LA TORNADE DU 19 JUILLET 2001 A LAFRANCAISE (82)

 

Une tornade de faible intensité s'est abattue le 19 juillet 2001, à 16h30 TU, dans une vallée du Tarn-et-Garonne. Ce cas a fait l'objet d'une étude précise sur le terrain, qui a notamment permis de retracer précisément sa trajectoire.

 

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  Principales caractéristiques de la tornade

 

intensité maximale :  F1 soit des vents de 135 à 175 km/h

distance parcourue : 4,8 km

largeur maximale : 20 mètres

 

commune traversée : Lafrançaise

en TARN-ET-GARONNE (82)

altitude moyenne du terrain : 90 m

type de terrain : vallée puis plaine rurale

 

principaux dégâts : tuiles envolées, champs couchés sur une ligne très étroite, platanes cassés et marronnier abattu, mobilier de jardin emporté, 5 habitations endommagées

LOCALISATION GEOGRAPHIQUE

 

 

  Trajectoire

 

 

 

  Photographies prises depuis un belvédère

 

Les survols en hélicoptère permettent de visualiser avec une grande précision la trajectoire des tornades. Dans le cas présent, la présence d'un belvédère à proximité immédiate des champs traversés par la tornade a permis d'obtenir une vue de haut particulièrement spectaculaire, où l'on note parfaitement la trace laissée par le tourbillon sur tous les obstacles au sol (végétation, habitations, constructions diverses).

 

 

Crédit photo : D. COSTES

 

 

  Photographies des dégâts

 

 

 

 

 

 

Crédit photo : E. TODESCO

 

 

  Cartes d'analyse météorologique

 

ANALYSE DU 19 JUILLET 2001 A 00H TU

     

FRONTS - ISOBARES

 

850 hPa : TEMPERATURES

 
     

PRESSION MER + ISO 500 hPa

 

300 hPa : VENT

 

 

 

  Etudes spécifiques

 

 

Trombe à Lafrançaise le 19 juillet 2001

auteur : Didier COSTES, Météo France

 

date : septembre 2001

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  Coupures de presse

 

Soufflé par la spirale dévastatrice
TARN & GARONNE : De mémoire de Lafrançaisain, on n'avait jamais vu ça...


François Badoc qui regagnait son domicile au lieu-dit Vignau à Lafrançaise a vu de ses yeux vu la tornade blanche... Non, ce n'était pas un mauvais rêve ou un film fiction mais bien la réalité, accompagnée d'un bruit assourdissant ressemblant à celui d'un hélicoptère qui décolle, et d'abats d'eau. L'évènement s'est produit avant-hier soir vers 18 heures 50. « Ça a commencé sur le bord du Lemboulas derriére Lunel, dit l'adjoint au maire Denis Calvet, et ça s'est achevé à hauteur du pont du Saula sur le Tarn. »

Un couloir bien délimité sur lequel la spirale a tout avalé, jusqu'à ces deux ou trois platanes en bord de départementale! Dans l'œil du cyclone, des cultures, des vergers, des toitures. « La colonne arrachait et emportait tout ce qui se trouvait sur son passage: filets anti-grêle, branchages, tuiles... relate André Badoc, le père de François. » La vigne, les pruniers et les tournesols ont été salement secoués. Dans une terre gorgée d'eau (en quelques minutes, il est tombé 25 mm), la récolte de reines-claudes, royale, bavay, président gît pêle-mêle. Les arbres ont été fendus en deux par le souffle ou déracinés. Le raisin n'a pas meilleure mine, piqué, maché. Le tournesol a perdu de sa splendeur, tête contre terre...


« JE SUIS ANEANTIE »
 

Au pied du vallon, propriété des Badoc, se trouve la ferme que loue Martine à « Le Rival ». Elle vit là depuis deux ans et demi avec ses trois enfants âgés de 10, 12 et 13 ans. En quelques secondes, c'est son gagne-pain qui a été anéanti: « J'avais 80 poulets; il ne m'en reste que 35! Les cailles se sont envolées; Il y avait aussi 12 lapins, ils sont tous morts. Il ne me reste plus que les reproducteurs : 3 lapines fauve de Bourgogne et un mâle, dans la lapinière sous le hangar. »


Martine retient ses larmes et regarde hébétée le douloureux spectacle du poulailler écrasé sous la masse de peupliers adultes. « J'en tremble encore, dit-elle encore sous le choc. Je n'ai pas pu fermer l'œil de la nuit. C'est en fermant la fenêtre de la cuisine que j'ai vu les arbres s'abattre. Charline, la petite, venait juste de rentrer. »


Une partie de la toiture de la maison n'a pas résisté au souffle. C'est avec l'aide de bonnes volontés que Martine pourra dégager la cour et le poulailler, se débarrasser des bêtes mortes, faire face aux contraintes administratives.


