants sur les régions touchées ;
+ quelques inondations
(infiltrations, ruissellement) sont observées au passage du derechos,
qui génère des lames d'eau de 20 à 40 mm en 1h de manière locale
;
+ une coulée de boue provoque
des dégâts en Savoie, vers Pralognan, sous l'activité orageuse de
l'après-midi, ponctuellement forte en Vanoise ;
+ la foudre frappe une habitation à Richebourg dans le
département du Pas-de-Calais en matinée. Dans l'après-midi, c'est à
Fretterans et à Lans en Saône-et-Loire que la foudre s'abat.
+
plusieurs microrafales sont
recensées par l'Observatoire durant la journée ;
+ un tuba est photographié en
Seine-Saint-Denis, sous une cellule orageuse suspecte ;
+ une
tornade est photographiée et
filmée en Seine-et-Marne en fin de journée (vers 17h30). Elle frappe une
ferme et arrache tôles et débris sur des dizaines de mètres. Une enquête
de terrain est en cours pour définir son intensité et sa trajectoire.
En Allemagne, une personne a été tuée
et plusieurs autres blessées par les vents violents générés par le
passage du derecho. |
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Vers 00h TU ce 12 juillet 2010, des
cellules orageuses isolées commencent à s'organiser entre la Gironde, le
Sud des Charentes et la Dordogne. Un premier petit système convectif de
méso-échelle parvient à se constituer. Au fil de la nuit, l'activité
orageuse s'intensifie en remontant vers le Nord-Est du pays et
s'organise rapidement en
complexe convectif de méso-échelle (MCC).
Il s’agit là de la première
structure type MCC recensée par l’Observatoire. Durant ces 10 dernières
années, de vigoureux systèmes convectifs de méso-échelle (MCS) ont
balayé le pays, mais les critères de Maddox, retenus par l’Observatoire
pour la validation des complexes convectifs de méso-échelle (MCC)
n’avaient pas été intégralement remplis (ou quasiment en 2008 par
exemple).
Les critères de Maddox
exigent en effet une durée de vie du complexe
convectif d’au moins 6h, avec une convection de type circulaire ou un
rapport longueur/largeur de 70/30, couvrant une surface d’au moins 100
000 km² dont 30 000 km² avec température aux sommets des nuages
inférieure à -52°C.
L’organisation du complexe convectif de ce
12 juillet 2010 s'est nettement accélérée entre 4h loc. et 6h loc. :
- à 5h loc, le complexe couvrait une surface d’environ
90 000 km².
- à 6h loc, la surface a quasiment doublé pour atteindre environ
120 000 km²
- à 7h loc, la surface couverte atteint 150 000 km².
- à 10h loc, l’aire couverte avoisine les 180 000 km²
- à 11h loc, on note un affaissement dans la partie Sud-Ouest du
complexe, mais une nouvelle convection s’opère à l’avant, dans
l’alimentation principale. La surface recouverte par la convection
profonde dépasse les 200 000 km² (avec une zone plus restreinte
toutefois où la température aux sommets des nuages est en-dessous de
-52°C).


Images satellite vapeur d'eau
colorisée : évolution du MCC sur la France à 5h, 6h, 7h, 8h, 10h et 11h
locales (source NRL)

Image satellite
visible vers 9h locales : la zone entournée de gris matérialise une
convection vigoureuse avec température aux sommets des nuages inférieure
à -60°C.
Cette zone couvre environ 50 000 km².
Rapidement, une structure arquée, de
mieux en mieux organisée, se développe. Les images radar mettent en
évidence dès le début de journée, la présence d'un bow echo
assez virulent, provoquant déjà de violentes rafales sur le
Sud-Ouest de la région Centre.
Au fur et à mesure de son déplacement vers le Nord-Est du pays, les
conditions deviennent de plus en plus cisaillées, instables et humides,
au plus près des forçages d'altitude. Le bow echo
s'allonge et se distingue par l'apparition de sous-structures arquées.
Un
bow echo générant un derecho prend naissance sur le
Nord de la Bourgogne, la
Champagne et les Ardennes puis progresse vers le Benelux, les Pays-Bas,
le Danemark et le Sud de la Norvège dans le courant de la journée. Il
parcourt près de 1500 km en 10h environ !
Les derechos ont la particularité d'avoir une très longue
durée de vie (près de 8h pour celui-ci) en provoquant tout le long de
leur trajet des rafales destructrices de 100 à 130 km/h.

