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LA TORNADE DU 22 AOUT 2010 A
AVESNES-LÈS-AUBERT (59) |
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►
principales caractéristiques de la
tornade |
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● intensité
maximale : EF 0
soit des vents de 105 à 135 km/h
● distance
parcourue : 6 km
●
largeur maximale : 20 m
●
communes traversées : RIEUX-EN-CAMBRÉSIS (village, Trou aux Cailloux), AVESNES-LÈS-AUBERT (Le Donjon,
Les Grands Champs), SAINT-AUBERT (Les
Dix-Huit du Château, village)
●
département : NORD (59)
●
altitude moyenne du terrain : 65 m
● type
de terrain : rural peu vallonné, urbain discontinu peu vallonné
● principaux
dégâts :
grosses branches cassées, un arbre de taille modeste déraciné, une toiture
faiblement endommagée (<20%), phénomène d'aspiration sur tôles et
gouttières
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LOCALISATION GEOGRAPHIQUE |
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fond de carte : Géoportail
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►
photographies
des dégâts |
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Une enquête de terrain a été
effectuée par P. MAHIEU et E. WESOLEK suite au témoignage d'un
habitant d'AVESNES-LÈS-AUBERT. Les dégâts, ponctuels mais réguliers,
forment un couloir parfaitement droit de 6 kilomètres de long et de
20 mètres de large. Aucun dommage périphérique n'a été
constaté.
RIEUX-EN-CAMBRÉSIS - Chemin des
Rouliers - Premiers dégâts sur la végétation:

RIEUX-EN-CAMBRÉSIS
- Voie de Villers - Phénomène d'aspiration sur une tôle et une
gouttière:

AVESNES-LÈS-AUBERT - Château
d'eau - Orientation des dégâts (flèches bleues) contraire au
sens de déplacement du vortex
(flèches rouges) [voir détails plus bas] :

SAINT-AUBERT - Rue Narcisse
Petit - Légers dommages sur un bâtiment agricole:
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►
confirmation
d'un phénomène de tornade par l'analyse de l'orientation
des dégâts |
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La nature du phénomène a pu être
identifiée entre autres au niveau du château d'eau d'AVESNES-LÈS-AUBERT. Le site,
protégé par un enclos, renferme de nombreux arbres qui ont subi des
dommages plus ou moins sérieux. L'orientation des dégâts a permis
d'en déduire les faits suivants:
- les branches tombées au nord du
château d'eau sont orientées vers l'Est-Sud-Est ou le Sud-Est,
- les branches tombées au sud du
château d'eau sont orientées vers l'Ouest ou le Nord-Ouest,
- un arbre déraciné a été abattu
dans un sens quasiment contraire à la trajectoire.
L'ensemble de ces éléments permet
d'attester que le phénomène en cause n'était pas un système de
rafales rectilignes mais bien un phénomène tourbillonnaire.
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►
observation
de la cellule orageuse depuis le sol |
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La cellule orageuse qui a donné
naissance à la tornade d'Avesnes-lès-Aubert s'est formée à 23h10 locales,
sur le nord-est de la Somme, à proximité immédiate de la commune de
Maurepas. Dans la demi-heure qui suit sa formation, la cellule convective
s'intensifie sensiblement et un dédoublement s'opère lors de son transit
sur l'extrême sud-est du Pas-de-Calais, à proximité immédiate de la
frontière avec le département du Nord (secteur d'Havrincourt /
Gouzeaucourt / Bertincourt), vers 23h45 locales. Ce 'split' signale alors
l'existence d'un très probable mésocyclone, positionné en extrémité sud du
système orageux en plein développement.
Quelques minutes plus tard, vers 00h00
locales, la cellule droite issue de ce split pénètre sur le département du
Nord, au sud de Cambrai, à hauteur de Marcoing. Tandis que la cellule
gauche et d'autres cellules périphériques gagnent la région de
Valenciennes en produisant des orages très pluvieux mais modérés, la
cellule sud continue à s'intensifier et présente à partir de 00h30 des
réflectivités radar très élevées, signes d'une convection très intense.
Une équipe mobile de l'Observatoire,
qui a fait route en direction de cette cellule dès l'identification du
split, atteint à ce moment précis son flanc avant. L'activité électrique
observée y est intense en altitude, de l'ordre d'une décharge toutes les 2
à 3 secondes entre 00h40 et 00h55. Le tonnerre est continu,
particulièrement rauque et caverneux. Durant toute cette phase très
électrique, les chutes de foudre sont inexistantes.
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Le schéma ci-contre
indique la position de l'équipe mobile lors des prises de vue réalisées
vers 00h40, soit au moment où la cellule orageuse était en phase
tornadique. Les photos sont prises depuis le sud de Villers-Pol, en
direction du sud-ouest, en visant la pointe sud du système orageux, qui
présente alors une activité électrique intra- et internuageuse quasi
incessante. Les lignes de fuite en pointillés violet indiquent l'angle
couvert par ces photos : elles pointent donc Avesnes-lès-Aubert, situé
au centre droit des clichés, soit la zone où la tornade est en cours.
Distante d'une vingtaine de kilomètres à cet instant, la tornade n'est pas
visible sur ces photographies en raison de la distance et de rideaux de
pluie parasites. On note toutefois les cisaillements importants qui
impriment aux structures convectives du premier plan des inclinaisons et
des étirements caractéristiques du fait de l'accélération et de la
rotation prononcée des vents dans les étages inférieur et moyen de
l'atmosphère. |

