Le 23 mai 2016, vers 16h20 locales, une tornade de très faible intensité (haut de l'échelon EF0), circule brièvement sur le territoire d'Amy, dans l'Oise. Le phénomène, qui a été observé par le maire de la commune, produit quelques dommages sur la moitié sud du village.
 

Principales caractéristiques de la tornade

Localisation de la tornade EF0 d'Amy (Oise) du 23 mai 2016
* intensité maximale : EF0, soit des vents estimés entre 105 km/h et 135 km/h
* distance parcourue : 700 mètres (distance minimale reconnue à ce jour)
* largeur moyenne : 40 mètres (jusqu'à 50 mètres)

* commune traversée : AMY (Grande rue, rue Fertile)
* département : OISE (60)
* altitude moyenne du terrain : 82 mètres
* type de terrain : tissu urbain discontinu ; terres arables hors périmètre d'irrigation

* principaux dégâts : tuiles arrachées ou déplacées sur des habitations ; toiture en tôles d'un hangar agricole partiellement enlevée ; gouttières brisées ; deux murs de clôture (10 cm d'épaisseur) renversés par la tornade (l'un présentait une faiblesse structurelle) ; trois bâtiments d'une même habitation endommagés : 20 à 25% de la toiture atteinte (tuiles arrachées et projetées à faible distance, mais charpente intacte) ; projections de menus objets à distance ; un trampoline et un abri de jardin (structure inconnue) aspirés par la tornade et déplacés à faible distance ; deux arbres brisés (nature non précisée) ; un panneau de signalisation plié

NB : l'intensité des tornades est déterminée sur l'échelle EF augmentée. Cette version de l'échelle EF, mise en place par KERAUNOS depuis 2009, ajoute aux critères américains une série de spécificités propres à l'habitat européen.
 

Parcours de la tornade

La tornade, qui a évolué du Nord/Nord-Ouest au Sud/Sud-Est, a touché l'extrême Sud-Ouest du village d'Amy, comme l'indique la trajectoire ci-dessous : 

Trajectoire de la tornade EF0 d'Amy (Oise) du 23 mai 2016. © Keraunos (fond de carte : Géoportail)
© Keraunos (fond de carte : Géoportail)

Un phénomène aux dimensions modestes

La tornade d'Amy du 23 mai 2016 a pu être identifiée à l'appui d'une enquête de terrain réalisée par Gwenaël Milcareck, et d'un témoignage de M. Yann Guigand, maire de la commune et témoin du phénomène.

Constituée près d'une grange, au Nord-Ouest de la rue des Tilleuls, la tornade traverse d'abord des parcelles agricoles, dont les épis sont aspirés à la verticale. En poursuivant sa route, la tornade franchit la Grande Rue où elle endommage faiblement des habitations et quelques infrastructures : tuiles arrachées, trampoline soulevé, abri de jardin (structure inconnue) soulevé entièrement et déposé à 1m50. Décrite comme une "colonne assez sombre", la tornade semble avoir agi par bonds sur une bande de terrain large de 25 à 50 mètres, et selon un sens de déplacement du Nord/Nord-Ouest au Sud/Sud-Est avec quelques déviations.

A l'approche de la rue Fertile, la tornade survole deux hangars agricoles, puis un nouveau lotissement où des vitres d'habitations sont indirectement brisées par des chutes de tuiles. Concernant les hangars, les dégâts sont faibles : tôles arrachées, gouttières brisées. Dans la rue Fertile, plusieurs maisons sont touchées, notamment celle du n°21 où les dégâts sont les plus importants : environ 20 à 25% de la toiture de trois bâtiments contigus sont endommagés (couverture enlevée), et deux murs de clôture renversés par la tornade (l'un deux présentait une faiblesse structurelle). A proximité, un panneau de signalisation, situé au Sud du couloir de dégâts, est penché vers le Nord, ce qui permet d'identifier un axe de convergence à cet endroit.

Au-delà des dernières habitations du village, soit après 700 mètres de trajectoire, aucun dégât n'est plus perceptible, ce qui indique que la tornade a, selon toute vraisemblance, cessé toute influence au niveau du sol. Compte tenu des dégâts observés, la tornade d'Amy peut être classée en intensité EF0 (haut de l'échelon autour de la rue Fertile) sur l'échelle de Fujita améliorée.


Les photographies suivantes illustrent les dégâts causés par la tornade; ces derniers sont repris dans une carte synthétique :

  • Tornade EF0 d'Amy (Oise) du 23 mai 2016. Point jaune : début de la tornade. Points rouges : principaux dégâts observés. Œil : emplacement du témoin pendant le phénomène. © Keraunos (fond de carte: Géoportail)

  • Avant-toit détuilé sur une habitation, 71 Grand Rue. © Gwenaël Milcareck

  • Tôles arrachées sur un hangar. © Gwenaël Milcareck

  • Habitation touchée, 21 rue Fertile : couverture du toit enlevée sur une portion d'environ 20% à 25%, mur de clôture abattu. © Gwenaël Milcareck

  • Panneau de signalisation penché vers le Nord, à l'entrée de la rue Fertile. Flèches rouges : sens de déplacement de la tornade. © Gwenaël Milcareck

 

Analyse des conditions météorologiques

La tornade d'Amy s'est développée au sein d'une cellule convective de petite dimension, de nature monocellulaire et de courte durée de vie. Cette cellule, qui n'a pas produit d'activité électrique (convection non orageuse), a évolué dans un contexte de masse d'air froid instable.
 
Comme le montrent les champs ci-dessous, issus des réanalyses du NCEP, la situation synoptique était dominée sur la Picardie par un flux de NO cyclonique, en périphérie nord d'un minimum d'altitude positionné sur la Lorraine, et dès lors caractérisée par des vents relativement anarchiques aux étages moyens et supérieurs. En revanche, en basses couches, le flux de NO était rapide ce jour-là, entre un axe de hautes pressions étiré sur le proche Atlantique, et une dépression positionnée entre Allemagne et Pologne. L'ensemble dirigeait sur la France une masse d'air polaire maritime, relativement fraîche mais instable (MUCAPE > 100 J/kg, et MULI inférieur à -2 K) :




La reconstitution du profil vertical sur la commune d'Amy, le 23 mai 2016 vers 17h00 locales, confirme cette situation instable. On note en effet une MUCAPE de 613 J/kg, avec un MULI de -2 K et un TTI de 50. Les cisaillements sont peu marqués, en profondeur comme en basses couches, ce qui est cohérent avec la situation périphérique de la commune par rapport aux centres d'action les plus dynamiques. Ainsi, les cisaillements 0-6 km ne dépassent pas 8 m/s, tandis que la SRH est inférieure à 50 m²/s² sur toutes les épaisseurs :