Evolution du derecho entre 8h30
loc en France (à gauche), 13h30 loc entre Belgique et Pays Bas (au
milieu) puis 15h30 loc sur le Nord des Pays-Bas (à droite)
Sources Wetter 24 et KNMI
Dans le courant de l'après-midi,
l'activité orageuse reprend sur un tiers Est où le front froid se
réactive. De nombreuses multicellules s'organisent pour former un
système convectif de méso-échelle linéaire d'ici la fin de l'après-midi.

Image satellite visible de 18h
locales mettant en évidence le MCS qui évolue sur le Nord-Est du pays |
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►
contexte
météorologique et prévisions |
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Un front froid peu
actif, piloté par une vigoureuse anomalie basse de tropopause,
stagne près de la Bretagne dès les premières heures de cette journée du
12 juillet.
A l'avant, des déclenchements convectifs pré-frontaux se produisent. Une
convergence de basse couche très marquée se dessine dès la
deuxième partie de nuit par le Centre-Ouest du pays, alors que de
fortes valeurs de thêtaE sont advectées dans un flux de Sud.
En altitude, le contexte est très fortement divergent
(configuration simultanée d'entrée droite/sortie gauche de courant-jet).
Tous ces facteurs deviennent favorables à un creusement
méso-dépressionnaire qui circule alors de plus en plus vite du
Centre-Ouest vers l'Ile-de-France puis les Ardennes, la Belgique, les
Pays-Bas et le Danemark.
La dynamique d'altitude et de basse couche rend les profils verticaux
(déjà très instables) particulièrement bien cisaillés, à tous les
niveaux.
Dans ces conditions, un système convectif de méso-échelle se développe
sans mal, à tel point qu'il devient rapidement complexe convectif de
méso-échelle.
Cette structure convective entre en rotation autour de la
méso-dépression (misovorticités). Le puissant jet de basse couche
généré par le minimum dépressionnaire est favorable à l'organisation
d'un bow-echo, responsable de violentes rafales et parfois
d'inondations sous précipitations intenses. Les basses couches,
fortement humidifées et très cisaillées (10 à 15 m/s de cisaillements
0-1 km), l'abaissement des seuils de condensation, des intrusions sèches
à l'étage moyen, ont finalement contribué à la survenue du
derecho.
L'analyse du
Met-Office de 6h TU ce 12 juillet 2010 met en évidence la présence du
front froid de la Baie de Somme à l'estuaire de la Gironde. Le
creusement de la méso-dépression, selon le processus détaillé
plus haut, induit une nette accentuation des cisaillements de basses
couches. L'intrusion sèche à l'étage moyen, couplée à une
instabilité très importante de la France au Danemark entretient le
derecho.
Celui-ci s'est maintenu durant plusieurs heures, près de l'entrée droite
du courant-jet.
Les cartes
ci-dessous, issues du modèle WRF 8km développé par l'Observatoire
présente les champs de thêtaE à 850 hPa (à gauche) et d'instabilité (à
droite). L'advection de hautes valeurs de thêta à l'avant des puissants
forçages d'altitude, conditionne l' ampleur de l'instabilité, déjà
voisine au petit matin de 1500 à 2000 J/kg.

Dans l'après-midi,
le front froid se réactive en progressant vers l'Est. La convergence
de basse couche se décale pour se placer entre Rhône-Alpes et
l'Alsace. Les forçages d'altitude sont de fait bien phasés avec une
instabilité croissante, atteignant jusqu'à 3000 voire 3500 J/kg. Le
soulèvement devient maximal, de forts voire violents orages, organisés
de façon linéaire le long de la convergence se développent sans
difficulté.
L'Observatoire,
dans sa prévision du 12 juillet 2010, publiée à 00h locales, a fait
mention d'un risque d'orages localement violents, d'une part de la
Bourgogne à la Champagne, en liaison avec l'activité orageuse matinale,
et d'autre part du Lyonnais à l'Alsace l'après-midi :

