Une tornade de faible intensité (EF1) a frappé deux communes du Ponthieu, le mardi 25 septembre 2012 à 18h00 locales. Le phénomène, qui a été vu, a ponctuellement touché le sol, notamment au niveau d'un champ de maïs. Le même jour, une tornade frappe le Saintonge dans l'après-midi.

Principales caractéristiques de la tornade

* intensité maximale : EF1, soit des vents estimés de 135 km/h à 175 km/h
* distance parcourue : 0,9 kilomètre
* largeur moyenne : 30 mètres

* communes traversées : WARGNIES (le Pressoir, extrême est), NAOURS (D60, Nièvre)
* département : SOMME (80)
* altitude moyenne du terrain : 87 m-tres
* type de terrain : terres arables hors périmètre d'irrigation, forêts de feuillus

* principaux dégâts : grosses branches cassées sur des arbres feuillus (peupliers, hêtres et un noyer); un noyer décapité avec cime portée à 10 mètres, branches de ce même noyer emportées jusqu'à 250 mètres de distance; champ de maïs couché sur une largeur de 30 mètres; épis de maïs portés à distance de part et d'autre du couloir de dégâts

NB : l'intensité des tornades est déterminée sur l'échelle EF augmentée. Cette version de l'échelle EF, mise en place par KERAUNOS depuis 2009, ajoute aux critères américains une série de spécificités propres à l'habitat européen.
 

Parcours de la tornade

 
© Keraunos (fond de carte : Géoportail)

Un axe de convergence dans un champs de maïs

Une enquête de terrain menée par KERAUNOS confirme le passage d'un phénomène tourbillonnaire sur une trajectoire de près d'un kilomètre. Les premiers dégâts, situés sur les hauteurs de la commune de Wargnies, se résument à des branches cassées et projetées au sud du couloir de dégâts. On retrouve ensuite des traces plus significatives de son passage dans un jardin situé à l'extrémité est de Wargnies. Là, un noyer est décapité et plusieurs de ses branches sont retrouvées jusqu'à 250 mètres de distance, bien au-delà de la route départementale n°60. Toutes les branches ont été projetées au sud du couloir de dégâts. Ensuite, un axe de convergence est établi dans un champ de maïs, situé en bordure de la D60 (commune de Naours) et qui est couché sur une largeur de 30 mètres. Pour terminer, quelques branches cassées sont encore observées sur des peupliers plantés au niveau de la rivière Nièvre.

La détermination de l'intensité de cette tornade a été rendue délicate en raison d'un faible nombre d'éléments de paysage impactés et par l'absence de tout bâtiment touché. Néanmoins, compte tenu de projections de branches à plus de 200 mètres de distance, et de dommages sévères constatés sur le champ de maïs, l'intensité du phénomène ressort au niveau 1 de l'échelle améliorée de Fujita.

La carte ci-dessous indique les principaux dégâts recensés. Les plages colorées de rouge représentent les zones qui ont subi des dégâts. Les points bleus correspondent à la position des branches d'arbres qui ont été projetées. Plus particulièrement, celles du noyer décapité au point 2 se retrouvent au sud du point 2, au sud-est du point 3, et au niveau du point 4 (250 mètres de distance à cet endroit).

© Keraunos (fond de carte : Géoportail)
 
1 - WARGNIES - Premiers dégâts observés. Petites branches arrachées et projetées à distance :
 
© MAHIEU-WESOLEK / KERAUNOS / Observatoire Français des Tornades et des Orages Violents

2 - WARGNIES - Noyer décapité. Certaines de ses branches ont été retrouvées à 250 mètres de là :
© MAHIEU-WESOLEK / KERAUNOS / Observatoire Français des Tornades et des Orages Violents
 
3 - NAOURS - Premières traces laissées dans un champ de maïs. La trajectoire du cœur de la tornade est indiquée par
la flèche rouge, et le sens d'aspiration des épis est indiquée par les flèches bleues :
© MAHIEU-WESOLEK / KERAUNOS / Observatoire Français des Tornades et des Orages Violents
 
4 - NAOURS - Suite des dommages infligés par la tornade sur un champ de maïs :
© MAHIEU-WESOLEK / KERAUNOS / Observatoire Français des Tornades et des Orages Violents
 
© MAHIEU-WESOLEK / KERAUNOS / Observatoire Français des Tornades et des Orages Violents
 
5 - NAOURS - Branches de noyers arrachées à 250 mètres de là, sur la commune de Wargnies, et éparpillées
sur une terre agricole de la commune de Naours :
© MAHIEU-WESOLEK / KERAUNOS / Observatoire Français des Tornades et des Orages Violents
 
6 - NAOURS - Ultimes dommages. Branches cassées sur une rangée d'arbres :
   © MAHIEU-WESOLEK / KERAUNOS / Observatoire Français des Tornades et des Orages Violents

Contexte météorologique

Cette faible tornade s'est formée dans un contexte fortement dépressionnaire, dominé par un flux de sud-ouest cyclonique piloté par un minimum d'altitude positionné sur les îles britanniques [cf. ci-dessous les simulations du modèle WRF].