La tornade a ensuite léché la route, déracinant ou sectionnant des platanes qui eux-mêmes arrachaient poteau électrique et câbles téléphoniques. Par miracle, personne n'a été touché ou blessé. Mais, il a fallu d'importants moyens pour remédier aux dégâts, débarrasser la chaussée des imposants troncs d'arbres, réhabiliter l'électricité et les liaisons téléphoniques.


Le maire, Patrick Soulhac, a demandé à la préfecture le classement de la commune en zone de catastrophe naturelle.

(La Dépêche, 20 juillet 2001)

 

 

Autopsie d'une tornade
Le 19 juillet 2001, une trombe s'abattait en Tarn-et-Garonne Le météorologue Didier Costes a analysé le phénomène


«Je n'ai jamais vu un phénomène aussi spectaculaire... » avoue Didier Costes, responsable du centre météo du Tarn-et-Garonne. De fait, il est rare qu'on joue « Twister », dans les coteaux du Tarn-et-Garone... Et pourtant, ce jeudi 19 juillet, c'est une trombe comme il en naît dans les plaines des Etats-Unis qui a déferlé du côté de Lafrançaise.
Pourtant, la situation météorologique n'avait rien d'exceptionnel. Un temps orageux, des températures fraîches pour la saison, et quelques averses... Un peu ce que nous avons connu ces jours derniers. « Un type de temps à giboulées » estime Didier Costes. Et soudain, à 16h30, le monstre est né... « La tornade se déclenche sous un cumulo-nimbus. C'est un nuage énorme, tout en hauteur, qui peut atteindre 10 kilomètres d'altitude... » Voilà l'usine à tornade! Il s'agit d'une grosse masse d'air froid, qui plonge dans une atmosphère d'air chaud. Evidemment, cela provoque un mouvement du fluide de bas en haut, d'autant plus violent que la différence de température est grande. Ensuite, un souffle de vent, le passage sur une colline suffisent à lancer cette toupie géante....


LA TROMPE ET LE BUISSON

« Au bout d'un moment, on remarquera une trompe qui semble descendre du nuage, poursuit Didier Costes. Si on peut l'apercevoir, c'est parce qu'à l'intérieur de cette colonne, les pressions sont très basses, ce qui favorise la condensation de la vapeur d'eau dans l'air... » Dans le même temps, au ras du sol, se forme un tourbillon, que l'on appelle un buisson. C'est lorsque la trompe atteint le buisson que la tornade atteint sa force maximale... « A l'intérieur de ce système, on trouve des vents de 120 km heures, assure Didier Costes, alors qu'à quelques mètres de la trombe, il n'y a pas un souffle d'air!» Dès le lendemain, Didier Costes s'est rendu sur place. Il a pu rencontrer plusieurs témoins de ce phénomène rarissime. Dont un pilote d'avion qui s'apprêtait à attaquer le nuage avec des produits anti-grèle. Un autre témoin au sol a vu des branches aspirées par ce malstrom implacable. D'autres ont eu tout juste le temps de fermer les volets...


Didier Costes a ensuite parcouru les champs ravagés, et étudié les données météorologiques engrangées pour cette journée. « La tornade était impressionnante, même si elle ne correspondait qu'à la référence F1 sur l'échelle de Fujita » Une échelle qui commence à F 0 (Antennes de télé tordues, petites branches cassées...) jusqu'à F 5: vent de 500 km/h (oui, vous avez bien lu, 500 kilomètres par heure!) arbres et maisons emportés par le vent, etc... Didier Costes a pu réaliser un long article très documenté dans la revue de la société météorologique française du mois de mai. Une petite pierre de plus pour comprendre un peu mieux comment fonctionne cette machine infernale fabriquée par les cieux.
 

 

(La Dépêche, 19 juillet 2002)

 

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