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Soufflé par la spirale
dévastatrice
TARN & GARONNE : De mémoire de Lafrançaisain, on n'avait jamais vu ça...
François Badoc qui regagnait son domicile au lieu-dit Vignau à Lafrançaise
a vu de ses yeux vu la tornade blanche... Non, ce n'était pas un mauvais
rêve ou un film fiction mais bien la réalité, accompagnée d'un bruit
assourdissant ressemblant à celui d'un hélicoptère qui décolle, et d'abats
d'eau. L'évènement s'est produit avant-hier soir vers 18 heures 50. « Ça a
commencé sur le bord du Lemboulas derriére Lunel, dit l'adjoint au maire
Denis Calvet, et ça s'est achevé à hauteur du pont du Saula sur le Tarn. »
Un couloir bien délimité sur lequel la spirale a tout avalé, jusqu'à ces
deux ou trois platanes en bord de départementale! Dans l'œil du cyclone,
des cultures, des vergers, des toitures. « La colonne arrachait et
emportait tout ce qui se trouvait sur son passage: filets anti-grêle,
branchages, tuiles... relate André Badoc, le père de François. » La vigne,
les pruniers et les tournesols ont été salement secoués. Dans une terre
gorgée d'eau (en quelques minutes, il est tombé 25 mm), la récolte de
reines-claudes, royale, bavay, président gît pêle-mêle. Les arbres ont été
fendus en deux par le souffle ou déracinés. Le raisin n'a pas meilleure
mine, piqué, maché. Le tournesol a perdu de sa splendeur, tête contre
terre...
« JE SUIS ANEANTIE »
Au pied du vallon,
propriété des Badoc, se trouve la ferme que loue Martine à « Le Rival ».
Elle vit là depuis deux ans et demi avec ses trois enfants âgés de 10, 12
et 13 ans. En quelques secondes, c'est son gagne-pain qui a été anéanti: «
J'avais 80 poulets; il ne m'en reste que 35! Les cailles se sont envolées;
Il y avait aussi 12 lapins, ils sont tous morts. Il ne me reste plus que
les reproducteurs : 3 lapines fauve de Bourgogne et un mâle, dans la
lapinière sous le hangar. »
Martine retient ses larmes et regarde hébétée le douloureux spectacle du
poulailler écrasé sous la masse de peupliers adultes. « J'en tremble
encore, dit-elle encore sous le choc. Je n'ai pas pu fermer l'œil de la
nuit. C'est en fermant la fenêtre de la cuisine que j'ai vu les arbres
s'abattre. Charline, la petite, venait juste de rentrer. »
Une partie de la toiture de la maison n'a pas résisté au souffle. C'est
avec l'aide de bonnes volontés que Martine pourra dégager la cour et le
poulailler, se débarrasser des bêtes mortes, faire face aux contraintes
administratives.
La tornade a ensuite léché la route, déracinant ou sectionnant des
platanes qui eux-mêmes arrachaient poteau électrique et câbles
téléphoniques. Par miracle, personne n'a été touché ou blessé. Mais, il a
fallu d'importants moyens pour remédier aux dégâts, débarrasser la
chaussée des imposants troncs d'arbres, réhabiliter l'électricité et les
liaisons téléphoniques.
Le maire, Patrick Soulhac, a demandé à la préfecture le classement de la
commune en zone de catastrophe naturelle.
(La Dépêche, 20 juillet 2001)
Autopsie d'une tornade
Le 19 juillet 2001, une trombe s'abattait en Tarn-et-Garonne Le
météorologue Didier Costes a analysé le phénomène
«Je n'ai jamais vu un phénomène aussi spectaculaire... » avoue Didier
Costes, responsable du centre météo du Tarn-et-Garonne. De fait, il est
rare qu'on joue « Twister », dans les coteaux du Tarn-et-Garone... Et
pourtant, ce jeudi 19 juillet, c'est une trombe comme il en naît dans les
plaines des Etats-Unis qui a déferlé du côté de Lafrançaise.
Pourtant, la situation météorologique n'avait rien d'exceptionnel. Un
temps orageux, des températures fraîches pour la saison, et quelques
averses... Un peu ce que nous avons connu ces jours derniers. « Un type de
temps à giboulées » estime Didier Costes. Et soudain, à 16h30, le monstre
est né... « La tornade se déclenche sous un cumulo-nimbus. C'est un nuage
énorme, tout en hauteur, qui peut atteindre 10 kilomètres d'altitude... »
Voilà l'usine à tornade! Il s'agit d'une grosse masse d'air froid, qui
plonge dans une atmosphère d'air chaud. Evidemment, cela provoque un
mouvement du fluide de bas en haut, d'autant plus violent que la
différence de température est grande. Ensuite, un souffle de vent, le
passage sur une colline suffisent à lancer cette toupie géante....
LA TROMPE ET LE BUISSON
« Au bout d'un moment, on remarquera une trompe qui semble descendre du
nuage, poursuit Didier Costes. Si on peut l'apercevoir, c'est parce qu'à
l'intérieur de cette colonne, les pressions sont très basses, ce qui
favorise la condensation de la vapeur d'eau dans l'air... » Dans le même
temps, au ras du sol, se forme un tourbillon, que l'on appelle un buisson.
C'est lorsque la trompe atteint le buisson que la tornade atteint sa force
maximale... « A l'intérieur de ce système, on trouve des vents de 120 km
heures, assure Didier Costes, alors qu'à quelques mètres de la trombe, il
n'y a pas un souffle d'air!» Dès le lendemain, Didier Costes s'est rendu
sur place. Il a pu rencontrer plusieurs témoins de ce phénomène rarissime.
Dont un pilote d'avion qui s'apprêtait à attaquer le nuage avec des
produits anti-grèle. Un autre témoin au sol a vu des branches aspirées par
ce malstrom implacable. D'autres ont eu tout juste le temps de fermer les
volets...
Didier Costes a ensuite parcouru les champs ravagés, et étudié les données
météorologiques engrangées pour cette journée. « La tornade était
impressionnante, même si elle ne correspondait qu'à la référence F1 sur
l'échelle de Fujita » Une échelle qui commence à F 0 (Antennes de télé
tordues, petites branches cassées...) jusqu'à F 5: vent de 500 km/h (oui,
vous avez bien lu, 500 kilomètres par heure!) arbres et maisons emportés
par le vent, etc... Didier Costes a pu réaliser un long article très
documenté dans la revue de la société météorologique française du mois de
mai. Une petite pierre de plus pour comprendre un peu mieux comment
fonctionne cette machine infernale fabriquée par les cieux.
(La Dépêche, 19 juillet 2002) |