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Le 2 juillet,
à onze heures du soir, nous avons été réveillés par un bruit effrayant. La
grêle était de la grosseur d’un œuf de pigeon. Le vent impétueux, la pluie
battante, le son des cloches, se mêlaient aux cris de désespoir des
habitants de la campagne. Avec des lanternes, vers 2 heures du matin, on
les apercevait se promener dans leurs champs. Les récoltes étaient
tellement écrasées, détruites, qu’il devenait impossible de reconnaître si
telle pièce de terre abîmée par le fléau était ensemencée la veille en
froment, orge ou avoine. Ces feux errants, ces vives lamentations,
réveillaient des émotions profondes. La trombe dévastatrice avait la forme
d’une anguille, grande longueur, petite largeur. On compte 43 communes
atteintes en partie, blés perdus, ceps de vignes endommagés, toitures
enlevées, vitres détruites, arbres rompus, animaux trouvés morts.
Le canton d’Archiac, qui déjà est le plus difficile à administrer, est
celui qui a été le plus maltraité. Nulle part la propriété n’est aussi
morcelée qu’à Jonzac. Dans la commune voisine de Saint Germain de
Lusignan, le vingtième le plus imposé ne paie que 5,90 F pour un total de
7000 F. Il y a 900 articles. Ainsi, la ruine vient de frapper un grand
nombre de propriétaires.
Le 11 juillet, avec le sous-préfet, j’ai parcouru les communes dévastées.
C’est un désolant spectacle, mais il y aura quelques soulagements apportés
par les princes, le gouvernement, la charité publique et privée, et enfin
la création d’ateliers de travail, même avant l’hiver prochain.
extrait du
Journal d’Alphonse Garnier, magistrat en exercice dans le canton de Jonzac
en 1827 |