crédit photo : (c) MAHIEU-WESOLEK /
KERAUNOS / Observatoire Français des Tornades et des Orages Violents

crédit photo : (c) MAHIEU-WESOLEK /
KERAUNOS / Observatoire Français des Tornades et des Orages Violents
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Dans les minutes qui suivent, à partir
de 00h55, l'activité électrique se modifie sensiblement et les
chutes de foudre débutent à proximité immédiate du lieu d'observation,
précédant de peu l'arrivée des précipitations associées aux courants
descendants avant de la cellule. Il est intéressant de noter que,
durant toute la phase tornadique, soit entre 00h33 et 00h53, aucune chute
de foudre n'est observée, ni détectée d'ailleurs par
Météorage, alors que l'activité
électrique est particulièrement soutenue en altitude. A l'inverse, une
fois la phase tornadique achevée, l'activité au sol reprend, avec 26
chutes de foudre détectées en 14 minutes par le réseau
Météorage
dans un rayon de 4 km autour du lieu d'observation. Une corrélation
similaire entre activité électrique d'altitude et phase tornadique a déjà
été observée dans d'autres cas et fait l'objet d'une étude systématique
par l'Observatoire afin d'évaluer sa constance d'un cas à l'autre.
Il est également intéressant de noter
qu'aucune rafale de vent n'a été relevée sur le lieu d'observation, ni
ultérieurement lorsque les courants descendants avant de la cellule ont
été traversés par l'équipe mobile. Il apparaît bien, comme le confirment
les images radar, que la tornade s'est développée en extrémité sud de la
cellule droite issue du split, qui adopte par ailleurs durant cette
période une structure légèrement entaillée.
Durant les 30 minutes qui suivent sa
phase tornadique, la cellule conserve de très fortes réflectivités avant
de s'affaiblir en passant la frontière belge, peu après la ville de Bavay,
à environ 10 km au nord de Hautmont.
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►
contexte
météorologique de la nuit du 22 au 23 août 2010 |
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La tornade d'Avesnes-lès-Aubert et la
tornade de Humbert
se sont formées au sein d'une configuration météorologique
dynamique, fortement barocline, caractérisée sur le Nord - Pas de Calais
par la circulation nocturne d'une onde de thêta élevées en basses
couches (langue d'air à la fois chaud et humide près du sol), dans un
rapide flux d'ouest/sud-ouest piloté par un minimum d'altitude
positionné entre Ecosse et Islande. La crête d'onde s'est formée en amont
immédiat d'un front ondulant évoluant en front froid par la Manche. Les
cisaillements de vent associés à ce type de configuration ont été accrus
par le creusement d'une dépression en Manche au même moment (rotation
accentuée des vents de surface au secteur SE sur le Nord - Pas de Calais).
La situation était également dynamique en altitude, grâce notamment à une
forte ondulation du courant-jet (voir ci-contre), induisant une
puissante divergence dans les couches supérieures de l'atmosphère. |
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Le
modèle WRF en résolution 8 km, utilisé
par l'Observatoire en prévision opérationnelle, permet de saisir certaines
composantes essentielles de cette situation propice aux tornades. Les
champs ci-dessous sont issus du run initialisé le 22 août 2010 à 00Z.
Ils présentent la situation telle que prévue par le modèle pour le 23 août
à 00Z (02h locales), soit à l'heure moyenne de formation des tornades d'Avesnes-lès-Aubert
et de Humbert.
Le champ de tourbillon absolu à
500 hPa témoigne d'une configuration se dynamisant sensiblement par la
Manche, avec de fortes advections de tourbillon dans le flux, en
association avec la circulation d'un axe de thalweg relativement resserré.
Dans le même temps, la masse d'air présente sur le nord de la France une
instabilité suffisante pour autoriser une convection profonde (MUCAPE
