Le 20 février 1876, vers 16h30 locales, une tornade d'intensité modérée (EF2) traverse le bourg de Heiltz-le-Maurupt, dans la Marne. Au lendemain du phénomène, les dégâts sont évalués à 150 000 Francs, ce qui est très significatif pour l'époque.
 

Principales caractéristiques de la tornade                                                                      

* intensité maximale : EF2, soit des vents estimés entre 175 km/h et 220 km/h
* distance parcourue : indéterminée
* largeur moyenne : 40 mètres

* commune traversée : HEILTZ-LE-MAURUPT
* département touché : MARNE (51)
* altitude moyenne du terrain : 115 mètres
* type de terrain : territoires artificialisés, territoires agricoles

* principaux dégâts : tilleuls séculaires brisés ; gros sapin brisé à 2 mètres de terre et transporté dans une cour séparée d'un jardin par des bâtiments élevés ; couvertures des habitations enlevées ; granges et écuries renversées avec murs entièrement écroulés ; projections de matériaux (pierre, bois, tuiles, ardoises)

NB : l'intensité des tornades est déterminée sur l'échelle EF augmentée. Cette version de l'échelle EF, mise en place par KERAUNOS depuis 2009, ajoute aux critères américains une série de spécificités propres à l'habitat européen.
 

Parcours de la tornade 



© Keraunos (fond de carte : Carte de l'Etat-Major de 1820-1866)

Comme "un éclat de grêle"

La tornade de Heiltz-le-Maurupt du 20 février 1876 a fait l'objet d'une médiatisation assez importante, aussi bien dans la presse écrite que dans des publications scientifiques.

M. Faye, de l'académie des Sciences (1876), livre le récit de M. Legendre, instituteur de la commune ravagée : "Monsieur l'Inspecteur, quand l'ouragan du 20 de ce mois a éclaté, j'étais dans la salle de la mairie, où j'avais été appelé en qualité de secrétaire du bureau de l'élection. A l'ouest de Heiltz-le-Maurupt apparaissait un orage qui ne présentait rien de menaçant. Deux coups de tonnerre se font entendre dans le lointain ; 10 minutes après, à 4h30, un bruit soudain, extraordinaire, se fait entendre. Je ne puis rendre la nature de ce bruit, qui avait quelque chose de sec, de ressemblant à celui que fait la grêle en tombant, mêlé à celui d'un violent incendie (1). Je retourne la tête et je vois des débris de toutes sortes lancés obliquement dans les airs : tuiles, ardoises, pierres, bois, formaient un nuage effrayant qui annonçait la destruction. Je crus qu'aucun édifice ne devait résister à ce déchaînement. Me retourner en avançant de quelques pas dans la direction de la porte fut l'affaire d'un instant, pendant lequel une pluie de verre et d'ardoises pénètre dans la salle. Les fenêtres sont renversées sur le plancher, les cheminées tombent et les murs sont ébranlés. — Une seconde avait suffi, l'ouragan était passé. Regardant alors par les baies des croisées, je pus contempler dans toute leur horreur les désastres causés : des maisons écroulées, des pans de murs tombés, toutes les couvertures des autres habitations enlevées, la Grand’ Rue remplie de débris. Retenu par un devoir impérieux, celui de garder le scrutin, j'attendis avec une anxiété facile à comprendre qu'on vînt me dire que personne n'avait péri. La fille de basse-cour de M. Collet, maire, avait seule été ensevelie sous un amas de briques, mais elle avait été retirée vivante. Des bestiaux, chevaux et vaches, sur lesquels étaient tombées des écuries, avaient été dégagés sains et saufs. Les pertes à déplorer, tant en mobilier qu'en immeubles, atteignent le chiffre de 150 000 francs. J'ai appris par deux hommes venant de Minecourt, qui suivaient l'orage, que l'ouragan avait commencé à 150 mètres des premières maisons. Ils ont vu descendre rapidement des nuages qui semblaient s'ouvrir, des rayons jaunâtres, convergeant vers un même point de la terre, produire une espèce de bouillonnement, en se transformant en une fumée blanche qui courait vers Heiltz-le-Maurupt avec une rapidité foudroyante. Est-ce la foudre ou seulement une trombe que nous avons à étudier ici ? Si je ne craignais d'anticiper sur le domaine des savants, mon raisonnement amènerait pour conclusion la présence de l'électricité ; mais je préfère laisser à d'autres le soin de résoudre le problème."

D'après les observations faites sur place, la bande sinistrée représente une faible largeur comprise entre 30 mètres et 40 mètres. En traversant le cœur du village, la tornade provoque toutefois des dégâts importants qui sont estimés à 150 000 Francs, ce qui est assez considérable pour l'époque et pour une commune de cette taille. Cependant, contrairement à ce que semblaient indiquer les articles de presse, il n'est pas fait mention de maisons écroulées dans le récit de M. Legendre, d'où l'intensité EF2 retenue ici par mesure de précaution.

Bien que la distance parcourue par le phénomène reste indéterminée, les dommages provoqués par la tornade sont significatifs. Au total, une quarantaine d'habitations sont touchées à des degrés divers. Certaines d'entre elles ont leur toiture arrachée. De nombreuses granges et écuries sont entièrement détruites et les murs renversés. Dans une
maison solidement bâtie, un tuyau en pierre de la cheminée a été lancé par-dessus les maisons voisines, pour retomber 60 mètres plus loin. On note également de curieux phénomènes d'aspiration à l'intérieur des maisons. Concernant le végétation, les tilleuls séculaires de la place de l'ancien château sont brisés. Également, un gros sapin, brisé à 2 mètres du sol, a été transporté dans une cour séparée du jardin par des bâtiments élevés.

Malgré le nombre d'habitations atteintes, la tornade de Heiltz-le-Maurupt n'a tué ou blessé sérieusement personne.

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