Les Antilles françaises et une grande partie des Caraïbes sont soumises à une sécheresse remarquable (exceptionnelle à Saint-Martin et Saint-Barthélémy). Une activité orageuse très peu fréquente domine depuis le début de l'année et plus encore depuis le début de la saison humide en mai.

 

 

Des pluies rares avec des déficits proches de 60% à Saint-Barthélémy

Depuis le début de l'année, les Antilles françaises et par extension une partie de l'Atlantique tropical et des Caraïbes connaissent un temps anormalement sec et peu orageux.
La sécheresse s'accentue sur la Guadeloupe, la Martinique et plus particulièrement sur les îles du Nord (Saint-Martin et Saint-Barthélémy).
Alors qu'au 20 août, nous sommes au coeur de la saison humide, les déficits pluviométriques depuis le 1er janvier deviennent importants et atteignent en moyenne 20 à 30% sur la Martinique, 30 à 40% sur la Guadeloupe et 50 à 60% sur les îles du Nord.
 
Entre le 1er janvier et le 31 juillet 2015, il est ainsi tombé 172 mm à Gustavia (Saint-Barthélémy), soit un déficit de 59%. A Saint-Martin, il a été relevé 216 mm seulement, soit un déficit de 50%.
En Guadeloupe, la station du Raizet (aéroport de Pointe-à-Pitre) a relevé une lame d'eau de 422 mm (déficit de 38%) et celle de Capesterre-Belle-Eau, en moyenne bien plus arrosée, enregistre un déficit de 36% avec un cumul de 1047 mm.
Côté Martinique, après une saison sèche un peu plus arrosée que la normale, la tendance est à présent à la sécheresse. La station du Lamentin relève 692 mm (déficit de 24%) avec un mois de juin record alors que celle de Fond-Saint-Denis enregistre 1163 mm (déficit de 20%).
 
 
 

Brume de sable quasi-permanente et records en tous genres

© http://www.domtomactu.com/Depuis plusieurs semaines et notamment depuis le début de la saison cyclonique, l'Atlantique tropical est anormalement calme.
Le flux d'est dominant est le plus souvent soutenu mais sec, véhiculant par pulsations successives des particules de sable parfois très fortement concentrées. Ainsi, au Lamentin, il a été comptabilisé 26 jours avec brume de sable au mois de juillet, 23 jours en juin, 24 jours en mai soit 73 jours avec brume de sable au cours des trois derniers mois.
La persistance de ces conditions très brumeuses est la conséquence de l'absence de pluie significative. Toujours au Lamentin en Martinique, un record bas de précipitations mensuelles a été enregistré en juin et un record de rang 2 a été battu au niveau de la pression moyenne mensuelle (1016.7 hPa, record 1016.9 hPa en juin 2004). 
En mai, un record bas absolu d'hygrométrie mensuelle avait été battu (début de cette mesure en 1955).
 
Le graphe ci-dessous présente l'AOD (Aerosol Optical Depth) sur l'Atlantique tropical analysé par le satellite MODIS sur la période avril-juin depuis 2003. On constate clairement que le trimestre avril-juin 2015 est hors norme et sans précédent au niveau de la quantité d'aérosol analysée (sable largement dominant) depuis plus de 10 ans. Bien que n'apparaissant pas sur le graphe, on peut noter que cette tendance s'est poursuivie en juillet et sur la première quinzaine d'août.
Le virulent flux d'est sortant d'Afrique entraîne plusieurs vagues d'aérosols très fortement chargées en sable saharien en direction des Caraïbes.
 
 
 
Aerosol Optical Depth sur l'Atlantique tropical durant la période avril-juin 2015 - NOAA 
 
 
 

Des pressions élevées, une masse d'air sèche et peu propice à la convection tropicale

Si l'on trace les cartes d'écarts à la normale concernant différents paramètres météorologique, on constate aisément que la sécheresse actuelle et la faible fréquence d'orages que connaissent les Antillese et les Caraïbes depuis le début de l'année sont corrélés à différentes anomalies.
 
La carte présentée ci-dessous à gauche trace l'anomalie des vitesses verticales à 700 hPa sur la période 1er janvier-15 août 2015. Celle-ci est très nettement positive sur les Caraïbes, signe d'un contexte subsident dominant.
Depuis le 1er janvier, les conditions faiblement convergentes à l'étage moyen inférieur ont donc été défavorables à la convection et donc au développement d'ondes tropicales actives voire de cyclones tropicaux. Il est bon de noter que le secteur est par ailleurs soumis depuis plusieurs mois à des cisaillements profonds records, en moyenne proches de 15 m/s sur un mois glissant. Des cisaillements marqués sont peu propices à la convection tropicale intense.
 
La carte du milieu montre l'anomalie de pression au niveau de la mer sur la période 1er janvier-15 août 2015. Le contraste est marqué entre l'Atlantique, soumis à des pressions plus hautes que la normale et l'est du Pacifique, où règne El Niño. On retrouve donc bien sur les Antilles une anomalie anticyclonique dans le prolongement de la puissante dorsale sur les Açores.
 
Enfin la carte de droite illustre l'anomalie d'humidité relative près du sol sur la période du 1er janvier au 15 août 2015. On observe une anomalie négative sur l'ensemble de la Caraïbe au niveau de l'hygrométrie. On notera par ailleurs pour le détail l'anomalie exceptionnelle sur l'ouest américain, soumis à une sécheresse historique et persistante.
 
 
      
 Anomalies de vitesses verticales à 700 hPa, de pression réduite et d'humidité à 2m sur la période 01/01-15/08/2015 - Données NCEP
 
 
Dans ces conditions en moyenne moins humides, plus anticycloniques et plus subsidentes que la normale sur les Caraïbes, il n'est pas étonnant d'observer sur les Antilles un temps sec où alternent records d'hygrométrie, de hautes pressions ou de faible pluviométrie depuis le début de la saison humide.