de 600 J/kg et MULI de -1°K), celle-ci ne devant pas être associée à une
forte production de courants descendants (Downdraft CAPE inférieure à 200
J/kg). Or ces configurations présentant conjointement une instabilité
modérée et une DCAPE limitée ont montré leur capacité à supporter des
développements de tornades, comme cela avait déjà été le cas à Hautmont le
3 août 2008. Dans ces situations, l'élément capital est la présence
conjointe de puissants cisaillements, notamment en basses couches. Le
champ de LCL / SRH 0-1km montre des basses couches à la fois très
humidifiées (niveaux de condensation à moins de 300 mètres du sol) et
fortement cisaillées (puissant noyau de SRH 0-1 km à 300 m²/s² sur le
secteur de Humbert). Ces cisaillements de très basses couches sont doublés
de cisaillements moyens et profonds également sévères (SRH 0-3 km > 400
m²/s² et BRN Shear de 200 m²/s²). On note que l'ensemble de ces éléments
favorables se sont rassemblés simultanément sur le Nord et le Pas-de-Calais entre 00h
et 04h du matin, produisant ainsi une situation fortement propice à la
survenue d'une tornade. |
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►
prévision du
phénomène (bulletin KERAUNOS du 22 août à 06hTU) |
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Le bulletin de prévision émis le 22
août à 08h locales indiquait un risque de tornade pour la nuit du 22 au 23
août 2010, sur les régions des frontières du nord et du nord-est de façon
générale, et plus particulièrement sur le Nord - Pas de Calais et les
Ardennes. On peut donc considérer que les tornades de Humbert et d'Avesnes-lès-Aubert
ont été correctement
anticipés.
C'est la seconde fois, depuis le 1er
janvier 2010, que l'Observatoire émettait une prévision de risque tornade
de niveau 3/4.
Extrait du bulletin :
** RISQUE DE NIVEAU 2/4 POUR RAFALES DE
VENT POUVANT DEPASSER 90 KM/H SOUS ORAGE, RISQUE DE TORNADE,
ET PLUS MARGINALEMENT PRECIPITATIONS LOCALEMENT FORTES ET CHUTES DE GRELE
**
[...]
La tête d'onde circulera en début et
milieu de nuit sur le Nord - Pas de Calais et les Ardennes, y générant des
profils modérément instables (MULI < -3°K), très humidifiés (LCL < 300 m
AGL) et sévèrement cisaillés en très basses couches (SRH 0-500 m > 180 m²/s²,
SRH 0-1 km > 250 m²/s²). Les orages susceptibles de se développer au sein
de cette tête d'onde seront par ailleurs
dynamisés par la circulation d'une forte ondulation du courant-jet
(configuration simultanée d'entrée droite et de sortie gauche de
courant-jet). Dès lors, même si le déclenchement d'orages nombreux n'y est
pas certain à cette heure, le potentiel orageux y est significatif et en
mesure de générer de fortes précipitations ainsi que des rafales de vent
supérieures à 90 km/h, l'ensemble étant accompagné d'un risque modéré de tornade, en fin de soirée et début de
nuit notamment. Ce risque de tornade concernera également l'ensemble des
frontières du nord-est.
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Un habitant d'AVESNES-LÈS-AUBERT
nous a fait part du témoignage suivant:
" Il y a
eu plusieurs orages dans la nuit. Mais vers 1h du matin, il y en a eu
un qui était différent des autres. Ca flashait tout le temps. Il y a
eu de la pluie, puis de la grêle, et ensuite il y a eu un sifflement
continu qui a duré environ 1 minute. Je suis sorti pour aller voir
ce qu'il s'était passé, et j'ai vu comme un nuage très bas illuminé
par de nombreux éclairs circuler à toute vitesse. Le calme est
revenu immédiatement après et la pluie s'est arrêtée. Plusieurs de
nos voisins ont entendu la même chose. Je suis allé voir s'il y
avait eu des dégâts: les plus importants sont situés dans la cour du
château d'eau, au nord du village." |
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autres
tornades ayant frappé le Nord - Pas de Calais récemment |
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