Niveau 2/4
pour fortes lames d'eau, fortes rafales de vent en matinée.
+ Du Poitou à la Touraine, l'Ile de France et l'Avesnois, les orages
conservent en matinée une certaine vigueur. Le forçage d'altitude balaie
les régions de l'Ouest dans le courant de la matinée, dans un contexte
qui reste fortement divergent en altitude (sous une configuration
simultanée d'entrée droite/sortie gauche de courant-jet). Les profils
verticaux demeurent bien instables ce lundi matin (MUCAPE entre 1500 et
2000 J/kg en moyenne).
Le jet de basse couche, généré par le creusement dépressionnaire de
méso-échelle tendrait à davantage concerner la partie Est de cette zone
(et surtout la Champagne en niveau 3/4). Toutefois, des rafales de vent
supérieures à 80 km/h, de fortes lames d'eau capables de produire des
cumuls supérieurs à 50 mm ainsi que de manière plus ponctuelle, des
chutes de grêle, sont à envisager sous cette activité orageuse prévue.
En cours d'après-midi, le risque orageux s'estompe puis s'efface sur
l'ensemble de la zone visée.
+ Sur les Cévennes, les contexte est davantage convergent (notamment
entre Corbières, Montagne Noire et Aigoual). Une activité orageuse
modérée, avec fort potentiel en eau précipitable est à prévoir.
Ponctuellement, des chutes de grêle parfois modérées pourront s'y
abattre.
Niveau 3/4 en raison d'un
risque de grêle, de fortes lames d'eau et d'inondations ainsi que de
fortes rafales.
+ Vers la fin de matinée, l'activité orageuse de la nuit précédente
et du début de matinée gagne la Champagne et l'Ouest de la Bourgogne.
Elle tend à se réactiver sur une masse d'air réchauffée, qui connaît de
fait un regain d'instabilité (MUCAPE sup. à 2500 J/kg). Le vigoureux jet
de basse couche qui s'est constitué circule à proximité de la Champagne.
Fortes lames d'eau (sup. à 50 mm localement), chutes de grêle et
violentes rafales de vent semblent très probables de la Bourgogne aux
Ardennes. Le risque orageux régresse en cours d'après-midi.
+ Du Massif-Central au Lyonnais, jusqu'au Jura, à la Lorraine et
l'Alsace, les forçages d'altitude arrivent dans l'après-midi. La masse
d'air très instable (jusqu'à 3500 J/kg) et les fortes valeurs de thêtaE
(60/64°C à 850 hPa) réactivent le front froid. Une convergence de basse
couche s'organise rapidement dès la fin de matinée (plus nette vers le
Lyonnais, plutôt sous la forme d'un thalweg de basse couche sur le
Nord-Est).
Tous ces forçages contribuent à déclencher une vigoureuse convection
profonde, capable de générer des orages forts, voire localement
violents, producteurs de chutes de grêle supérieures à 3 voire 4 cm, et
de fortes rafales de vent (delta thêtaE voisins de 18/22°C).
Le potentiel en eau précipitable, très riche (jusqu'à 60 mm) fait
craindre un risque de cellules très pluvieuses, à même d'entraîner des
inondations, d'autant plus que le déplacement des orages risque d'être
lent sur le relief (faible storm motion).
Le risque orageux devient moins sévère à partir de la fin de soirée,
bien qu'il puisse persister près des Alpes et du Jura.
Ajoutons que l'environnement, bien cisaillé (EHI 0-3 km de 3,5
notamment), rend possible l'observation d'amorces supercellulaires. |
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L'une des nombreuses microrafales
relevées ce jour, dans l'Indre, sur la commune de Rouvres, provoque de
gros dégâts (photographie Jean-François LEVERT / Nouvelle République) :

Une série de clichés montrant
l'arrivée du MCC avec bow echo dans le Loiret (45) nous a été transmis
par Robin RICHARD :




Activité foudre en Haute-Savoie en
fin de soirée (évacuation des orages par les Alpes) :

Arrivée d'un multicellulaire
post-frontal sur la commune d'Eterpigny (80) dans l'après-midi - Cliché
de Cédric BROHARD
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