La Somme se situe ce soir-là en proche périphérie nord d'une branche de courant-jet, étirée de la Galice à l'Allemagne avec des pointes à plus de 200 km/h à 250 hPa (vers 10.000 mètres d'altitude). Ce flux très rapide et fortement cisaillé en profondeur se caractérise en outre par la présence de vents forts dans les basses couches, avec un jet qui circule en soirée sur un axe Normandie / Picardie / Nord - Pas de Calais. Les cisaillements sur l'épaisseur 0-1 km dépassent dès lors souvent 10 m/s sur ces régions.

Ce contexte dynamique est par ailleurs instable, avec une MUCAPE qui atteint jusqu'à 700 J/kg sur la Somme à 18h locales. On note une instabilité qui est plus particulièrement forte dans les basses couches, avec une SBCAPE sur l'épaisseur 0-3 km qui dépasse 150 J/kg sur le nord du pays. L'ensemble est lié à des afflux d'air très humide et doux près du sol.

Ce type de configuration est propice à une activité convective ponctuellement marquée et des phénomènes tourbillonnaires plus ou moins aboutis y sont assez régulièrement associés. En l'occurrence, la tornade de Wargnies s'est formée au sein d'un petit amas de cellules convectives, sous une cellule de petite dimension mais qui présentait une signature radar assez agressive, avec structure légèrement courbée et fortes réflectivités. Cet amas convectif s'est ensuite fortement renforcé dans les dizaines de minutes qui ont suivi la tornade, pour constituer une courte ligne de grains qui a balayé le Pas-de-Calais, puis une partie du département du Nord, avec des intensités pluviométriques qui ont atteint 142 mm/h dans la ville de Lille et 250 mm/h à Seclin (Nord) [données réseau KERAUNOS].

 
   
   

Coupure de presse

Le Courrier Picard fait part du phénomène dans son édition du 27 septembre 2012:

WARGNIES
 
Une mini tornade s'est abattue sur le village pendant l'orage
 
Cabane de jardin envolée, arbres couchés, mais aussi récolte de maïs couchée au sol. La tornade a provoqué une série de dégâts.
 
Une mini tornade a traversé le village mardi soir vers 18 heures, pendant qu'un orage éclatait dans le ciel. Il n'y a pas eu de blessé.
 
Elle n'est pas apparue sur les écrans radar de Météo-France. Ce n'est pas pour autant qu'elle n'a pas existé : mardi, en fin d'après-midi, une mini tornade s'est abattue sur le village de Wargnies. Un phénomène isolé et très éphémère qui n'a pas fait de blessé. Mais les dégâts sont importants. Le maire annonce qu'il va demander le classement en état de catastrophe naturelle.
 
Le tourbillon de vent s'est formé vers 18 heures, alors qu'un orage avait déjà obscurci le ciel. «Un tourbillon qui est passé au ras des habitations », précise le maire du village. Aucune habitation n'a été soufflée, mais la tête d'un noyer a été arrachée et ses branches ont été retrouvées jusqu'à 300 mètres à la ronde. «Vous imaginez, la tête de l'arbre qui fait deux tonnes a atterri à douze mètres de la souche » s'étonne encore le premier magistrat.
 
Alors que la tornade mettait en ébullition les riverains présents, un cycliste qui traversait le village a tout juste eu le temps de se réfugier chez un habitant. «Il a eu de la chance de ne pas recevoir une branche », souffle le maire.
 
À la sortie du village, sur le territoire de Naours, 150 m² de maïs ont été couchés au sol par le vent. Ce qui va conduire le maire à demander le classement en état de catastrophe naturelle, pour faciliter les démarches d'indemnisation de l'exploitant.
 
Une procédure orchestrée par la préfecture. Mais celle-ci ne délivre pas de conclusions. En la matière, c'est le ministère de l'Intérieur qui analyse le dossier et qui décide, ou non, du classement. Un cheminement qui peut prendre plusieurs mois.